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"Les casseurs n'auront pas le dernier mot", a répété, martial, le Premier ministre lundi soir au 20h de TF1.

Les questions que pose le nouvel arsenal "anti-casseurs"

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Édouard Philippe a dévoilé hier soir de nouvelles mesures.

"Les casseurs n'auront pas le dernier mot", a répété, martial, le Premier ministre lundi soir au 20h de TF1.
"Les casseurs n'auront pas le dernier mot", a répété, martial, le Premier ministre lundi soir au 20h de TF1. Crédits : Eric Feferberg - AFP

Posture ferme, et doigt tendu. Edouard Philippe a voulu montrer son autorité hier soir sur le plateau du journal de TF1. Le Premier ministre a annoncé un train de mesures, on en parlait dans le journal. Il adresse un carton rouge aux casseurs. 

Ici, la métaphore sportive n'est pas fortuite. C'est Edouard Philippe lui-même qui a pris pour exemple la législation anti-hooligans. Un arsenal qui a fonctionné contre les groupes de supporters violents, dit-il, voilà pourquoi il conviendrait d'en étendre la logique aux manifestants virulents. 

Sauf qu'à y regarder d'un peu plus près, tout cela est un peu plus compliqué. 

D'abord, les lois successives de lutte contre les hooligans posent question. Elles ont peu à peu éloigné le juge judiciaire au profit de la décision administrative, c'est à dire celle des préfets et de l’État. 

Ainsi, il existe des interdictions administratives de stade, et des interdictions collectives de déplacement pour les spectateurs de match. Comme le note le site très pointu des "Cahiers du football", ces interdictions de déplacement au stade ont d'abord été l'exception, au motif d'empêcher les batailles rangées entre supporters. Mais elles sont peu à peu devenues courantes. Cette disposition a été utilisée trois fois en 2011 et... 81 fois en 2016. C'est toujours le risque des dispositifs prévus pour être exceptionnels : ils deviennent la norme, par commodité ou par calcul.    

D'autres questions se posent sur le fichier des casseurs annoncé hier soir par Edouard Philippe... 

Comment sera-t-il alimenté ? Sur quel critère reposera-t-il ? Quel sera la possibilité de recours pour ce qui y figurent ? Comment empêcher, à la longue, qu'il devienne un fichier d'opposants politiques ? Comment empêcher que les décisions administratives progressent toujours face à l'institution judiciaire ? Nous évoquions hier les conditions vitales de la République, c'est à dire le respect des élus et des institutions. Il faut bien sûr y ajouter la séparation des pouvoirs. Il serait absurde de défendre la République en réduisant les principes qui la sous-tendent. 

Cette fermeté affichée par l'Exécutif porte aussi un message politique...

Dans la droite ligne d'Emmanuel Macron, qui dénonçait les foules haineuses, dans son discours du 31 décembre. Le gouvernement cherche à susciter un sursaut de la société, un mouvement-réflexe du corps social contre les violences. 

Une "manifestation pour les libertés républicaines" est d'ailleurs organisée le 27 janvier, à l'appel de plusieurs collectifs anti-gilets jaunes. Et le ministre Jean-Michel Blanquer a indiqué hier sur notre antenne qu'il y participerait. En cela, l'exécutif cherche à rejouer le 30 mai 1968 : le grand défilé de soutien à De Gaulle face au désordre. La révolte contre la révolte.

Nous ne sommes donc plus dans la tonalité de la mi-décembre, quand Emmanuel Macron faisait les yeux de velours à la France, en s'excusant et en lâchant du lest. Désormais c'est une main de fer dans un gant de fer. Avec l'idée subliminale qu'il faut choisir son camp : soit les casseurs soit le gouvernement. 

Ce tournant sécuritaire marque aussi la période qui nous conduira jusqu'aux élections européennes. Tout le montre, le gouvernement craint davantage de passer pour celui qui recule devant la chienlit plutôt que pour celui qui cède à l'autoritarisme. L'exécutif estime manifestement que son adversaire politique le plus dangereux se trouve à sa droite et non à sa gauche. Dans le silence tactique de Marine Le Pen plutôt que dans l'indignation bruyante de Jean-Luc Mélenchon.

Frédéric Says

Chroniques

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