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Benoît Hamon, le 3 avril 2019.

Pourquoi la gauche n'est pas près de se rassembler

3 min
À retrouver dans l'émission

Les programmes politiques sont similaires, les ambitions divergentes.

Benoît Hamon, le 3 avril 2019.
Benoît Hamon, le 3 avril 2019. Crédits : Bertrand Guay - AFP

On connaît désormais les mots qui entreront dans le dictionnaire l'an prochain. Parmi eux, « cryptomonnaie », « charge mentale », ou « divulgâcher ». 

Si le Petit Larrousse accueillait également l'expression "gauche française", la définition ressemblerait sans doute à celle-ci : 

"nom féminin ; se dit d'une multitude d'individualités et de partis qui partagent des convictions sur l'essentiel mais qui préfèrent partir désunis à toutes les élections". 

Les européennes n'y font pas exception. Elles sont même en train de creuser des fossés béants. 

Si l'on prend du recul, qu'est-ce qui sépare vraiment les listes de Benoît Hamon, Raphaël Glucksmann et Ian Brossat ? Pas grand chose. 

Mais c'est une bataille du club des 3% dans les sondages. Et parce qu'ils ne sont pas si loin les uns des autres, ils sont obligés de taper encore plus fort pour se différencier. Exemple hier avec Benoît Hamon que nous recevions sur France Culture :

"Je trouve que [Raphaël Glucksmann] pleurniche un peu. Il faut être sérieux. C’est bien de faire des numéros de claquettes à Paris, mais si c’est pour revenir aux mêmes équilibres qu’avant, à la même co-gestion [PS-conservateurs au Parlement], (…) ça nous mène dans l’impasse."

Les programmes sont à dire vrai tellement proches, que le clivage porte pour l'essentiel sur des considérations stratégiques d'après les élections. En l'occurrence : dans quel groupe du Parlement faut-il faire siéger les quelques élus - s'il y en a ? 

Avec 33 listes, pour espérer un frémissement dans les sondages, il n'y a guère le choix : croiser le fer pour croiser les courbes. 

Pendant ce temps, la liste de droite, celle du parti Les Républicains, rassemble sans problème des libéraux et des protectionnistes, des fédéralistes européens et des partisans de l'Europe des Nations, derrière le très conservateur François-Xavier Bellamy. 

Les chapelles à gauche, la cathédrale à droite. 

Est-ce parce que l'efficacité est un valeur connotée de droite, que la gauche s'en méfie ? 

Le gouvernement de la gauche plurielle, époque Lionel Jospin, semble dater d'un autre millénaire. Il avait su faire travailler ensemble Jean-Pierre Chevènement et Jean-Luc Mélenchon, Hubert Védrine et Marie-Georges Buffet, Laurent Fabius et Dominique Voynet. 

Certes, ce bouquet multicolore s'était transformé en bouquet final à la présidentielle de 2002, explosé par les candidatures multiples. 

Alors cette fois-ci, le chemin viendra peut-être du terrain : des villes et des villages, à l'occasion des prochaines municipales. 

La gauche, déjà affaiblie par la vague bleue de 2014, n'aura guère de choix, sinon se rassembler dans toutes ses nuances. 

Ce sont sans doute ces micro-alliances locales, loin des appareils parisiens usés et rouillés, qui remettront l'opposition d'aplomb, avec moins de prétention, moins de prétendants et plus d'électeurs. 

Et feront revenir le mot « victoire » dans le dictionnaire de la gauche.

Frédéric Says

Chroniques

8H19
17 min

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