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Emmanuel Macron, le 10 juin 2019.

Chez LREM, la tentation du parti unique ?

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Les responsables de la majorité présidentielle multiplient les injonctions à "préférer son pays à son parti". Un message qui vise les élus de l'opposition, à quelques mois des élections municipales.

Emmanuel Macron, le 10 juin 2019.
Emmanuel Macron, le 10 juin 2019. Crédits : Sébastien Bozon - AFP

Il faut lire et relire la tribune publiée par Marlène Schiappa dans le Journal du dimanche. La ministre y invite tous ceux qui veulent "faire passer leur pays avant leur parti" à rejoindre la majorité présidentielle. 

Sont visés, en particulier, les élus du Parti socialiste et de Les Républicains, en prévisions des élections municipales de l'an prochain. 

"Préférer son pays à son parti" : voilà une jolie phrase... C'est un élément de langage récurrent dans l'exécutif. Il faut d'ailleurs rendre justice à celui qui l'a utilisé le premier, Gérald Darmanin. « Mon pays avant mon parti », c'est par cette ode aux accents gaulliens qu'il avait justifié son choix de quitter la droite pour entrer au gouvernement. 

Mais au fond, que nous dit cette formule ? 

A première vue, elle oscille entre le scoutisme bon teint (du genre "appel à toutes les bonnes volontés") et une sorte de Kennedy revisité, sur le mode : "ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais ce que vous pouvez faire pour lui". 

En ces temps de déficit d'engagement collectif, de règne de l'individualisme et de défiance démocratique, cet appel à faire corps avec la nation peut s'entendre. Sauf que la signification de cette phrase n'est pas (seulement) celle-ci. 

En creux, quel message porte-t-elle ? D'abord, d'un strict point de vue de communication politique, cette formule vise à présenter comme courageuse l'allégeance à un parti dominant ; à rendre élégant le retournement de veste. 

Et puis il y a un deuxième message subliminal, dans cette injonction à préférer la nation à sa formation. 

Cela revient à dire que tous ceux qui ne rejoindraient pas LREM sont en réalité plus attachés à leur parti qu'à leur pays. 

En d'autres termes, l'opposition est réduite à une posture égoïste, le débat à une chicane politicienne, les propositions alternatives à une perte de temps. En un mot, le pluralisme est considéré comme de la tambouille. 

Or, à l'instar de Joséphine Baker, ne peut-on pas avoir deux amours, son pays et son parti ? 

C'est vrai, au fond, n'est-ce pas précisément parce qu'on aime son pays qu'on s'engage dans un parti ? La vraie faille démocratique, vient-elle du citoyen qui prend sa carte chez Les Républicains, chez Europe Ecologie, etc ? 

Ou bien vient-elle de l'abstention, de l’apathie, du dégoût, du rejet de la chose publique ? 

C'est pourquoi Marlène Schiappa et plusieurs ministres opèrent une confusion dangereuse. En assimilant l'adhésion à la République en Marche au service de son pays, ne se confondent-ils pas eux-mêmes avec l'intérêt général ? 

Cela à revient à dire, "la France c'est nous". Comme une vague réminiscence de "l'Etat, c'est moi". 

Bien sûr, la dynamique électorale (et la foi dans sa propre action) peuvent expliquer, sinon excuser, une certaine grandiloquence. Mais la démocratie idéale vue par le macronisme, est-ce un parti unique ou presque ? Un parti de gouvernement qui n'aurait comme seule opposition que l'extrême droite ? Une extrême-droite suffisamment forte pour faire peur, et suffisamment faible pour ne pas accéder au pouvoir : est-ce cela, le rêve absolu ? 

Certes, l'exécutif n'est pas responsable de l'apathie de la droite, et des divisions de la gauche. Ces oppositions se sont consciencieusement sapées elles-mêmes. 

Mais en se présentant comme la seule offre raisonnable possible, l'exécutif s'expose à un dangereux retour de bâton. 

Souvenez-vous, pendant la campagne présidentielle aux Etats-Unis d'Amérique, les spécialistes nous assuraient que les électeurs ne pourraient jamais choisir Trump car son élection plongerait le pays dans le chaos. En somme : "les électeurs n'oseront pas". Ils finiront toujours par préférer le camp dit "de la raison". C'est toujours un calcul hasardeux que de mettre le peuple au défi...

Frédéric Says

Chroniques

8H19
45 min

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