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Lundi soir, devant "les 150" de la Convention citoyenne, Emmanuel Macron a promis un référendum pour inscrire la lutte contre le dérèglement climatique dans la constitution.

Les questions du référendum

4 min
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Emmanuel Macron a annoncé hier soir sa volonté d’organiser un référendum pour inclure la lutte contre le changement climatique dans la constitution. Mais cette initiative est entourée de nombreuses incertitudes...

Lundi soir, devant "les 150" de la Convention citoyenne, Emmanuel Macron a promis un référendum pour inscrire la lutte contre le dérèglement climatique dans la constitution.
Lundi soir, devant "les 150" de la Convention citoyenne, Emmanuel Macron a promis un référendum pour inscrire la lutte contre le dérèglement climatique dans la constitution. Crédits : Thibault Camus - AFP

Ce n’est pas vraiment la surprise du chef, fût-il chef de l’Etat. Cette option du référendum avait déjà été maintes fois avancée, y compris par le président lui-même. Mais l’officialisation de cette démarche change le contexte politique.

Emmanuel Macron compte donc désormais poser une question aux Français. En substance : approuvez-vous que la lutte contre le dérèglement climatique figure dans la constitution ? 

Une question simple, mais ce recours au référendum en pose d'autres, des questions, bien plus compliquées. 

Dressons-en la liste ensemble.

1 - L’utilité de ce changement. La constitution comporte déjà la charte de l’environnement, qui consacre le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé. En quoi le nouveau texte sera-t-il plus protecteur ? 

2 - Au fait, ce vote aura-t-il lieu ? Ce référendum doit être précédé par un accord de l’Assemblée nationale et du Sénat, à la virgule près. C’est l’article 89 de la constitution. 

Or, le Sénat est détenu par l’opposition de droite. Offrira-t-elle cette consultation à Emmanuel Macron sur un plateau ? 

Pour mémoire, le “plateau” au Sénat désigne l’endroit où siège le président. Le président Gérard Larcher qui jusqu’ici ne s’est pas distingué par ses cadeaux pour Emmanuel Macron. 

3 - Même si le Sénat permet ce référendum, quand pourra-t-on voter ? La crise sanitaire l’interdit pour l’instant : la preuve, les régionales ont été repoussées au mois de juin. Sans compter le calendrier parlementaire chargé : loi climat, loi séparatisme, peut-être réforme des retraites et de la dépendance. Il va falloir faire de la place. 

4 - Question philosophique : à quoi sert une constitution ? Est-ce le texte fondamental qui régit l’organisation des pouvoirs ? Ou doit-on y ajouter des ambitions sur des grands principes ? Ou même des objectifs politiques, comme, donc, la lutte contre le changement climatique, mais aussi la disparition de la pauvreté ou l’élimination de la guerre ? 

Selon le mot prêté à Napoléon, une bonne constitution est un texte “court et obscur” ; mais en l’occurrence ne risque-t-on pas d’en faire un texte long et bavard ? 

Chaque président est tenté de laisser sa marque dans ce texte fondamental… Mais à force de marques, ne va-t-il pas finir entaillé, raturé et fragilisé ? 

5 - Un “Oui” à la question posée marquerait-il une grande avancée pour l’écologie ? Surtout si la mobilisation est faible ; que faudra-t-il déduire si 70% de ceux qui se rendent aux urnes approuvent le texte ; mais que 70% des électeurs restent chez eux ? 

6 - Cette initiative permet bien sûr à Emmanuel Macron de se placer au centre du jeu. Chaque opposant va maintenant devoir se positionner : êtes-vous pour ou contre ? Ce petit jeu se retourne parfois contre son auteur. François Hollande, avec la déchéance de nationalité, avait voulu placer la droite face à ses responsabilités. Résultat : c’est son propre camp qui s’est fissuré.

7 - En cas de désaveu lors de ce vote, Emmanuel Macron envisagera-t-il de se retirer ? Question difficile pour le président…

S’il répond qu'il se retirera en cas de rejet, alors la cohorte de ses opposants va se précipiter aux urnes pour faire échec au président. 

S’il répond au contraire qu’il se maintiendra, il sera accusé de rompre avec la geste gaullienne, voire de mépriser le message des électeurs - il ne sera certes pas le premier. 

Cela dit, l’avantage politique de cette initiative : ce n’est pas Emmanuel Macron qui a proposé cette réécriture de la constitution ; ce sont les citoyens de la convention des 150.  

Or, ce que des citoyens ont créé, d’autres citoyens - le peuple, en l’occurrence -, peuvent le rejeter. 

Emmanuel Macron pourra alors se présenter en simple arbitre de la volonté générale, quel que soit le résultat. Un “je vous ai compris” remis au goût du jour. Une posture en surplomb, pour tenter d’effacer une image clivante et distante, à quelques mois du scrutin présidentiel. 

Frédéric Says

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