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Le débat sur les signes religieux des accompagnateurs scolaires, récurrent, clive la classe politique française.

Que nous dit le débat actuel sur le port du voile pour les accompagnatrices scolaires ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Il clive la classe politique et recèle nombre de non-dits.

Le débat sur les signes religieux des accompagnateurs scolaires, récurrent, clive la classe politique française.
Le débat sur les signes religieux des accompagnateurs scolaires, récurrent, clive la classe politique française. Crédits : Alain Jocard - AFP

Pourquoi cette question est-elle aussi incandescente ? On s'y est hélas habitué, mais, au fond : pourquoi ? 

Plusieurs choses s'agrègent de manière sous-jacente. 

Il y a une part de racisme évident. Une haine anti-arabe, déguisée, qui se focalise sur cette figure symbolique, et peut-être moins risquée : celle de la femme voilée.

Il y a aussi, sans doute, un relent revanchard, celui d'une décolonisation mal digérée, un relent du type : « si ils voulaient vivre selon leurs coutumes chez eux, alors ici on vit selon nos coutumes ». 

Et puis, c'est moins souvent abordé, le sentiment que la différenciation vestimentaire entre les sexes, que la pudeur attendue des femmes était la norme en France voici plusieurs décennies, d'où le ressenti d'un retour en arrière, au détriment des acquis entérinés par l'évolution collégiale des mentalités. Tout cela se mêle dans l'inconscient collectif.  

Vous évoquiez cet incident au sein du conseil régional, au départ de cette nouvelle polémique. Il y a, c'est évident, une humiliation publique que personne n'aurait souhaité pour sa mère, pour sa sœur ou pour sa fille. 

Si on veut trouver un rayon d'optimisme dans ce ciel lourd et bas, relevons la chose suivante : dans cette assemblée, à la fin, la présidente a consulté les textes et a donné raison à l'accompagnatrice voilée, une décision soutenue par la majorité de l'hémicycle. 

Et qui a dû sortir de la salle ? C'est le Rassemblement national, et non la femme dont la vue lui déplaisait. Pour couronner le tout, le responsable régional du RN s'est fait ensuite désavouer publiquement par les caciques de son parti. Cela dit, ne repeignons pas en rose l'événement ; ce serait oublier que cet esclandre a rouvert un débat qui paraît sans fin : l'encre et la salive qu'il suscite semblent voués aux tonneaux des danaïdes.

Alors plongeons-y brièvement. 

Dans ce débat, on peut distinguer quatre positionnements politiques :

- Le RN. Pour résumer, le parti de Marine Le Pen est contre le port du voile en général, contre les signes religieux pour les accompagnateurs scolaires, et pour une loi qui les proscrive. Une position partagée par le nouveau patron de Les Républicains, Christian Jacob. 

- La ligne de Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation nationale : défavorable au port du voile, contre les signes religieux lors des sorties scolaires, mais pas favorable à une nouvelle loi (après des tergiversations entre le vote à l'Assemblée et celui au Sénat). Plusieurs ministres ont pris la parole pour soutenir ce point de vue. 

C'est aussi une position de laquelle se rapproche Olivier Faure, le patron du PS, dans une tribune publiée hier, même s'il est plus nuancé sur le port du voile en général.

- Le troisième positionnement se trouve aussi au sein du gouvernement. Sibeth Ndiaye estime qu'il n'y a pas de problème à voir des accompagnateurs arborant des signes religieux. La porte-parole du gouvernement juge en revanche inopportune l'affiche de la FCPE (fédération de parents d'élèves), sur laquelle on voit une jeune femme voilée revendiquer son droit à accompagner les sorties scolaires :

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- Un quatrième positionnement, plus fréquent à gauche : les signes religieux en sortie pédagogique ne posent pas problème, et il s'agit même d'un faux débat visant à stigmatiser les citoyens musulmans. 

Vigilance et paranoïa

Voici donc pour les clivages politiques. Saupoudrez le tout avec des sondages, qui montrent que deux tiers des Français sont pour la neutralité des accompagnants scolaires. Et quelle que soit la couleur politique, une majorité des sondés donne cette réponse. 

Vous ajoutez à cela le contexte délétère, la cicatrice toujours vive de l'attentat de la préfecture de police, et cela crée un cocktail détonnant - et souvent déconnant -, où la "vigilance" peut se mêler au ressentiment, où le civisme peut se transformer en paranoïa. 

Dès lors, chacun semble perdre le peu de nuance et d'esprit critique qui lui restait. 

Les positionnements deviennent des stéréotypes, et les stéréotypes des caricatures. 

Il y a ceux qui dénoncent l'obsession française pour le voile mais qui eux-mêmes ne parlent que de ça. Ceux qui croient singer Jean Moulin en plaçant du saucisson au rayon halal du supermarché. Ceux qui en appellent à la loi pour défendre la présence des mères voilées dans les sorties scolaires, mais qui oublient ce légalisme, cet amour du règlement quand ils se félicitent que quelques femmes en burkini investissent les piscines municipales (proscrit par lesdits règlements, d'où la notion de "désobéissance" revendiquée dans ces actions). Plus globalement, ceux qui dénoncent le repli en se repliant, qui fustigent l'intolérance en vociférant, qui déplorent l'outrage aux valeurs républicaines en trahissant ces dernières. L'heure est à la posture.

Tout cela fait resurgir le spectre des conflits civils qui ont ponctué l'histoire de France. 

Cela fait revivre, aussi, le discours d'un homme qui était pourtant vite sorti de l'Histoire nationale : Gérard Collomb. L'ancien ministre de l'Intérieur décrivait des communautés qui vivent "côte-à-côte" et demain "face-à-face". 

Espérons qu'il ait été moins un oracle qu'un oiseau de mauvais augure.

Frédéric Says

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