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En deux semaines, pas moins de cinq candidats du RN ont été suspendus à cause de messages haineux postés en ligne.

Le Rassemblement national est-il devenu un parti comme les autres ?

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Le mouvement de Marine Le Pen subit les mêmes dissensions internes que les partis traditionnels.

En deux semaines, pas moins de cinq candidats du RN ont été suspendus à cause de messages haineux postés en ligne.
En deux semaines, pas moins de cinq candidats du RN ont été suspendus à cause de messages haineux postés en ligne. Crédits : Jean-Christophe Verhaegen - AFP

Hier une nouvelle candidate du Rassemblement national a été suspendue par son parti, après la diffusion de messages à caractère antisémite sur les réseaux sociaux. 

C'est la cinquième candidate en deux semaines (voir les précédents ici, ici, et ) révoquée par le RN pour ce type de motif.  

Cela démontre, s'il le fallait, qu'en profondeur le parti n'a guère changé, même s'il prétend le contraire. 

Pas beaucoup changé, disions-nous... Mais il y a quand même une évolution qu'il faut noter.  

On le voit avec ces élections départementales et régionales, le mouvement de Marine Le Pen s'est notabilisé. C'est-à-dire qu'il accueille en son sein de plus en plus de notables.

On peut penser à Jean-Paul Garraud, ancien juge, ancien député de droite, il est désormais la tête de liste lepéniste en Occitanie.

Parmi les candidats, on compte aussi un ancien cadre syndical, un journaliste télé, des avocats, des médecins, des chefs d'entreprise, comme Jérôme Rivière, lui aussi ex-député UMP devenu cadre du RN.  

Cette évolution s'explique assez facilement. D'une part, grâce à la stratégie de dédiabolisation, le parti est devenu moins sulfureux dans l'imaginaire collectif.

Il y a donc un moins grand « coût social » à y adhérer, et à s'en revendiquer publiquement. De même, la progression quasi-constante du nombre de voix rend ce mouvement toujours moins marginal.  

Troisième facteur : le RN est désormais assez puissant pour prétendre obtenir un grand nombre d'élus, et de collaborateurs d'élus.  

Bref, des postes. Ces gratifications attirent donc les ambitieux et les notables, parfois les 2 à la fois, pour qui le calcul « bénéfice-risque » d'une adhésion au RN est devenu plus favorable.  

Et c'est tout le paradoxe pour un parti qui se veut anti-système...

Oui d'ailleurs, vous aurez noté que le Rassemblement national se présente de moins en moins comme « anti-système » et de plus en plus comme « l'alternance ».  

L'alternance, un mot doux, un mot soyeux, démocratiquement irréprochable... Pour grossier le trait, désormais le RN a une histoire d'extrême droite et un vocabulaire officiel quasi social-démocrate.  

C'est aussi cela la notabilisation. D'ailleurs, l'ironie de la situation, c'est que le parti de Marine Le Pen se retrouve maintenant avec les ennuis internes des partis classiques.

Les postes d'élus suscitent des convoitises et donc des brouilles. Pendant longtemps pourtant, les lepénistes n'avaient pas assez de candidats, désormais ils en ont trop nombreux !  

Résultat : au sein du RN, les prétendants se tirent dans les pattes pour obtenir les meilleures places...  Comme dans les partis classiques.

Conséquence : les déçus se plaignent dans la presse... comme dans les partis classique.

Et certains de ces déçus choisissent de même régler leurs comptes... comme dans les partis classiques. C'est ce qui est arrivé à Julien Odoul, tête de liste RN en Bourgogne-Franche Comté. Des membres de son parti ont déterré des dossiers scabreux pour lui nuire. Certains l'ont même signalé à la justice, en l'accusant d'avoir couvert un emploi fictif.  

Finalement, le mouvement de Marine Le Pen a dénoncé pendant des décennies les autres partis, qualifiés de boutiquiers, de ramassis d'ambitieux, de notables avides.  

De ce point de vue, le RN est devenu un parti comme les autres.

Frédéric Says

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