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"Non non non" : Emmanuel Macron morigène un collégien un peu trop familier.

Un président peut-il dire ça ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Emmanuel Macron a administré une leçon ferme à un collégien qui l'interpellait. Au-delà de l'aspect anecdotique, cette scène soulève plusieurs interrogations.

"Non non non" : Emmanuel Macron morigène un collégien un peu trop familier.
"Non non non" : Emmanuel Macron morigène un collégien un peu trop familier. Crédits : Capture d'écran

"Ça va Manu ?" Face à un collégien qui l'a interpellé familièrement, hier, le chef de l’État a mis les choses au clair :

"Non, non, non. Tu es là, dans une cérémonie officielle, tu te comportes comme il faut. Donc tu peux faire l'imbécile, mais aujourd'hui c'est la Marseillaise et le chant des Partisans, tu m'appelles "monsieur le président de la République" ou "monsieur". 

Une petite correction civique à un adolescent, administrée devant les caméras. Dans cette scène, quelque chose rappelle la baffe de François Bayrou à un enfant qui lui faisait les poches : 

Admettons-le : dans ce type de situation, la réaction est compliquée pour un responsable politique. Ne rien dire, c'est valider l'affront. Mais réagir, c'est prendre le risque de surréagir. Et dans l'histoire présidentielle, c'est déjà arrivé : 

Dans cet échange entre Emmanuel Macron et le collégien, il faut dire quelques mots du contexte. Nous sommes à la commémoration du 18 juin au Mont Valérien, le président salue les spectateurs, amassés derrière des barrières. La solennité du moment, c'est vrai, rend encore plus déplacée la familiarité avec laquelle le jeune homme interpelle le chef de l’État. D'ailleurs, si ce dernier avait répondu par un sourire et une remarque amicale, que n'aurait-on dit sur la "démagogie" d'un président qui veut faire de la "coolitude" sa marque de communication ? Cela dit, cette gravité revendiquée n'a pas empêché Emmanuel Macron de prendre un selfie avec des collégiens, quelques mètres plus loin...

Emmanuel Macron, le 18 juin 2018, au Mont Valérien.
Emmanuel Macron, le 18 juin 2018, au Mont Valérien. Crédits : Charles Platiau - AFP

En somme, avec cet incident, Emmanuel Macron a montré qu'il incarnait bien la fonction présidentielle ?

Oui... et non. Car il y a une suite à l'échange. Et là, le président-au-dessus-des-partis, tout en "dignitas et gravitas",  se mue en responsable partisan. Voici ce qu'il lance au jeune collégien chevelu qui vient de l'interpeller :  

"Fais les choses dans le bon ordre. Le jour où tu veux faire la révolution, t'apprends d'abord à avoir un diplôme et à te nourrir toi-même. D'accord ? A ce moment-là t'iras donner des leçons aux autres." (Quelques instants plus tôt, le jeune homme avait chantonné quelques notes de l'Internationale).

Voilà une conception originale. Pour faire la révolution, il faudrait donc être diplômé, salarié, parfaitement inséré dans le tissu économique. On en vient à espérer que tous les révolutionnaires qui ont pris la Bastille en 1789 pouvaient justifier d'un cursus diplômant ; sinon il va falloir tout annuler... 

Cette réponse du chef de l’État a quelque chose de OSS117, ce personnage sympathique et réac mis en scène par Michel Hazanavicius :

"Changer le monde, changer le monde... Vous êtes bien sympathique, mais il faudrait déjà vous lever le matin. Je sais pas si vous êtes au courant, mais le monde bouge, et il bouge vite. C'est le vrai monde dehors... Et le vrai monde, il va chez le coiffeur". (Rio ne répond plus, 2008)

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Double leçon

Que nous dit cet échange entre le président et le collégien ? D'abord, il démontre que le public n'est pas sélectionné par la présidence... ou du moins, pas trop. Pas de "visiteurs-potemkine", comme cela a eu lieu dans certains déplacements présidentiels par le passé. 

Cette affaire est instructive, par ailleurs, parce que l’Élysée a contrattaqué. Il y quinze ans, seule l'image prise par la télévision aurait circulé. Cette fois-ci, le palais a diffusé sa propre version (longue) de l'échange. Où l'on voit la conversation se détendre après quelques instants.

L'adolescent, penaud, aura donc pris un cours d'éducation civique - sans doute justifié - et une leçon de philosophie politique - éminemment plus contestable.

Frédéric Says

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