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Emmanuel Macron interviewé à Biarritz par Anne-Sophie Lapix le 26 août 2019

L'interview du 14 juillet, une nouveauté pour Emmanuel Macron

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Dix ans après Nicolas Sarkozy, Emmanuel Macron décide lui aussi de ne pas sacrifier à la traditionnelle interview du 14 juillet. C'était une manière de symboliser la modernité et la rupture qu'il entendait incarner. En 2020, il revient sur cette décision.

Emmanuel Macron interviewé à Biarritz par Anne-Sophie Lapix le 26 août 2019
Emmanuel Macron interviewé à Biarritz par Anne-Sophie Lapix le 26 août 2019 Crédits : France Télévisions - AFP

Emmanuel Macron a décidé de renouer avec un exercice auquel il avait refusé de sacrifier jusqu’ici, l’interview présidentielle du 14 juillet. Elle aura lieu à 13h10, en direct, depuis l’Elysée. Elle durera trois quarts d’heure environ et sera conduite par deux journalistes, Gilles Bouleau et Léa Salamé. 

Cette tradition de l’interview le jour de la fête nationale a été inaugurée par Valéry Giscard d’Estaing en 1978. Il se voulait un président jeune et avait pris parti de dépoussiérer le style présidentiel. Il avait donc convié deux journalistes dans les jardins de l’Elysée, Yves Mourousi et Patrice Duhamel, qui avait eu la permission de lui quelques questions, sur l’armée tout d’abord puis sur la cohésion de la nation : 

L’exercice avait plu et convaincu ce qui a conduit Giscard à le renouveler les années suivantes.  

François Mitterrand s’est également volontiers prêté à un exercice au cours duquel le chef de l’Etat s’est très vite tenu à rendre compte de son action et à en dessiner les perspectives. En 1993, par exemple, le journaliste Paul Amar demande à François Mitterrand ce qu’il pense de la situation du chômage. la France compte alors 2 millions 500 000 chômeurs : 

A partir de 1995, Jacques Chirac s’inscrit dans les pas de ses prédécesseurs et sacrifie lui aussi à ce qui semble être désormais devenu un rite républicain. Il y a prononcé un certain nombre de formules restées célèbres comme celle-ci, en 2004, lorsqu’on lui demande s’il y a un différend entre lui et son ministre des finances, le tumultueux Nicolas Sarkozy : 

Ce qu’exprime Jacques Chirac à ce moment-là est assez intéressant en ce sens qu’il contredit l’article 20 de la Constitution qui stipule que le gouvernement détermine et conduit la politique de la nation. Mais en même temps, il énonce ce qui se pratique dans la réalité et qui va même s’accentuer avec l’instauration du quinquennat, à savoir que le chef de l’Etat est le véritable patron de l’exécutif. 

Après Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, lui, s’inscrit dans la rupture et en gage de modernité, il veut dépoussiérer son quinquennat des vieilles coutumes républicaines. Il ne donne pas d’interview le 14 juillet. 

François Hollande, qui lui succède, entend quant à lui dépoussiérer la République de tout ce qu’a fait Nicolas Sarkozy. Et du coup, ce que n’a pas fait son prédécesseur, il le rétablit. En particulier l’interview du 14 juillet. 

Emmanuel Macron se veut disruptif et rompt avec ce qui est devenu une tradition républicaine 

En 2017, le nouveau chef de l’Etat vient de bouleverser tous les pronostics et de faire exploser les clivages politiques. Il est un président "disruptif", il lui faut donc caractériser symboliquement cette idée de rupture. Comme Nicolas Sarkozy, donc, il ne donnera d’interview à l’occasion de la fête nationale, le 14 juillet. 

Cette décision s’inscrit aussi dans la considération qu’il est nécessaire de raréfier la parole présidentielle afin de lui donner plus de poids et de solennité. Et puis les conseillers d’Emmanuel Macron à l’Elysée font également valoir au journal Le Monde que la pensée « complexe » du président se prête mal au jeu des questions-réponses avec des journalistes. 

Il préfère inventer un autre rendez-vous. Il réunit au début du mois de juillet les parlementaires en congrès à Versailles, rendez-vous qu'il annonce vouloir perpétuer tous les ans. Le nouveau chef de l’Etat est alors décrit comme un Jupiter tout puissant et son émancipation des règles et des carcans de la République symbolise sa volonté de réformer et de transformer une société qu’il considère comme corsetée. 

Trois ans plus tard, tout a changé. 

Il y a d’abord eu l’épisode des gilets jaunes qui a singulièrement secoué et mis à l’épreuve les velléités réformatrices du président. 

Puis les manifestations contre la réforme des retraites ont révélé une société profondément morcelée, divisée, en proie à une défiance croissante vis-à-vis de l’action publique. 

Enfin, la crise sanitaire liée à l’épidémie de Covid-19 a montré que la nation pouvait partiellement se retrouver et se reconstituer autour de son Etat vers lequel la population s’est retournée pour faire face au danger. 

Cette crise sanitaire n’est pas tout à fait terminée. Lui succédera une crise économique à laquelle il faudra également faire face. L’Etat français va encore une fois jouer un rôle prépondérant et la réponse se déroulera essentiellement dans un cadre national. 

Il n’est dès lors plus vraiment question de réformer ou de transformer la société, même si Emmanuel Macron tient malgré tout à parachever sa réforme des retraites votée avant la crise. Il convient, au contraire, de préserver la cohésion et l’unité de la société afin d’éviter que l’économie du pays ne s’effondre. 

C’est dans ce cadre et ce contexte que le président a décidé de renouer avec la traditionnelle interview présidentielle du 14 juillet. La perspective n’est plus de propulser la France dans le XXIème siècle vers un nouveau monde plus ouvert et plus européen mais au contraire de réactiver les vieux cadres et rituels républicains à travers lesquels le chef de l’Etat incarne la nation et l’unité nationale. 

C’est sans doute également avec cet horizon qu’Emmanuel Macron ambitionne de ressusciter le Commissariat au plan inventé par le général de Gaulle. Ça lui permettra de raviver l’imaginaire d’un passé glorieux et florissant durant lequel la nation s’était reconstruite. 

Et puis c’est peut-être aussi pour ça qu’il a finalement décidé que la flèche de la cathédrale Notre Dame de Paris sera reconstruite à l’identique et non l'objet d'un "geste contemporain" selon ce qu'il ambitionnait l'année dernière. 

L’heure n’est plus à la disruption mais au consensus et à la cohésion. Le nouveau monde attendra… son éventuelle réélection.

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