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Le visage de Simone Veil, peint sur des boîtes à lettres du XIIIème arrondissement de Paris, a été recouvert de croix gammées.

L'insondable passion pour la haine

3 min
À retrouver dans l'émission

D'où vient cette capacité de la société française à s'auto-mutiler ?

Le visage de Simone Veil, peint sur des boîtes à lettres du XIIIème arrondissement de Paris, a été recouvert de croix gammées.
Le visage de Simone Veil, peint sur des boîtes à lettres du XIIIème arrondissement de Paris, a été recouvert de croix gammées. Crédits : Jacques Demarthon - AFP

Chaque jour qui passe, l'expression "vivre-ensemble" paraît tenir davantage de la chimère publicitaire que du quotidien réel. Ces derniers jours, les rues de Paris ont été maculées de slogans antisémites, tout comme plusieurs portraits de Simone Veil, dans le 13ème arrondissement de la capitale. En banlieue parisienne, dans l'Essonne, ce sont les arbres plantés en hommage à Ilan Halimi qui ont été sciés. La plaque dédiée à ce jeune homme, enlevé, torturé et tué parce qu'il était juif, avait déjà été à plusieurs reprises profanée. 

D'après les chiffres du ministère de l'Intérieur, les actes et menaces antisémites ont crû de 74% l'an dernier avec 541 faits dénombrés. Chiffre le plus élevé depuis 2015

Des lieux de cultes catholiques profanés en nombre également cette semaine. Cinq églises en sept jours. Dans les Yvelines, à Dijon, dans le Tarn et à Nîmes, où des autels, des tabernacles et des statues ont été dégradés. Le tout dans un silence religieux, si l'on peut dire. Comme un écho à ces mosquées que les fidèles ont trouvé ornées, un matin, d'une tête de porc. 

La haine touche jusqu'à l'université. Hier la faculté de médecine de Paris 13 a annoncé avoir exclu un élève pour harcèlement à caractère antisémite. 

Auto-destruction

Comment ce pays en est-il arrivé là ? Comment a-t-il développé cette capacité d'auto-destruction, et même d'auto-mutilation ? D'où vient ce terreau propice à l'agressivité, sinon à l'agression ? 

"La guerre de tous contre tous", selon l'expression de Thomas Hobbes... Ou, à tout le moins, la bagarre générale permanente. 

Celle du village gaulois d'Astérix, comme le souffle ce journaliste étranger, ex-correspondant en France, en observant ce week-end une bataille rangée entre gilets jaunes, dans les rues de Lyon. Les gilets jaunes d'extrême-gauche contre les gilets jaunes d'extrême-droite, comme l'ont résumé plusieurs témoins.  

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Bienvenue au pays où la concorde est suspecte. Emmanuel Macron en avait eu l'intuition en axant une partie de sa campagne sur la notion de "bienveillance". Il était le candidat qui refusait que ses adversaires soient sifflés dans les meetings : 

Intuition brillante qui a permis au candidat Macron de se démarquer du cloaque sinistre auquel ressemblait la campagne présidentielle. 

Les réseaux sociaux tendent un miroir assez peu ragoutant à la face de la société française. Savez-vous que la version française de Twitter est celle qui concentre le plus de demandes de suppression de contenus offensants ou illicites de l'ensemble des pays occidentaux ? 

Et encore, l'illégalité d'un tweet ne peut être confondue avec sa violence. Ce n'est pas un tweet qui est forcément violent en lui-même, c'est aussi la répétition de son message, sa duplication, un effet de masse qui convoie la haine. 

Voilà qui nous ramène au sujet évoqué ce matin. Sur la méchanceté comme preuve de valeur sociale, sur le dénigrement personnel érigé en coolitude branchée. 

Ce sera la mission des responsables politiques qui viennent, des savants et des sages : il faudra comprendre cette irrationnelle préférence pour la détestation. Cette jouissance mauvaise à massacrer ce qui rassemble. Il faudra aussi valoriser la simplicité, l'empathie, et pourquoi pas - rêvons - les rendre à la mode et sexy. Afin de remettre sur pied, peu à peu, ce totem brisé du "vivre-ensemble".

Frédéric Says

Chroniques
8H19
44 min
L'Invité(e) des Matins
Complotisme, harcèlement… : faut-il quitter les réseaux sociaux ?
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