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Un minitel, en 1982.

Faudra-t-il traduire à nos enfants ce que voulait dire le mot « gauche » ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Parlera-t-on bientôt de la gauche comme du minitel - au passé ?

Un minitel, en 1982.
Un minitel, en 1982. Crédits : Leemage - AFP

Si vous avez dû expliquer à vos enfants ce qu’étaient un minitel ou des cassettes audio, vous êtes peut-être chanceux. Pensez aux parents de demain qui devront se gratter la tête pour détailler ce qu'était la gauche, disparue depuis. Évidemment, on n'en est pas là ; des citoyens, des associations, des élus se réclament toujours de la gauche… Mais un tour d’horizon des pays européens montre que la menace ne relève pas de la science-fiction. 

En Italie, la gauche a disparu, comme le souligne Gaël Brustier sur Slate.fr. Encalminée dans le centrisme du Parti démocratique ou dans les restes des formations communistes, la sinistra, comme on appelle la gauche en Italie, est bel et bien sinistrée. Les élections, dans un mois, mettent aux prises le centre, la droite et l’extrême-droite, ainsi que les populistes du mouvement "5 étoiles". 

En Allemagne, les sociaux-démocrates du SPD sont au fond du gouffre. Ils n’ont pas dirigé un gouvernement depuis 2005. Ces jours-ci, ils se déchirent autant sur les questions stratégiques que les questions personnelles. Un sondage paru hier les crédite de 16 %. A la gauche des sociaux-démocrates, le parti Die Linke est lui relégué derrière la formation europhobe de l’AFD. Certes, dans ce tour d'horizon européen, il faut noter l’expérience portugaise - une coalition de gauche au pouvoir. Sans oublier le retour en grâce de Jeremy Corbyn chez les travaillistes britanniques. Mais à part cela ? 

En France, à qui pense-t-on quand on pense à la gauche ? Le Parti socialiste s’en revendique ; il est aujourd'hui à l’article du trépas. Malgré le talent de certaines de ses figures, la bataille pour le prochain congrès semble insignifiante. Ce n'est même plus une tempête dans un verre d’eau, à peine une bourrasque dans un dé à coudre. 

Quant à la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, elle ne met plus en avant le mot "gauche", comme s'il était devenu trop dévoyé ou trop flou. Interrogé sur cette disparition, le secrétaire général de la FI Manuel Bompard assume : "est-ce qu’il suffit de répéter «gauche, gauche, gauche» pour que les citoyens s’intéressent à nous ? Bien sûr que non"…  Jean-Luc Mélenchon l’avait d’ailleurs théorisé, cette disparition du mot gauche, au prétexte que François Hollande en avait abîmé le sens. C'était en 2014 sur RMC : 

"Les mots sont falsifiés, voilà ce que je peux surtout dire. La pire des choses qu'ait pu nous faire Hollande, c'est de nous avoir volé les mots qui servaient à nous désigner".

On observe pourtant que la droite, de son côté, n’a aucun mal à se dire de droite. Laurent Wauquiez a fait toute sa campagne interne avec ce slogan : « la droite de retour ». Autrement dit, la droite assume. Fut un temps, c’était l’inverse. Les partisans de la droite se cachaient un peu, ils préféraient se définir comme "centristes" ou comme "attachés à la liberté". Désormais, c’est à gauche qu’on bredouille des périphrases : on se dira plus volontiers progressiste, notion assez floue mais qui sonne vaguement positive. Par ailleurs, chacun se repositionne selon des nouveaux clivages, plus ou moins réels : souverainiste ou fédéraliste ; ouvert ou fermé ; conservateur ou libéral sur les mœurs ; partisan d’une laïcité extensive ou inclusive... 

Alors qu’adviendra-t-il de ce concept de gauche ? Tombera-t-il dans la corbeille des mots démodés, des concepts dépassés ? Le prochain grand rendez-vous électoral à venir (les européennes, mi-2019), nous en donnera une première réponse. Un premier indice pour savoir si la gauche rejoint le "Tang citron" et le CD-Rom dans les placards de la nostalgie. 

Frédéric Says

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