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Le président de "Les Républicains", Christian Jacob, devant le siège du parti le 13 janvier 2021

Peut-on se passer des partis politiques ?

4 min
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Le parti "Les Républicains" ne veut pas que le futur candidat de la droite républicaine à l'élection présidentielle s'affranchisse du processus de désignation, à savoir une primaire, qu'il entend proposer d'ici novembre. Mais l'un des candidats potentiels, Xavier Bertrand, ne veut pas y participer.

Le président de "Les Républicains", Christian Jacob, devant le siège du parti le 13 janvier 2021
Le président de "Les Républicains", Christian Jacob, devant le siège du parti le 13 janvier 2021 Crédits : Stéphane de Sakutin - AFP

Ce mardi, à 17 heures, se tient une importante réunion au siège du parti “Les Républicains” au 238 de la rue de Vaugirard dans le 15ème arrondissement de Paris. La principale formation politique de la droite républicaine réunit son bureau politique pour décider du processus de désignation d’un candidat à l’élection présidentielle.

Le problème de la droite est qu’elle dispose de plusieurs candidats potentiels et qu’à ce stade, aucun ne s’impose de façon incontestable. "Les Républicains" ont donc désigné un homme, le maire d’Antibes, Jean Leonetti, ancien président par intérim du parti, pour étudier la question et faire une proposition qu’il doit mettre sur la table aujourd'hui. 

Selon différentes sources, qui manifestement toutes convergent, il pourrait proposer que soit organisée une primaire au mois de novembre. Primaire qui n’aurait sans doute pas la même envergure que celle de 2016. Le temps va manquer pour l'organiser. Mais tout de même, ce serait une primaire ouverte, pas seulement réservée aux 65 ou 70 000 militants encartés que comptent aujourd’hui "Les Républicains".

L’objectif de cette opération, pour LR, est vraisemblablement de ramener dans son giron les personnalités qui s’en sont émancipées, à savoir Valérie Pécresse qui a rendu sa carte en 2019, et surtout Xavier Bertrand qui lui est parti en 2017.

Pour le parti "Les Républicains", c’est vital. C’est son statut de vaisseau amiral de la droite républicaine qui est en jeu. Que ce soit quand il se dénommait "UMP" ou le "RPR", le parti gaulliste a depuis 40 ans toujours fait émerger un candidat de ses rangs. Un renoncement, cette fois-ci, marquerait un recul incontestable et peut-être même rédhibitoire.

Xavier Bertrand a constitué son entreprise politique personnelle

Xavier Bertrand refuse de participer à une primaire. C'est toute la difficulté de l'opération en cours. Valérie en a accepté le principe, tout comme Laurent Wauquiez. Ils lancent même un appel à l'organisation d'une telle primaire dans une tribune publiée ce matin par le journal Le Figaro en compagnie du président de région centriste, Hervé Morin, et du président des sénateurs LR, Bruno Retailleau. Ils espèrent ainsi contraindre Xavier Bertrand à s'inscrire dans le processus.

Dès lors, on peut s'interroger. Peut-on faire sans les partis politiques et peut-on se passer des partis politiques ? C'est le pari que fait Xavier Bertrand en constituant son entreprise politique personnelle, tout comme le fit Emmanuel Macron en 2016 avec En Marche. Xavier Bertrand reproduit en quelque sorte ce qui fit le succès de l'actuel président il y a quatre ans, estimant que la présidentielle est avant tout une rencontre entre un homme et le peuple.

Tout ça n’est pas nouveau. C’est très gaullien comme considération. D’ailleurs, c’est dans une volonté d’émancipation de la tutelle des partis politiques que s’est inscrite l’action politique du Général de Gaulle. "Ils cuisent leur petite soupe au petit coin de leur feu" disait-il en 1947. Et en 1965, il avouait avoir élaborer "la constitution de 1958 pour mettre un terme au régime des partis". Il y a donc un lien entre l’affaiblissement des partis politiques et l’extrême personnalisation de la vie publique générée par les institutions de la 5ème République.

Les partis sont-ils vraiment inutiles ?

Tout le monde n’est pas d’avis qu’on peut s’en passer. Voyez Yannick Jadot chez les écologistes. Lui estime qu’il ne peut pas s’affranchir de la primaire organisée par sa formation politique. Pourtant, il aurait aimé pour l’esquiver. Mais il a estimé qu’en s’en affranchissant, il risquait de perdre une part de sa légitimité à être candidat à la présidentielle. 

Une formation politique, d’abord, ça vous donne une identité. A travers elle, vous revendiquez votre adhésion à des croyances, à des valeurs, à des considérations qui vous situent dans le paysage politique. On sait par exemple où se situe Xavier Bertrand, à droite, parce qu’il fut par le passé membre de l’UMP. Il en porte encore les stigmates et ne s'en est pas complètement émancipé, quoiqu'il en dise. 

Ensuite, les partis sont des organisations avec des ressources militantes capables de faire campagne, de coller des affiches, de distribuer des tracts. Ce sont aussi des outils de financement. Ils recueillent des dons, reçoivent de l’argent public en fonction des résultats aux élections législatives. Et puis ce sont des outils de médiation, entre les élus, au niveau local et national, et la population. Les partis organisent, forment, recrutent. Autrement dit, ils sont l’antichambre de la vie publique. 

Aujourd’hui, ils sont déconsidérés et décriés. Ils font partie de ces institutions en lesquelles les français ont le moins confiance. On les mesure à 12, 13, 14% de bonnes opinions. C'est très peu. Mais plus encore peut-être que les partis, ce sont les responsables politiques qui sont déconsidérés et décriés. Ils sont perçus par une grande partie de la société comme une élite de professionnels de la vie politique qui se nourrissent sur le dos de la nation et de la République.

Il y aurait donc un travail immense de réhabilitation à entreprendre. Parce que sinon, avec qui et comment fait-on vivre la démocratie et fonctionner nos institutions ?

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