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La présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, le 2 avril 2020.

Les failles de l'Union européenne au révélateur de la crise du Covid-19

5 min
À retrouver dans l'émission

Face à la pandémie, les États ont pris la main.

La présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, le 2 avril 2020.
La présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, le 2 avril 2020. Crédits : François Lenoir - AFP

Savez-vous vous laver les mains... ? Je veux dire, vous laver les mains soigneusement. Bien comme il faut. En insistant entre les doigts, sur les poignets, sous les ongles ?  

Si vous avez un doute, vous pouvez toujours consulter la vidéo qu'a mise en ligne Ursula Von der Leyen.

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Dans ce petit clip, diffusé sur les réseaux sociaux, la présidente de la Commission européenne fait face à un robinet. Elle nous explique de manière très pédagogique comment faire mousser le savon pour un geste-barrière optimal.  

Si l'on était provocateur, on pourrait voir dans cette vidéo un résumé de l'aspect décalé de l'action de l'Union européenne dans cette crise.  

Car qu'on soit partisan ou non de l'intégration européenne, il faut constater que ce sont bien les États qui donnent le tempo des réponses.  

Ce mardi, ce sont les ministres de l’Économie des différents pays qui se réunissent pour discuter d'une réponse budgétaire commune.  

La décision de fermer les frontières extérieures, c'était aussi une décision des gouvernements.  

De même, ce sont les États, entre eux, qui ont négocié les transferts de patients (130 Français hospitalisés en Allemagne en ce moment, par exemple).  

Certes, sur l'aspect financier, l'Union européenne n'a pas été inactive face au coronavirus

Les institutions ont promis, entre autres, 37 milliards d'euros d'investissements, ont proposé des prêts pour financer le chômage partiel. Et la Banque centrale européenne va soutenir les États en rachetant massivement leur dette (jusqu'à 750 milliards d'euros).  

Oui, mais les initiatives économiques se font d'abord à l'échelle nationale et en ordre dispersé. Chaque nation, pressée par son opinion publique, a dégainé son propre plan de sauvetage.

C'est ainsi, par exemple, que l'Espagne compte instaurer un revenu universel. Ironie de l'histoire, cela est rendu possible par une disparition momentanée des règles de l'UE : Bruxelles a décidé de suspendre ses règles budgétaires, dont les 3% de déficit.  

Une limite qui allait de toute façon devenir caduque, à l'évidence, devant les dizaines de milliards mis sur la table par les gouvernements nationaux pour leurs plans de relance. Mais vous voyez le symbole : la meilleure aide que puisse apporter l'Europe, c'est de se taire. Sa meilleure action, c'est une inaction. 

Certes, face au covid-19, il ne faut pas faire porter à l'Union un chapeau plus large que le sien. Elle ne dispose pas de compétences directes en matière sanitaire.  

Mais prenez l'exemple des commandes de matériels et de masques. La commission a tenté de mettre en place des achats groupés, à répartir ensuite entre les pays.  

C'est largement un échec, malgré un effort d'accélération des procédures. Comme l'a constaté le Luxembourg, par exemple, l'échelon national est plus efficace et plus rapide. Parce que la multiplication des intermédiaires divise les chances de succès.  

Résultat : les États continuent de faire leurs emplettes séparément. Dans le sauve-qui-peut général (et le chacun pour soi qui l'accompagne), l'UE n'a pas réussi à imposer un "intérêt général européen".

Cela dit, il y a aussi un déficit de communication de l'Union européenne...

Oui, elle peine parfois à faire connaître ses propres initiatives.  

Une source à Bruxelles rappelle que plusieurs tonnes de matériel ont été envoyé discrètement aux pays en souffrance, sans affichage... à l'inverse de la publicité déployée ces jours-ci par le soft power chinois dans l'assistance à des pays tiers.  

« Il faudrait frapper les cœurs, mettre des drapeaux européens sur les avions qui livrent du matériel », propose le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrel, chez nos confrères de la Radiotélévision suisse.

Même dans leur champ de compétences, les institutions européennes semblent peiner à prouver leur implication

Prenons le respect du droit européen et des libertés fondamentales.  

Le dirigeant de la Hongrie, Viktor Orban, s'attribue les pleins pouvoirs avec fracas, au nom de la lutte contre le covid-19. Un fracas qui contraste avec le silence absolu de Bruxelles. 

Les périodes d'incertitude, comme celle que nous vivons, sont riches d'enseignement. Elles permettent de voir si le meccano des institutions est bien ajusté. De repérer les doublons, les assemblages solides et les pièces inutiles.  

Dans cet affolement général, les institutions européennes semblent être au milieu du gué.  

Pour le dire vite, elles sont trop grosses pour ne pas être encombrantes, mais trop maigres pour ne pas être impuissantes.

Il y a urgence, dans les prochains mois, à clarifier les objectifs du projet européen  

- Soit c'est un grand projet supranational, doté d'une puissance politique et d'un budget, qui coordonne efficacement une réponse européenne simultanée.  

- Soit c'est une simple enceinte de coopération entre les nations souveraines, qui se contente de fournir un secrétariat, des micros et des interprètes.  

Mais on ne peut rester à mi-chemin, au risque de cumuler les défauts des deux visions.  

Ces contradictions ne sont pas nouvelles, elles sont même l'essence de la construction européenne. 

Mais les semaines qui viennent, décisives, ne permettent pas une organisation brouillonne et éclatée.  

Les plans de relance économiques doivent être simultanés pour susciter un rebond de la croissance.  

Les plans de déconfinement doivent être coordonnés pour empêcher un rebond de l'épidémie.  

Les crises sont souvent des périodes de refondation. Puisse celle-ci offrir un vrai dessein à l'Union européenne. Lui permettre d'apporter la preuve de son efficacité, de son utilité à ceux qui croient en elle.  

Faute de quoi, ce sont les démagogues et les sceptiques qui triompheront. Qui se laveront les mains de l'idée européenne... soigneusement.  

Frédéric Says

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