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Emmanuel Macron, Edouard Philippe, Jean-Yves Le Drian à l'ambassade britannique à Paris le 23 mai 2017

Remaniement : secrets d'alcove et faux-semblants

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Depuis quelques jours, l’événement annoncé nourrit beaucoup de discussions entre journalistes, dans les rédactions, et entre conseillers dans les cabinets ministériels. Et les rumeurs foisonnent. On assiste à un feu d'artifice de bruits de couloirs.

Emmanuel Macron, Edouard Philippe, Jean-Yves Le Drian à l'ambassade britannique à Paris le 23 mai 2017
Emmanuel Macron, Edouard Philippe, Jean-Yves Le Drian à l'ambassade britannique à Paris le 23 mai 2017 Crédits : Etienne Laurent - AFP

- Qui pour remplacer Gérard Collomb au ministère de l'Intérieur ? 

- On croit savoir que Jean Castex est bien placé. 

- C'est qui Jean Castex ?  

- C'est un haut fonctionnaire, il a le profil, il a fait l'ENA. Et puis hier matin, il n'était pas présent à la réunion du Conseil Départemental des Pyrénées Orientales. Cela veux sans doute dire qu'il est en route pour Paris. 

- Ah bon... 

- Il y a aussi le député du Modem, Marc Fesneau, qui va remplacer Stéphane Travert au ministère de l'Agriculture. Ça, c'est quasiment fait, ça. 

- Et puis vous savez quoi ? On m'a dit que Nicole Belloubet, la ministre de la Justice, serait fragilisée. 

- Ah c'est nouveau ça ? 

- Oui, mais c'est quelqu'un de sûr, hein, qui m'a donné l'information.  

En réalité, il y a beaucoup de rumeurs dans tout ça, très peu d'informations et vérifiables.  Et du côté des principaux intéressés, ceux qui sont potentiellement "ministrables", rien ne filtre.  

Alain Juppé, interrogé à quelques jours du remaniement de novembre 2010 :

No comment. Je vous renvoie à la semaine prochaine...

Alors bien sûr, il y a des consultations.  Des vérifications qui sont faites, aujourd'hui, auprès de la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique. Et tout ça laisse filtrer quelques bribes d'information qui alimentent les rumeurs en tout genre. 

Mais dans les faits, quelques personnes seulement sont vraiment au courant : deux ou trois conseillers, le premier ministre et le président de la République.  

Le Premier ministre, Lionel Jospin, en l'an 2000, en parle en ces termes :

Les remaniements, c'est comme les dévaluations, ça s'annonce après.

Un remaniement se fait donc donc le plus grand secret. Parce que l'on touche là à l'un des ressorts essentiels de l'exercice du pouvoir : le pouvoir de nomination.  Et il n'y a, en l’occurrence, qu'une personne qui décide véritablement : le président de la République.  

A la question : à quoi sert un remaniement ? On peut apporter plusieurs réponses, car il y a plusieurs types de remaniements

Il y a ceux qui marquent un tournant, qui indiquent un changement de politique. En général, ce genre de remaniement nécessite également un changement de premier ministre. Comme avec François Mitterrand en 1984.   

Jean Louis Bianco, secrétaire général de l’Élysée en 1984 : 

Le premier ministre, Pierre Mauroy, a présenté la démission de son gouvernement. Le président de la République... a nommé Laurent Fabius

Ce remaniement là a consacré un changement de politique initié un an plus tôt par Mitterrand et qu'on a qualifié de "tournant de la rigueur". Il avait aussi entrainé le départ des ministres communistes du gouvernement.  

Autre type de remaniement : le remaniement technique, sans véritable enjeu politique. Exemple en mars 2007, juste avant la présidentielle. Sarkozy démissionne avec Xavier Bertrand. Villepin, alors premier ministre, n'est pas en mesure d'être candidat. On procède donc à des ajustements pour gérer les affaires courantes. C'est aussi ce qui se passe en décembre 2016. François Hollande vient d'annoncer qu'il ne sera pas candidat à la présidentielle. Valls démissionne et il est remplacé par Bernard Cazeneuve à Matignon. 

Il y a des remaniements qui sont des "coups" politiques. Comme en novembre 2010 où Nicolas Sarkozy prépare la présidentielle de 2012 pour sa réélection.  

Jean Pierre Raffarin, en novembre 2010 : 

il faudra un remaniement significatif et audacieux...  

Ce type de remaniement n'entraine, bien évidemment, pas de changement de politique. On change l'équipe gouvernementale uniquement de l'élection en fonction de considérations électorales.  

Et puis il y a les remaniements qui consacrent un échec. Bien souvent un échec électoral. Et ce type de remaniement a lieu après une élection. C'était par exemple le cas en mars 2008, sous Nicolas Sarkozy, après la défaite de la droite aux municipales. Ou encore sous François Hollande fin mars 2014. Ce type de remaniement, là encore, ne traduit généralement pas de changement de politique, uniquement un changement d'équipe, manière de donner l'impression que le président de la République a compris le message.  

Un remaniement, c'est fait pour essayer de redonner une légitimité au pouvoir en place, pour lui donner un nouvel élan

Mais il faut dire que, la plupart du temps, les effets dans l'opinion sont assez négligeables. Ça ne change rien, ou presque, pour l’exécutif. A l'exception de ceux qui ont eu lieu à l'occasion des cohabitations, en 1986 et en 1997.C'est évidemment le risque pour le remaniement qui devrait avoir lieu aujourd'hui...  

Il a ceci de particulier, ce remaniement, qu'il consacre une forme d'échec.  Pas un échec électoral, un échec qui s'est traduit par une série de "gadins politiques" : l'affaire Benalla, les démissions de Nicolas Hulot, de Gérard Collomb. S'en est suivi un décrochage d'Emmanuel Macron dans les enquêtes d'opinion. Et donc à ce remaniement forcé pour le président.  

Il n'y aura donc vraisemblablement pas de changement de cap, pas de changement de politique. On va continuer les réformes comme avant.  

Toute la question est de savoir si Emmanuel Macron saura montré qu'il a compris le message et qu'il y a un vrai changement, notamment dans son attitude et sa gouvernance. Ou bien si, comme bien souvent avec les remaniements, il aura simplement réussi à gagner du temps...

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