LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
"Une société apaisée" :que nous dit cette promesse récurrente, sur l'état de notre débat public ?

"L'apaisement", mantra de 2022

8 min
À retrouver dans l'émission

Il constelle les discours des responsables politiques de tous bords. Mais pourquoi le mot "apaisement" est-il si usité dans cette campagne ?

"Une société apaisée" :que nous dit cette promesse récurrente, sur l'état de notre débat public ?
"Une société apaisée" :que nous dit cette promesse récurrente, sur l'état de notre débat public ? Crédits : JGI/Tom Grill - Getty

"Apaiser" la société, "apaiser" la politique, "apaiser" la France : le verbe est partout, c'est devenu la nouvelle formule passe-partout. Le mantra de 2022. Anne Hidalgo, toute récente candidate, l'apprécie particulièrement : il est encore revenu dans sa déclaration il y a deux jours à Rouen : elle veut engager "résolument le pays sur la voie de la réconciliation, de l'apaisement". 

Apaisement et réconciliation, comme une volonté de se détacher des reproches faits à sa gestion de Paris, où les tensions et les clivages n'ont pas manqué. 

"L'apaisement", tiens, c'est aussi l'un des mots préférés de Yannick Jadot, c'est d'ailleurs le dernier qu'il a prononcé lors du débat dimanche pour la primaire écolo : "nous gagnerons en 2022, pour une société apaisée" (sur Médiapart). 

Ici, l'apaisement est donc compris comme une harmonie retrouvée avec la nature. A moins qu'il ne s'agisse aussi d'un message subliminal aux écologistes... Les Verts dont les querelles internes ont longtemps fait passer le Far West pour une vaste salle de relaxation. 

Mais l'éloge de l'apaisement n'est pas l'apanage de la gauche. 

Xavier Bertrand, l'un des favoris à droite, l'utilise aussi couramment : "Trois quarts des Français ne veulent pas de ce duel ; car ils savent que ça conduira à une crise, alors que ce pays a besoin d'espoir et d'apaisement".

Ici, c'est le duel Macron – Le Pen qui est source de chaos ; et donc celui qui brisera ce duel qui sera source d'apaisement. Il n'est donc ici plus question de l'écologie ; d'ailleurs Xavier Bertrand, en tant que président des Hauts-de-France, a revendiqué des actions énergiques contre les éoliennes, à coups de recours juridiques, laissant peu de place à l'apaisement. 

Alors pourquoi ce mot est-il si présent, et surtout si transpartisan ? 

D'abord, parce qu'il est assez vague pour ne fâcher personne. Être pour l'apaisement, c'est comme être pour la paix et pour la justice. Personne n'est contre. Les ennuis commencent quand on entre dans le détail des propositions pour y parvenir.

Marine Le Pen utilise ce mot depuis plusieurs années. En 2017, c'était même l'un de ses slogans : "une France apaisée" : "la peur qui étreint les honnêtes citoyens dans notre pays - et notamment les femmes - doit changer de camp. Je veux croire à une prise de conscience générale pour faire cesser cette nouvelle barbarie, pour qu’ensemble nous retrouvions une France apaisée". 

Ici, c'est en opposition à la délinquance, à la criminalité, qu'est convoqué l'apaisement. Concept incongru chez l'une des responsables politiques qui aime le plus à cliver, à opposer, entre autres, les "mondialistes" et les "patriotes". 

Au Parti communiste et à la France insoumise, l'apaisement est plutôt décrit comme l'objectif inatteignable, tant que le capitalisme n'est pas abattu : "Quand il y a de tels niveaux d'inégalités qui s'accroissent" Adrien Quatennens, coordinateur de la France Insoumise.

Heurts

Dès lors, comment expliquer ce plébiscite de tous les jours, celui de l'usage du terme "apaisement" ? Cette récurrence dit quelque chose de la campagne, du contexte dans laquelle elle se tient. Au cours du quinquennat, Gilets jaunes, violences urbaines, défilés contre la réforme des retraites, manifestations anti-passe sanitaire. Mouvements et causes épars, un point commun : l'apaisement fut une denrée rare. 

C'est d'ailleurs en son nom, l'apaisement, qu'une partie des macronistes implorent l'exécutif de ne pas relancer la réforme des retraites avant l'élection. 

Mais au-delà des heurts du quinquennat - d'ailleurs les précédents n'en avaient pas manqué - cette injonction à l'apaisement révèle aussi l'incroyable nervosité qui parcourt le débat public.

Dans quel état est un pays dont la première promesse des candidats est de l'apaiser ?

Comme si la société française ne parvenait plus à échanger, à débattre, à créer du consensus. 

Comme si pour 2022, elle cherchait moins une utopie qu'une thérapie. 

Frédéric Says

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......