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Emmanuel Macron va consacrer son agenda aux questions liées à l'écologie et à la lutte contre le communautarisme, laissant le dossier des retraites au gouvernement.

Les deux visages de l'exécutif

3 min
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Dans le dossier des retraites, Edouard Philippe est laissé seul sur le champ de mines par Emmanuel Macron. Mais un président peut-il encore se tenir en retrait ?

Emmanuel Macron va consacrer son agenda aux questions liées à l'écologie et à la lutte contre le communautarisme, laissant le dossier des retraites au gouvernement.
Emmanuel Macron va consacrer son agenda aux questions liées à l'écologie et à la lutte contre le communautarisme, laissant le dossier des retraites au gouvernement. Crédits : Ludovic Marin - AFP

En parcourant le journal Le Monde, on apprend que le président de la République a décidé de prendre du champ quant à la réforme des retraites.

Il souhaite laisser son premier ministre diriger les opérations. Selon le quotidien, le président, lui, a d'autres taches inscrites à son agenda.   Pour ce mois de janvier, Emmanuel Macron a prévu d'évoquer l'écologie du quotidien et la lutte contre le communautarisme. 

L'objectif de la manœuvre n'est pas très complexe, on l'avait évoqué ici il y a quelques jours : placer Edouard Philippe en position de fusible. Et épargner au chef de l'Etat l'impopularité qui accompagne cette réforme. 

Voici la pratique "jupitérienne" délaissée. Au Dieu grec, le président préfère désormais l'adage latin : "De minimis non curat praetor" : un chef ne s'occupe pas des détails. 

Oui, mais est-ce seulement possible ? Dans la Vème république, peut-on imaginer une dissociation entre les deux têtes de l'exécutif - le président et le chef du gouvernement - comme si l'un ne commandait pas à l'autre, comme le second n'était pas nommé par le premier ? Bien sûr, le cas est différent sous une cohabitation, et François Mitterrand l'avait bien compris : il en avait même joué lors de ce fameux échange face à Jacques Chirac entre les deux tours de la présidentielle. C'était en 1988. 

Sauf que depuis, la cohabitation est devenue presque impossible. 

L'alignement du mandat du président et de celui des députés à 5 ans ; et surtout le calendrier électoral (qui lie, de fait, la présidentielle et les législatives)... Tout cela interdit désormais une cohabitation, sauf grave crise ou énorme surprise. 

Certes, la constitution autorise en réalité à dissocier Matignon et l'Elysée. N'est-il pas précisé, dans l'article 20, que c'est le gouvernement qui "détermine et conduit la politique de la Nation" ? 

Mais dans la pratique, le Premier ministre la conduit - au mieux - et ne la détermine qu'assez peu. Même si là, encore cela dépend des personnalités, du rapport de force. 

Sous votre quinquennat, François Hollande, Manuel Valls n'a sans doute pas passé son temps à exécuter docilement vos demandes... Peut-être est-ce pour cela que vous proposez, dans votre dernier livre, de supprimer le poste de Premier ministre ? 

D'autres ont prouvé que Matignon n'était pas seulement le bureau d'un "collaborateur présidentiel", comme le suggérait Nicolas Sarkozy.

Par exemple, Pompidou, Premier ministre du général De Gaulle, est l'artisan incontestable des accords de Grenelle qui répondent à la révolte de Mai 68. 

Autre exemple, le Villepin Premier ministre est l'ouvrier inarrêtable du CPE (contrat première embauche), pendant que le président Chirac tente par tous les moyens de freiner ses ardeurs. 

Mais la présidentialisation du régime, l'attention médiatique progressivement concentrée sur le président change la donne. Un chef de l'Etat peut-il encore faire comme s'il regardait ailleurs ? 

Peut-il se prétendre « responsable mais pas coupable » des choix de son Premier ministre, voire « responsable mais pas comptable » des orientations politiques ? 

Voici donc, avec Emmanuel Macron et Edouard Philippe, venu le temps d'un gouvernement "en stéréo". 

Deux tonalités différentes chez les deux voix de l'exécutif, ce qui peut entraîner aussi bien la polyphonie que la cacophonie.

Frédéric Says

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