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Plusieurs milliers d'Algériens se sont rassemblés à Paris, dimanche 3 mars, contre la nouvelle candidature d'Abdelaziz Bouteflika.

Algérie : pourquoi ce silence de la France ?

3 min
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Alors que les manifestations se poursuivent en Algérie pour obtenir le départ du président Bouteflika, Paris reste mutique.

Plusieurs milliers d'Algériens se sont rassemblés à Paris, dimanche 3 mars, contre la nouvelle candidature d'Abdelaziz Bouteflika.
Plusieurs milliers d'Algériens se sont rassemblés à Paris, dimanche 3 mars, contre la nouvelle candidature d'Abdelaziz Bouteflika. Crédits : Jacques Demarthon - AFP

C'est une tradition depuis Valéry Giscard d'Estaing : tous les présidents français se sont rendus en Algérie au cours de la première année de leur mandat. C'est dire si le pays fait partie des priorités diplomatiques pour tout nouvel élu. 

Pourtant, avez-vous entendu le gouvernement français s'exprimer sur les manifestations géantes de l'autre côté de la Méditerranée ? Eh bien non : silence absolu... Ou plutôt quand il est impossible de faire autrement, les ministres dégainent prudemment les éléments de langage. Exemple avec la ministre Jacqueline Gourault il y a deux jours sur France Inter

"Je ne veux pas m'immiscer dans la politique algérienne... Et je pense qu'il faut se méfier de créer des problèmes là où il n'y en a pas. (...) Il y a des élections en Algérie. Bien évidemment, nous n'aimerions pas, nous Français, que des chefs d’États étrangers viennent s'immiscer dans la campagne présidentielle française". 

Pas d'ingérence ! Telle est la ligne officielle pour le moment. Pourtant, l'exécutif français ne s'est pas privé de prendre position sur le Vénézuela - et d'y reconnaître un président auto-proclamé, porté par des rassemblements de rue. 

L'exécutif français ne s'est pas privé non plus, entre les lignes, de déplorer le vote des Britanniques sur le Brexit et celui des Italiens pour leur gouvernement. La diplomatie française aurait-elle un avis sur tout, sauf sur l'Algérie ? 

Évidemment, le statut d'ancienne puissance coloniale n'invite pas à la légèreté sémantique. Tout mot, toute phrase, seront interprétés à l'aune de ce passé. 

Sujet incandescent 

Emmanuel Macron est bien placé pour le savoir, lui qui s'est par deux fois brûlé les doigts sur ce sujet incandescent pendant sa campagne. D'abord quand il a évoqué les « éléments de civilisation » de la colonisation. La deuxième fois lorsqu'il a fustigé "les crimes contre l'humanité" commis par la France. 

Mais ce passé douloureux n'est pas la seule explication. Le futur compte aussi. 

Avant de prendre position, le pouvoir français attend de voir de quel côté la pièce retombe. Car toute déclaration intempestive resterait dans les archives. Et pourrait rapidement devenir gênante. Le gouvernement veut à tout prix éviter un syndrome Michèle Alliot-Marie. Souvenez-vous, c'était en 2011, au début de la révolution tunisienne :

"Nous proposons que le savoir-faire de nos forces de sécurité - qui est reconnu dans le monde entier - permette de régler des situations sécuritaires de ce type." 

Attention à ne pas être du mauvais côté de l'Histoire. Cette jurisprudence malheureuse invite désormais au mutisme. 

Par contraste avec la prudence du gouvernement français, les oppositions profitent du vide et multiplient les déclarations. C'est ainsi que le Parti socialiste se dit "solidaire des aspirations au changement" en Algérie. Le Rassemblement national, lui, dit craindre "une déferlante migratoire" sur la France.

Au milieu de ces prophéties, la nuance n'est pas superflue. Que deviendront demain les cortèges, en majorité jeunes et joyeux dans les rues d'Alger, de Béjaïa, de Betna ? 

Seront-ils victorieux, seront-ils récupérés, seront-ils politisés ? Qui, de l'armée, des opposants historiques, de la jeunesse, des islamistes, de la société civile, de l'anarchie, qui profitera de la situation à moyen terme ? C'est le mystère - et en un sens la beauté - de ces instants incertains...

Dès lors, pour le gouvernement français, la modération plutôt que la précipitation, le silence plutôt que l'imprudence, le "mot de pas assez" plutôt que le "mot de trop", constituent sans doute la moins mauvaise réaction à l'heure qu'il est. Mais face à l'Histoire en marche, sera-t-il possible encore longtemps de faire semblant de regarder ailleurs ?

Frédéric Says

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