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"Maître des horloges". Un portrait d'Emmanuel Macron au ministère de l'Intérieur, le 24 août 2018.

Un remaniement sans fin

4 min
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La nouvelle équipe gouvernementale se fait attendre depuis deux semaines. Quelles conséquences à ce délai ?

"Maître des horloges". Un portrait d'Emmanuel Macron au ministère de l'Intérieur, le 24 août 2018.
"Maître des horloges". Un portrait d'Emmanuel Macron au ministère de l'Intérieur, le 24 août 2018. Crédits : Joël Saget - AFP

"Emmanuel Macron  n'aime rien faire comme tout le monde", c'est ce que nous serinent ses proches. Voilà sans doute pourquoi il se hâte si lentement à dévoiler sous nouveau gouvernement. Deux semaines, c'est un record, hors période d'élections. Et même si l'on enlève le report lié aux événements climatiques dans l'Aude, jamais un remaniement n'avait pris autant de temps sous la Vème république. Cette attente est désormais plus qu'une anecdote. C'est un fait politique, duquel peuvent se tirer plusieurs enseignements.

A quoi sert un ministre ?

D'abord, il relativise grandement l'utilité d'un ministre. "L’État fonctionne très bien", nous disent les macronistes, en dépit de cette béance dans le bureau du Premier flic de France. Certes, Édouard Philippe y assoit une demi-cuisse quand il a le temps, et il pratique le télétravail depuis Matignon. 

Il est vrai aussi qu'avec deux semaines d'intérim, on est encore loin de la Belgique (541 jours sans gouvernement), ou du Cambodge (353 jours). Mais quand on enlève une pièce d'un moteur et que le moteur continue de tourner, ça amène forcément à... s'interroger sur l'utilité de ladite pièce. 

Tout cela donne en tout cas l'impression que le ministre est au mieux une incarnation utile face aux médias, au pire un ornement facultatif du décorum gouvernemental. Depuis quinze jours, le feuilleton du remaniement fait penser à ce film, « Un jour sans fin », avec Bill Murray, où le héros revit sans cesse la même journée : [extrait sonore].

Socrate sur BFM TV

En Macronie, le scénario est similaire : chaque matin, c'est sûr, le remaniement est pour aujourd'hui. Milieu de matinée : on dresse le portrait des potentiels entrants au gouvernement. Après-midi : une flopée de responsables politiques indiquent qu'ils ont fait le choix de ne pas entrer au gouvernement. Sans que personne ne sache d'ailleurs s'ils ont été sollicité pour en faire partie. Le remaniement, c'est comme dans l’Évangile : beaucoup d'appelés, peu d'élus. 

On manquerait à l'impartialité si l'on oubliait le rôle des médias. Les plumitifs piaffent. Une partie de la presse met cartes sur tables, elle raconte l'opacité du pouvoir, l'impossibilité de connaître le détail des tractations. Elle joue franc-jeu, c'est un peu Socrate sur BFM TV : « tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien ». Et puis une autre partie de la presse ne peut délaisser la bourse aux rumeurs, tel prétendant en hausse ou en baisse ; et on est ici moins proche de Socrate que de Coluche : [extrait sonore : "les milieux autorisés s'autorisent à penser"]. Vous remplacez les "milieux autorisés" par "dans l'entourage de" ou "un visiteur du soir" et on y est.

Perfectionnement inédit

Cela dit, ce délai incroyablement long pénalise d'abord l'exécutif. Pas à court terme, bien sûr : le maître des horloges - expression usée jusqu'à la corde - montre qu'il garde le sablier en main. Mais chaque seconde qui passe rend légitiment plus exigeant avec le remaniement à venir. Si l'artiste tarde tant à dévoiler son œuvre, alors on attend forcément un perfectionnement inédit. 

Dès lors, gare à l'erreur de casting, après deux semaines de réflexion (ou deux semaines de vérifications des patrimoines des candidats, comme le justifie l’Élysée). 

Imaginez que l'un des nouveaux entrants soit ensuite entaché par une affaire, une anomalie financière. La bourde pouvait se comprendre pour un Thomas Thevenoud, recruté en 24 heures. Elle serait inacceptable après 15 jours. 

C'est aussi un fusil à un coup : la nouvelle architecture, si savamment composée, ne devra pas souffrir de nouveaux psychodrames et de nouveaux claquements de porte. Avec ce remaniement, le DRH Emmanuel Macron n'a pas le droit à l'erreur. Après un tel suspense, il court le risque de s'exposer à la réaction suivante : tout ça pour ça.

Frédéric Says

Chroniques

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