LE DIRECT
Des dîners clandestins ont-ils été organisés à l'intérieur du Palais Vivienne, dans le centre de Paris. Une enquête a été ouvert. Leur organisateur présumé avait évoqué la présence de ministres, avant de se rétracter.

Désamour, coquillages et crustacés

3 min
À retrouver dans l'émission

Les déclarations d'un personnage fantasque ont suffi à lancer la rumeur : des ministres dans des dîners clandestins. Même si à cette heure, dans les enquêtes de presse, rien n'en atteste, c'est devenu un fait politique.

Des dîners clandestins ont-ils été organisés à l'intérieur du Palais Vivienne, dans le centre de Paris. Une enquête a été ouvert. Leur organisateur présumé avait évoqué la présence de ministres, avant de se rétracter.
Des dîners clandestins ont-ils été organisés à l'intérieur du Palais Vivienne, dans le centre de Paris. Une enquête a été ouvert. Leur organisateur présumé avait évoqué la présence de ministres, avant de se rétracter. Crédits : Thomas Coex - AFP

Faut-il ou pas en parler ? C'est un dilemme.

D'un côté, des allégations sans preuve, portées par la voix d'un anonyme, dans un reportage de M6. Il affirme avoir croisé des ministres dans des dîners clandestins, sans donner de lieu, de noms, de date précise. Autant dire qu'à première vue, tous les gyrophares de l'intox doivent s'allumer.  

Mais d'un autre côté, cette controverse fut l'un des deux sujets les plus discutés du week-end sur les réseaux sociaux. Et sur tous les plateaux, les ministres ont été interrogés.  

"Et vous, vous en étiez ?" Avez-vous dégusté ces assiettes de gambas poêlées, ces Saint-Jacques rôties ?

Ministres, mettez-vous à table, et avouez que vous les fréquentez, ces tables !   

Voici donc un gouvernement placé sur la défensive, sommé de démentir avec netteté des accusations portées avec le plus grand flou.  

Alors dès cet instant, cela devient, malgré tout, un fait politique.  

Non pas sur la réalité des actes... Au-delà des dénégations publiques, plusieurs médias (Libération, ASI...) ont enquêté, et aucun n'a pour l'heure trouvé trace d'une présence politique à ces sauteries de plusieurs dizaines de convives dans des restaurants cachés.

Par ailleurs, hier soir encore, celui qui avait porté ces accusations a changé de version. L'organisateur de dîners collectifs - finalement sorti de l'anonymat -, le collectionneur Pierre-Jean Chalençon a démenti avoir croisé des ministres, sur la chaîne C8. « Ces accusations étaient en fait de l'humour », a précisé son avocat. 

Cela devient un fait politique, disiez-vous... Pourquoi ? 

C'est ce déséquilibre entre la faiblesse des allégations et la force des réactions, qui est intéressant... pour ce qu'il révèle de l'ambiance politique, du climat public actuel.

Bien sûr, le gouvernement avait semé des graines. La surdité au mouvement des gilets jaunes, les accusations de déconnexion, les homards de François de Rugy sont restés dans les rétines. 

Mais il y a, dans cette affaire "des dîners clandé", tous les ingrédients indispensables pour faire monter la mayonnaise de la polémique :  

D'abord, le soupçon de duplicité. Les politiques édicteraient des règles qu'ils ne respectent pas. Un visage le jour, un autre visage le soir.  

Ensuite, le soupçon de privilège. Des assiettes hors de prix quand le simple citoyen ne peut aller au troquet du coin.  

Enfin, le soupçon de caste. Ce serait un secret que se partagent les gens de la haute société, politiques compris.  

Tous ces ingrédients sont malaxés, saupoudrés d'une bonne pincée de ras-le-bol du confinement sans fin, bien sûr.

Comme si le fantasme de politiciens pris en faute nous permettait d'évacuer notre frustration ? Voire, chez certains, d'atténuer la culpabilité de leurs propres petits écarts avec les gestes barrières ?

Cette rumeur de ministres dans des dîners clandestins agit comme ce que Bachelard appelait un « doublet psychique », qui réunit à la fois l'image commentée et un imaginaire intime.  

Sans oublier, pour mettre du liant à la recette, les réseaux sociaux...

... Où des personnalités publiques, dont des économistes, des élus, des polémistes ont relayé ces insinuations sans grande prudence.

Le paradoxe, c'est que bon nombre de ces beaux esprits passent leur temps à dénoncer le « culte de l'instantanéité » et la « dictature de l'émotion » des chaînes d'infos en continu.

Or, ce week-end, ils se sont comportés eux-mêmes comme des "mini-Cnews". Le même sensationnalisme, appuyé sur des allégations bancales. La même quête d'audience, en l'espèce une course au like et au retweet, à l'approbation et au partage. Qui, à défaut d'autre chose, nourrit au moins le narcissisme.

Peu importe que le dénonciateur, Pierre-Jean Chalençon, soit une personnalité pour le moins fantasque, voire bonimenteuse, aux fréquentations douteuses.

L'histoire était si tentante qu'elle ne pouvait qu'être vraie.

Quelque chose nous dit qu'il s'agit là d'un prologue, dans ce qui nous attend d'ici à la présidentielle. 

Chroniques

8H19
40 min

L'Invité(e) des Matins

Épidémie, économie, diplomatie : les dessous du succès chinois avec Antoine Bondaz, Carine Milcent et Philippe Klein
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......