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Le 14 mai 1990, suite à la profanation de tombes juives, une manifestation avait rassemblé 200 000 personnes, dont le président de la République de l'époque, François Mitterrand.

Manifestation contre l'antisémitisme : un tournant ?

4 min
À retrouver dans l'émission

"Ça suffit" : voici le mot d'ordre des manifestations contre l'antisémitisme, organisées ce soir à Paris et dans plusieurs villes. Mais les partis politiques qui y participent ne pourront faire l'économie d'une réflexion plus large.

Le 14 mai 1990, suite à la profanation de tombes juives, une manifestation avait rassemblé 200 000 personnes, dont le président de la République de l'époque, François Mitterrand.
Le 14 mai 1990, suite à la profanation de tombes juives, une manifestation avait rassemblé 200 000 personnes, dont le président de la République de l'époque, François Mitterrand. Crédits : Patrick Hertzog - AFP

En organisant ce rassemblement, le Parti socialiste tente de donner un écho à la grande protestation nationale de 1990. Après la profanation de tombes juives au cimetière de Carpentras, 200 000 personnes s'étaient mobilisées dans les rues. Y compris le président de la République : 

La manifestation de ce soir réunira-t-elle autant de monde ? La triste répétition des actes antisémites va-t-elle agir comme un anesthésiant ou bien comme un électrochoc ?

Ce rassemblement marque en tout cas un tournant : ce soir place de la République à Paris, se retrouveront la quasi-totalité des partis politiques français... Comme un bref moment de silence dans le fracas des oppositions hystérisées depuis des mois. 

Mais la présence commune ne pourra pas masquer les dissensions et les questions : fallait-il convier ou non le parti de Marine Le Pen ? Le Rassemblement national manifestera séparément. Et que penser des responsables politiques, au sein de la gauche de la gauche, qui condamnent l'agression d'Alain Finkielkraut... tout en laissant entendre qu'il l'a un peu provoquée, par ses prises de position ?

Une fois les pancartes et les banderoles rangées, chacun de ces partis devra aussi s'interroger sur ce que révèle, au fond, la scène de l'agression verbale contre Alain Finkielkraut...

Parmi les "insulteurs", l'on voit deux personnes que pas grand-chose ne rassemble, a priori. L'un avec son béret et sa canette de bière, l'autre avec sa barbe et sa lèvre supérieure rasée, dont le journal Le Parisien nous apprend qu'il a gravité dans la mouvance islamiste. 

Alliage curieux, également, dans les mots employés : à la fois la vulgarité la plus crasse (injure sur la famille de la victime) et un habillage rhétorique qui mêle Israël et une référence au peuple français, dont serait exclu le philosophe. Des interjections à la fois très primaires et très allusives. 

Que dit cette scène sur la pénétration de ce type d'idées en France ? Quelle est leur influence au sein des gilets jaunes ? Une chose semble déjà certaine : le mouvement ne peut ni se réduire à cela, ni s'en abstraire totalement. 

Des ferments de haine ont été recensés par une étude de la fondation Jean-Jaurès, et l'on parlait ici-même des risques d'une mobilisation "attrape-tout". Cela dit, il y a un mois, des manifestants aux slogans similaires ("nous sommes judéophobes") avaient été boutés... par d'autres gilets jaunes, en haut des Champs-Élysées. Et Jérôme Rodrigues, l'une des figures de la contestation, a condamné sans réserve les injures contre Alain Finkielkraut. 

Le mouvement a muté 

Néanmoins, le mouvement a muté. Les gilets jaunes du 17 novembre ne sont pas ceux de décembre, qui ne sont pas ceux de février. 

La protestation contre les taxes sur le carburant s'est transformée en colère contre l'invisibilité d'une partie de la population, qui s'est muée en hostilité parfois violente contre les institutions et leurs suppôts allégués. 

Observez les têtes d'affiche du mouvement : la bretonne Jacqueline Mouraud a été éclipsée au profit d'Eric Drouet, qui lui même, aujourd'hui, semble en peine de contrôler grand-chose. 

Le rétrécissement du mouvement sur sa base - la plus motivée et la plus dure - donne à voir, c'est inévitable, ces visages déformés de haine. Ils étaient jusqu'ici dilués dans la masse. Les voici à la vue de tous. 

Comme la mer, qui se retire peu à peu, laisse sur le sable les déchets et les cadavres. 

Le Boulangisme, ce grand mouvement de protestation - populiste, dirait-on aujourd'hui - de la fin du XIXème siècle, avait été infiltré par les antisémites, comme le rappelle l'historien Laurent Joly dans le Monde (abonnés). Il note que ces forces-là, une fois le boulangisme révolu, ont eu "la place libre". 

Jusqu'ici, les gilets jaunes préfèrent mettre en avant ce qui les rassemble plutôt que ce qui les divise. Mais face à ces débordements, la grande clarification est-elle vraiment une option ?

Frédéric Says

Chroniques
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44 min
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