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Le président de la République Emmanuel Macron a répondu lundi pendant plus de 8 heures aux questions couvrant tous les domaines (climat, inégalités, démocratie...) de plus de 64 intellectuels.

A quoi sert-il de dialoguer avec des intellectuels ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Le débat d’Emmanuel Macron avec des figures de la vie des idées, hier soir à l’Élysée, a actualisé le rôle de l’intellectuel auprès du pouvoir.

Le président de la République Emmanuel Macron a répondu lundi pendant plus de 8 heures aux questions couvrant tous les domaines (climat, inégalités, démocratie...) de plus de 64 intellectuels.
Le président de la République Emmanuel Macron a répondu lundi pendant plus de 8 heures aux questions couvrant tous les domaines (climat, inégalités, démocratie...) de plus de 64 intellectuels. Crédits : MICHEL EULER / POOL - AFP

Vous l'avez sans doute remarqué : depuis le début du grand débat national, c'est le premier échange qui se tient... assis. D'habitude, dans les gymnases ou les salles municipales, le président et ses interlocuteurs se levaient pour s'exprimer. Est-ce parce que ce débat d'hier soir se voulait plus "posé" ? Ou parce qu'il était plus confortable, à tous les sens du terme ? 

En tout cas, cette longue discussion a collectivement permis de repenser le rôle de l'intellectuel vis-à-vis du politique. Quel est le contexte ? Une défiance globale pour les élites. Si l'on voulait résumer à gros traits : dans la salle, des intellos et un dirigeant politique, soit une cohorte de gens que l'époque voue au goudron et aux plumes. 

Le mot d'"intellectuel" lui-même suscite une légère gêne, comme s'il était devenu honteux. En témoigne ce questionnement d'Emmanuel Macron : fallait-il ou non maintenir ce débat ? 

Je me suis beaucoup posé la question, deux jours après des violences inédites à deux mètres d'ici. Est-ce-que nos concitoyens vont comprendre qu'on tienne ce débat à l'Élysée alors qu'il y a eu ces terribles événements sur les Champs-Élysées? - Emmanuel Macron

Alors quel rôle pour les intellectuels ? À entendre les échanges d'hier soir, ils ne peuvent plus seulement être ceux qui alertent, qui s'indignent, qui piaffent.

Notre société vit déjà dans une indignation permanente. Les réseaux sociaux en dégoulinent, remplis de combats plus ou moins justes, plus ou moins nobles, plus ou moins désintéressés. 

Le "J'accuse" de Zola serait aujourd'hui un fil de tweets. Et le savant engagé, désormais, a bien du mal à surnager dans cet océan quotidien de dépits anxiogènes. Lorsque le climatologue Jean Jouzel alerte le président de la République sur le réchauffement climatique, Emmanuel Macron répond : "Le sujet sur le climat, on peut le tourner positivement et aujourd'hui il est assez positif. Si on dit juste qu'on est tous foutus, on va mourir et ça va pas assez vite (...) Tout le monde se dit : on n'y arrivera pas !"

Les intellectuels, des certificateurs de la vérité établie scientifiquement

Le chef de l'État voit un autre rôle, plus contemporain, pour les "élites du savoir". Face aux fake news, face au relativisme, le chef de l’État les considère comme des points de repère - ou plutôt des certificateurs de la vérité établie scientifiquement. Un rôle devenu difficile, selon le philosophe Frédéric Worms :

Certes, en France, on n'est pas menacé dans notre vie. Il y a un anti-intellectualisme extrêmement grave malgré tout. Une idéologie anti-intellectualiste qui s'est développée contre la science, contre les principes universels, contre nos institutions d'enseignement, d'information, de recherche. Comment est-ce-qu'on fera pour travailler sur tout ça ? Je crois vraiment que (...) toutes les inquiétudes il faut les traiter toutes ensembles et dans la discussion critique. - Frédéric Worms

Il reste malgré tout des choses qui ne changent pas : l’abîme entre la position du théoricien et celle du décideur. 

Un grand écart symbolisé par l'échange entre Benjamin Stora et Emmanuel Macron au sujet de l'Algérie. 

L'historien s'interroge sur "la manière d'envoyer des signes politiques, culturels, démocratiques, humains en direction de la jeunesse qui ne soient pas vécus comme de l'ingérence". Emmanuel Macron répond en souriant, sans prendre de risques, qu'il est "intellectuellement d'accord mais politiquement placé dans une situation différente", car toute prise de position française serait interprétée comme "une immixtion". 

Quelle fut l'utilité de cette soirée pour Emmanuel Macron ? Redonner du sens, de la hauteur, du recul... Mais aussi mettre en scène l'interaction des grands penseurs avec le chef de l’État. Lui qui est régulièrement accusé - la crise des gilets jaunes en fut le vecteur - de n'être entouré que de technocrates à courte vue.

Frédéric Says

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