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Emmanuel Macron et Gérard Larcher à l'Elysée, le 20 novembre 2017.

Emmanuel Macron et Gérard Larcher sont sur un bateau...

3 min
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Référendum ou pas ? Consensus ou conflit ? La réforme des institutions met aux prises l'Exécutif et le Sénat, présidé par Gérard Larcher.

Emmanuel Macron et Gérard Larcher à l'Elysée, le 20 novembre 2017.
Emmanuel Macron et Gérard Larcher à l'Elysée, le 20 novembre 2017. Crédits : Ian Langsdon - AFP

C’est le rêve d’Emmanuel Macron : instaurer une querelle des modernes contre les anciens. Et à première vue, tout semble valider cette grille de lecture. Car qui est le principal opposant à cette réforme ? Gérard Larcher, président du Sénat, où il a été élu pour la première fois il y a 32 ans. Dans cette bataille, il est l’adversaire idéal pour Emmanuel Macron : le président de la chambre haute est d'ailleurs présenté par l’Élysée comme l'incarnation du conservatisme, de la défense des privilèges, du marchandage politique. 

Marchandage ? Les lignes rouges de Gérard Larcher sont connues : il est contre l’interdiction aux parlementaires de faire plus de trois mandats consécutifs ; il est méfiant sur la réduction du nombre de sénateurs, il craint que les territoires ruraux soient moins bien représentés. Alors on comprend que l’Élysée veuille jouer l’opinion publique contre le Sénat. Après tout, quelle idée curieuse de défendre la longévité des sénateurs ? Y a-t-il au monde une cause plus impopulaire ? A part militer pour le dépeçage des bébés phoques ou le tapissage d’amiante dans les crèches, on ne voit pas…      

Alors la messe est-elle dite ?

Pas forcément… Car le match n’est pas si simple. D’abord parce que cette réforme institutionnelle prend déjà des allures d’usine à gaz. Elle était annoncée sabre au clair, elle tourne au minutieux meccano. Entrons dans le détail : 

Il y a les mesures qui nécessitent un changement de la Constitution. Par exemple l’article sur la spécificité de la Corse. Mais il y a aussi des propositions qui requièrent une simple loi. Exemple : l’introduction d’une dose de proportionnelle aux élections. Et puis il y a les mesures intermédiaires qui demandent une loi organique, comme la réduction du nombre de parlementaires. Bref, cette grande réforme des institutions est en fait un package d'évolutions disparates. Les unes pourraient être adoptées par référendum, les autres par le parlement. On a vu plus simple... 

Ajoutons à cela qu’un référendum suscite rarement une réponse à la question posée. Il est aussi l’occasion d’exprimer son mécontentement, sa désapprobation, son impatience…  

Le match Macron – Larcher représente en tout cas beaucoup plus qu’une vague négociation politicienne. 

Ce débat met aux prises l’Exécutif élu en mai et le Sénat élu en septembre. Le premier symbolise la promesse d’un nouveau monde politique ; le second représente le vote des élus locaux - les grands électeurs du monde d’avant En Marche. 

Elle met aux prises l’opposition entre la France de l’efficacité, de la vitesse et celle du temps long, de l’enracinement des élus. 

La France centralisée et jupitérienne contre la France des territoires, comme elle s’appelle elle-même.   

La France de la 4G et de la fibre contre de la France de la désertification ; celle qui a vu se réduire le maillage territorial des tribunaux, des urgences et de la poste. Et qui craint de perdre désormais jusqu’à sa voix (sénatoriale) pour grogner à Paris. 

Évidemment, chacun voit le jeu politique de la droite sénatoriale, poussée par Laurent Wauquiez pour faire échec au gouvernement. Mais le débat, présenté comme une lutte entre les anciens et les modernes est peut-être un poil plus complexe.

En ces temps de défiance généralisée contre la politique, contre les élus - les élections italiennes en ont apporté une nouvelle illustration - la facilité n’est-elle pas de "taper" sur le parlement ? Par les temps qui courent, aller à contre-courant, prendre des risques, "disrupter", n’est-ce pas au contraire défendre les élus contre l’opinion publique ? 

Et si dans cette histoire, c’était Gérard Larcher le plus audacieux des deux ?  

Frédéric Says

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