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François Bayrou : loyal mais inaudible ?

Le Modem fâché tout orange

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Jusqu'ici allié discret et fidèle de la République en Marche, le parti de François Bayrou montre des signes d'agacement. Jusqu'où ?

François Bayrou : loyal mais inaudible ?
François Bayrou : loyal mais inaudible ? Crédits : Ludovic Marin - AFP

Ceux qui seraient tentés de faire rimer "centrisme" et "mollesse" doivent lire le communiqué de Jean-Louis Bourlanges. Dans une plume trempée à l'acide, ce député Modem dénonce froidement le comportement de la République en Marche, coupable de se comporter en "parti unique". Le déclic de cette colère ? Les élus du Modem n'ont pas été associés au choix du candidat de la majorité pour le Perchoir, c'est à dire la présidence de l'Assemblée nationale. Le groupe En Marche a désigné, seul, Richard Ferrand. « La procédure retenue, écrit Jean-Louis Bourlanges, démontre que le MoDem n'est pas seulement un partenaire de second rang, mais qu'il n'est même pas considéré comme un partenaire tout court ». 

On l'oublierait presque : les députés proches de François Bayrou constituent le 3ème groupe le plus nombreux à l'Assemblée, après En Marche et Les Républicains. Le Modem, c'est trois plus de députés que la France Insoumise. Et pourtant qui entend-on le plus ? La réponse est dans la question. 

D'où cette autre interrogation : mais que devient donc le Modem ?  

La question fait sourire aujourd'hui, comme on prendrait des nouvelles d'un vieil oncle perpétuellement ronchon. Et pourtant, le Modem fut un allié essentiel sinon décisif pendant la campagne présidentielle. Souvenez-vous : François Bayrou renonça à se présenter, conclut une alliance, et apporta les 5 ou 6% qui manquaient à Emmanuel Macron pour se hisser en tête. 

A l'époque, le jeune candidat traitait l'expérimenté maire de Pau avec déférence. Il écoutait, prenait du temps et des notes. Le bon élève face au professeur. 

Dix huit mois après, le paysage a bien changé. François Bayrou n'est plus ministre, suite à l'enquête autour des assistants européens. Son peu d'empressement à faire valoir ses critiques, notamment au moment de l'affaire Benalla, l'a montré aussi loyal qu'inaudible. Et ce n'est pas la présence de deux ministres Modem au gouvernement - aussi estimables soient-elles - Jacqueline Gourault et Geneviève Darrieussecq, qui vient rééquilibrer cette alliance. 

A l'Assemblée nationale, le groupe bayrouiste vit dans l'ombre de son grand frère, la République en Marche. Le groupe orange (c'est la couleur du Modem) peine à faire entendre sa voix sur les principaux projets de loi. D'ailleurs, les "marcheurs" ont interdiction formelles de co-signer ou de voter des amendements issus d'autres groupes parlementaires... et donc pas même ceux du Modem. Ainsi va la rapport de force parlementaire. Minoritaire au sein de la majorité, les amis de François Bayrou sont obligés de composer. D'ailleurs, numériquement, En Marche n'a pas besoin d'eux pour atteindre la majorité absolue. 

Et l'élection probable de Richard Ferrand à la présidence de l'Assemblée nationale risque de ne pas améliorer l'ambiance. 

Pourquoi ? Parce que Richard Ferrand est honni d'une bonne partie des députés Modem. Pas simplement parce qu'il était jusqu'ici le chef du groupe En Marche. Cette inimitié remonte à la campagne. A l'époque, en échange de son soutien, François Bayrou avait demandé à Emmanuel Macron quelques concessions sur son programme, mais surtout un nombre important de places réservées pour le Modem aux législatives, afin de peser sur la future majorité. Or, c'est précisément Richard Ferrand qui avait négocié pour Emmanuel Macron le nombre et la répartition de ces places. Une première répartition qui avait fortement déplu à François Bayrou ; lequel s'était senti blousé, et l'avait dit publiquement. Emmanuel Macron avait dû calmer les récriminations, et corriger lui-même la copie pour permettre au Modem d'avoir son contingent. Voilà donc pourquoi Richard Ferrand, ce vieil ennemi au perchoir, ce n'est pas du goût des "oranges". Très discrets jusqu'ici, ces derniers pourraient avoir envie de montrer qu'un "courroux de centriste", ce n'est pas un oxymore.

Frédéric Says

Chroniques

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