LE DIRECT
Le Premier ministre Jean Castex, le 3 juillet, sur TF1

Un remaniement sans queue ni tête

4 min
À retrouver dans l'émission

Le nouveau gouvernement laisse assez peu de place au renouvellement. Les ministres les plus politiques sont confortés. Et on ne perçoit pas vraiment les ambitions et les intentions du président de la République derrière ces nominations.

Le Premier ministre Jean Castex, le 3 juillet, sur TF1
Le Premier ministre Jean Castex, le 3 juillet, sur TF1 Crédits : Thomas Samson - AFP

La première chose qui interpelle dans le nouveau gouvernement est le sentiment qu’il y a finalement assez peu de renouvellement. 

Sur les 31 ministres et ministres délégués dont les noms ont été égrenés par Alexis Kohler depuis le perron de l’Elysée, on ne dénombre que huit petits nouveaux. Huit sur trente et un, c’est peu. Les 23 autres ont soit conservé leur poste, soit changé d’affectation, mais ils étaient déjà membres du gouvernement précédent. 

Ce qui tend à confirmer, une nouvelle fois, qu’Emmanuel Macron ne dispose pas d’un vivier très étoffé de responsables politiques expérimentés au sein duquel il pourrait puiser pour renouveler et régénérer son équipe.  L’image d’un banc de touche désespérément vide a souvent été employée. Elle semble être plus que jamais d’actualité. 

La situation paraît même s’être aggravée puisque parmi les nouvelles recrues, on ne trouve aucune personnalité identifiée politiquement à droite ou à gauche.  

Il y a bien Roselyne Bachelot à la Culture. L'ancienne ministre de Nicolas Sarkozy est effectivement issue des rangs de la droite.  Mais c’était il y a longtemps. Elle ne faisait plus partie du jeu politique. Elle avait mis un terme à sa carrière en 2012 avec, à l’époque, la promesse qu’on ne l’y reprendrait pas. Depuis, elle s’était reconvertie, en chroniqueuse de télévision notamment. 

Ce n’est donc pas tant pour son appartenance passée à la droite républicaine qu’elle a été nommée que parce qu’elle est une figure médiatique appréciée des français. 

C'est aussi parce qu’elle a récemment été réhabilitée pour sa gestion de la crise H1N1, il y a 10 ans, quand elle était ministre de la santé. La récente crise sanitaire a montré que ses achats, à l’époque, de millions de vaccins n’étaient peut-être pas inconsidérés. 

Et puis accessoirement, elle a également bénéficié des liens qu’elle avait conservés avec l’actuel Premier ministre, Jean Castex, qui lui, il y a dix ans, était le secrétaire général adjoint de Nicolas Sarkozy à l’Elysée. Roselyne Bachelot, donc, est issue de la droite mais une droite à laquelle elle n'est plus vraiment identifiée. 

L’alsacienne Brigitte Klinkert, ministre déléguée à l'insertion, est, elle aussi, issue des rangs de la droite. 

Elle a été membre de "Les Républicains" mais elle a quitté ce parti en 2019.  Et là encore, ce n’est pas l’étiquette politique qui a joué mais le fait qu’elle s’est particulièrement illustrée dans la gestion de la crise sanitaire liée à l’épidémie de Covid-19 en tant que présidente du département du Haut Rhin.  

La "poutre" ne travaille plus

Il n’y a donc, avec ce remaniement, aucune recrue à gauche pour Emmanuel Macron. A droite, c’est particulièrement maigre, il ne fait aucune prise majeure. 

Et ça signifie, pour lui, c'est assez peu rassurant, que "la poutre" ne travaille plus pour reprendre l’expression de l’ex Premier ministre, Edouard Philippe. Il employait cette expression, "la poutre travaille encore", pour évoquer la recomposition politique à l’œuvre autour d’Emmanuel Macron et en particulier sa capacité d’attraction, notamment à droite. 

Il semble que c’est terminé. L’étoile du chef de l’Etat a pali et la droite républicaine semble avoir jugulé l’hémorragie.

L’avocat Eric Dupond Moretti, une nomination avant tout médiatique

C’est une figure médiatique, Eric Dupond Moretti, grand ennemi des magistrats et qui fera sans doute beaucoup parler de lui.  Sa nomination constitue une surprise et peut apparaître comme un coup d’éclat. 

Mais on a du mal à voir ce qu’il représente, à comprendre la raison pour laquelle il est nommé à ce poste. Alors qu’on sort à peine de la crise sanitaire, que nous allons entrer dans une crise économique sévère, la justice serait une priorité ? ça n’a pas vraiment de sens. 

Si l’on fait une comparaison avec Nicolas Hulot, nommé ministre de la transition écologique en début de quinquennat, il représentait quelque chose politiquement. a nomination faisait sens. Elle disait : "priorité à l’environnement et à l’écologie". Pour Eric Dupond Moretti, on ne voit pas, à ce stade, où est le sens. 

D’ailleurs, plus globalement, on ne comprend pas bien le sens de ce remaniement. On a fait sortir les ministres qui ont failli, Christophe Castaner, Nicole Belloubet, Sibeth N’Dyaye, Didier Guillaume...etc... 

Il n’y a pas de changement dans les ministères les plus importants. Jean-Yves Le Drian reste aux affaires étrangères, Bruno Le Maire à l’économie, Jean Michel Blanquer à l’éducation, Florence Parly aux armées, Olivier Véran à la santé. 

Gérald Darmanin est promu au ministère de l’intérieur. il remplace Christophe Castaner. (Au passage, on entend beaucoup qu'il serait sarkozyste. Il est plutôt  proche de Xavier Bertrand et de Jean Castex qui fût directeur de cabinet de Xavier Bertrand.) 

On voit donc que les ministres les plus politiques, et les principales recrues d’Emmanuel Macron il y a trois ans, restent en poste. 

A l’écologie, Emmanuel Macron nomme Barbara Pompili. C’est un peu comme François de Rugy juste après Nicolas Hulot. Symboliquement, sa nomination paraît assez faiblement incarner l'ambition écologique du président.  

Au bout du compte, on constate peu de changement. Ce gouvernement n’illustre pas la volonté de réinvention qu’avait exprimée Emmanuel Macron pendant le confinement. On ne comprend pas bien le sens des nouveaux recrutements. pour quelles raisons sont-ils là ? Pourquoi faire ? 

Plus globalement, il ne semble pas y avoir de cohérence d’ensemble. On ne distingue pas l'ambition, le projet du président derrière les femmes et les hommes de ce nouveau gouvernement.

Chroniques

8H19
9 min

L'Invité(e) des Matins d'été (2ème partie)

Olivier Py : "La ministre de la Culture Roselyne Bachelot a devant elle les travaux d'Hercule"
L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......