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Issu du parti conservateur, John Bercow a dû faire face au tumulte provoqué par les débats sur le Brexit. Il a annoncé qu'il quitterait son poste d'ici au 31 octobre 2019.

"Ordeeeeeer !"

4 min
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John Bercow, le charismatique président de la Chambre de communes en Grande-Bretagne, a annoncé sa prochaine démission. L'occasion de se pencher sur cette fonction difficile qui consiste à diriger les débats parlementaires.

Issu du parti conservateur, John Bercow a dû faire face au tumulte provoqué par les débats sur le Brexit. Il a annoncé qu'il quitterait son poste d'ici au 31 octobre 2019.
Issu du parti conservateur, John Bercow a dû faire face au tumulte provoqué par les débats sur le Brexit. Il a annoncé qu'il quitterait son poste d'ici au 31 octobre 2019. Crédits : PRU - AFP

« Order » : voici le cri rauque du speaker (le président de la chambre des communes) pour tenter de remettre un peu d'ordre. John Bercow, c'est son nom, a annoncé hier qu'il comptait démissionner. Il n'a pas eu la partie facile, ces derniers temps, avec la violence des échanges à propos de la sortie de l'Union européenne. Si le speaker s'imaginait finir tranquillement sa carrière en arbitre flegmatique de gentlemen parlementaires, c'est raté. 

Cheveu gris légèrement bouclé, œil malicieux et répartie saillante, ce charismatique personnage secondaire de la série à suspense qu'est devenu le Brexit nous pousse à nous interroger sur le rôle de président de la chambre basse. 

En Grande-Bretagne, comme en France et ailleurs, le titulaire de cette fonction porte en lui une contradiction : il est à la fois élu d'un camp, puisque c'est un parlementaire, mais il doit aussi se montrer impartial et garantir l'équité des débats. En quelque sorte, il est un arbitre qui a porté le maillot de l'une des équipes. 

Les accusations de partialité n'ont d'ailleurs jamais manqué 

En 2006, le président de l'Assemblée nationale Jean-Louis Debré s'était trouvé au centre de telles polémiques. Il lui était reproché d'avoir posé en photo avec des piles d'amendements déposés par l'opposition. Des monceaux de feuilles pour démontrer l'obstruction parlementaire. 

D'ailleurs, au fil du temps, le président de l'Assemblée a gagné en pouvoir pour écourter les interminables palabres. Il est loin le temps où les députés Julien Dray et Pierre Mazeaud se livraient à un concours de l'intervention la plus longue (près de 4 heures, selon l'anecdote rapportée dans le livre « C'est toujours moi qui fais le sale boulot » signé Laurent Telo et Marie Bordet). 

Désormais, les temps de débat sont nettement plus concentrés, les obstructions plus difficiles. En France, il serait impossible à Mister Smith, le héros du film de Capra, de discourir pendant des heures afin d'empêcher l'adoption d'une loi scélérate.   

Colère

La tenue des débats doit beaucoup à l'autorité naturelle de l'homme qui siège au perchoir. On dit "l'homme", car voici l'une des fonctions à n'avoir jamais été attribuée à une femme, avec la présidence de la République et celle du Sénat. 

Certains sont tombés dans l'oubli, faibles métronomes de l'Histoire. D'autres ont laissé une postérité, pour leur maîtrise des débats, ou pour leur colère, comme Louis Mermaz en 1984. Il recadre le député Didier Julia qui utilise le mot de "national-socialisme" :

Une intervention sonore, que ne pouvaient pas se permettre tous ses prédécesseurs. Sous la Révolution française, faute de micro, le président de l'Assemblée nationale... mettait son chapeau pour rappeler ses troupes à l'ordre. C'était d'ailleurs une responsabilité éphémère. Elle changeait de titulaire tous les quinze jours. 

En 2019, on ressent presque quelque chose d'un peu anachronique quand on entre dans l'hémicycle et qu'on observe ce fauteuil perché en hauteur, massif, surplombant. 

A l'heure où la politique ne jure que par l'horizontalité ; à l'heure où les réseaux sociaux brouillent les hiérarchies et les autorités acquises, cette verticalité physique semble une résistance fière et obsolète.

Frédéric Says

Chroniques

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