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Le Premier ministre a assuré la maire de Chanteloup-les-Vignes de tout son soutien, lors d'un déplacement, le 4 novembre 2019.

Après l'incendie de Chanteloup-les-Vignes, débat sémantique au sein de la classe politique

3 min
À retrouver dans l'émission

Le Premier ministre a qualifié les incendiaires d'"imbéciles et irresponsables".

Le Premier ministre a assuré la maire de Chanteloup-les-Vignes de tout son soutien, lors d'un déplacement, le 4 novembre 2019.
Le Premier ministre a assuré la maire de Chanteloup-les-Vignes de tout son soutien, lors d'un déplacement, le 4 novembre 2019. Crédits : Lionel Bonaventure - AFP

En politique, il est des mots et des expressions qui sont entrés dans le langage courant. Tellement courant qu'on ne les remarque même plus. 

Par exemple : « J'assume », ou « je prends mes responsabilités », ou encore l'horripilant : « pardon de vous le dire ». Il y a d'autres sujets en revanche où le vocabulaire semble moins assuré, moins automatique, plus changeant. 

Par exemple, les réactions aux violences urbaines. Exemple dans l'actualité récente : l'incendie d'une salle d'apprentissage des arts du cirque, à Chanteloup-les-Vignes.  Le premier ministre Edouard Philippe s'est rendu hier sur place et écoutez les mots qu'il a choisis :

"Un message de fermeté à l'égard de la petite bande d'imbéciles et d'irresponsables qui pensent que casser est une façon de faire avancer les choses". 

« Imbéciles irresponsables ». Ces mots ont suscité l'indignation à droite : « ce ne sont pas des imbéciles irresponsables, ce sont des criminels », a tonné Bruno Retailleau, chef des sénateurs LR. 

Virginie Calmels, ex n°2 du parti Les Républicains, accuse le Premier ministre de jouer les autruches et de manier les euphémismes.   "Imbéciles", et pourquoi pas "sacripants", "garnements" ou "coquinous", c'est le sens en tout cas de ces reproches venus de la droite. 

L'ancien patron de cette famille politique, Nicolas Sarkozy, avait lui utilisé un mot qui lui sera longtemps reproché :  

"Vous en avez assez hein ? Vous en avez assez de cette bande de racailles ? Eh ben on va vous en débarrasser."

C'était à Argenteuil, en octobre 2005. A posteriori, Nicolas Sarkozy assurera qu'il reprenait ici les mots d'une habitante de la cité qui l'avait interpellé sur l'insécurité. 

A gauche, c'est Jean-Pierre Chevènement qui avait choqué une partie de ses alliés politiques. En 1999, il avait affublé les jeunes récidivistes du terme de « sauvageon ». Il avait ensuite assuré qu'il faisait référence au sens botanique de ce terme, sauvageons, écoutez : 

"J'ai employé le mot de sauvageons et ça dit bien ce que ça veut dire. Ce sont des arbres non greffés, des enfants qui n'ont pas eu de la part de leur famille ou des institutions les éléments d'éducation qui sont nécessaires" (sur France 2 en 2005). 

Aucun vocabulaire évident ne se dégage. D'ailleurs, les titres de presse qui expliquent que « 30 jeunes ont caillassé les forces de l'ordre » sont eux-mêmes assez équivoques : comme si l'année de naissance était un facteur explicatif, déterminant, automatique, dans la pratique de la projection du caillou. 

Que nous dit ce casse-tête sémantique ? « Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement » selon Boileau ; ici, l'énonciation peine à faire consensus. 

Pourquoi ? Il y a en vrac la nécessité de mettre des mots sur l'indignation collective, tout en prenant garde à ne pas paraître englober tout un quartier sous ces mots. 

C'est pour cela que le plus souvent, les expressions visent à montrer une "colère raisonnable", pardon pour cet oxymore. Dans un autre registre politico-médiatique, encore plus ambiguë est l'expression « jeune de banlieue », expression très années 2000. 

« Jeune de banlieue ». Deux notions assez imprécises : à quel âge est-on jeune, à quel âge ne l'est-on plus ? Et que recouvre le terme de banlieue ? Où en tracer la frontière, la banlieue n'étant pas précisément la même à Neuilly-sur-Marne et à Neuilly-sur-Seine (dans l'Est périphérique ou dans l'Ouest cossu). On entend aussi parler de "jeunes des quartiers dits sensibles". Et pourquoi pas, d'ailleurs, des dits jeunes des dits quartiers dits sensibles ? 

Si l'on estime que plus la dénomination est longue, plus elle montre l'embarras de celui qui la prononce ; alors en l'occurrence l'embarras semble ne pas être mince. 

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