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Les dirigeants français et allemand ont tenu une conférence de presse commune à distance, depuis Paris et Berlin.

Macron, Merkel, 500 milliards et après ?

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L'accord franco-allemand pour un emprunt européen est une victoire pour le président français. Mais la route sera longue et sinueuse.

Les dirigeants français et allemand ont tenu une conférence de presse commune à distance, depuis Paris et Berlin.
Les dirigeants français et allemand ont tenu une conférence de presse commune à distance, depuis Paris et Berlin. Crédits : Kay Nietfeld - AFP

S'il est un seul sujet sur lequel Emmanuel Macron n'a pas varié depuis sa prise de fonction, c'est précisément l'intégration européenne.  

Dès son discours de septembre 2017, à la Sorbonne, il préconisait des réponses mieux coordonnées à l'échelle de l'UE.  

Il ne s'agit pas d'autre chose, avec cet accord franco-allemand sur 500 milliards de relance.  

On l'a dit, cette somme serait empruntée par la Commission européenne et redistribuée aux régions et aux secteurs en souffrance des suites de la crise sanitaire.  

C'est donc bien un projet supra-national. Un embryon de budget européen.  

C'est une victoire pour Emmanuel Macron...

Oui, souvenez-vous, il avait fait de l'engagement pro-européen l'un des marqueurs de sa campagne en 2017. Il était le seul à s'exprimer devant une foule où flottait des drapeaux bleus à douze étoiles.  

Jusqu'ici, c'est peu de dire que cet amour ardent n'avait pas été payé de retour.  

Ce plan fissure l'image bloquée d'une Union européenne passive et inerte.  

Et face aux nombreux impétrants qui proclameront en 2022 le retour de la nation, Emmanuel Macron pourra au moins plaider la cohérence, et peut-être, qui sait, l'efficience.

On utilise souvent à tort et à travers l'expression « faire bouger les lignes ». Elles ont ici bougé.  

Mais attention, il serait incorrect de confondre l'annonce du plan et son exécution.  

Les obstacles ne sont pas minces entre l'une et l'autre.  

Il faut convaincre les institutions de la nécessité de cet endettement en commun, mais surtout désamorcer l'hostilité du « club des radins », selon le terme de Jean Quatremer, correspondant de Libération à Bruxelles.  

Le club des radins, aussi appelé "les fourmis de l'Europe", ce sont ces pays qui estiment avoir bien géré leurs propres finances, et donc ne pas devoir se cotiser pour les nations plus mal en point.  

D'ailleurs, dès hier soir, le chancelier autrichien Sebastian Kurz a fait savoir sa désapprobation sur une mutualisation de la dette. Dans un tweet, il a listé ses alliés : Danemark, Pays-Bas, Suède.

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Et ce ne sont pas là les seuls obstacles...

Non, car il subsiste quelques ambiguïtés, assez normales d'ailleurs, à ce stade - ce n'est qu'un projet porté par deux pays. Mais des ambiguïtés non négligeables.  

1 – ces 500 milliards devront-ils être remboursés, à quelle échéance et surtout par qui ?  

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Tout le monde n'a manifestement pas compris la même chose. Hier soir, dans un tweet, le chef du gouvernement espagnol s'est réjoui de ces aides « non-remboursables », je cite. Autrement dit, des subventions. Mais quelques heures avant, lors de la conférence de presse commune avec Emmanuel Macron, Angela Merkel a répété à maintes reprises que cet argent devrait être remboursé.  

Une manière pour elle de contenir l'hostilité d'une partie de sa propre majorité au Bundestag, opposée au principe d'une dette en commun.  

On note d'ailleurs qu'Emmanuel Macron a tout fait pour aider la chancelière allemande, en rayant de son propre vocabulaire les mots d'eurobonds ou de coronabonds, qui hérissent particulièrement les tenants de l'orthodoxie budgétaire outre-Rhin.  

Enfin, si le contrat est relativement clair, il faut comme toujours aller lire les petites lignes en bas.  

Et en l'occurrence, l'on découvre que ces prêts de 500 milliards seront conditionnés à « un engagement clair par les États membres d’appliquer des politiques économiques saines et un programme de réformes ambitieux. »

Cela suscite des craintes dans les pays d'Europe du sud, pour qui ce vocable évoque le funeste souvenir de la Troïka et de l'austérité budgétaire en échange des aides internationales.   

Voilà donc pourquoi cette initiative franco-allemande, inédite dans sa philosophie et ambitieuse dans ses objectifs, doit être précisée.  

Car, comme le suggère Pétrarque, « trop souvent d'une chose, la pensée est douce et l'expérience amère ».  

Frédéric Says

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