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Pourquoi voit-on du machiavélisme partout ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Et si Laurent Wauquiez avait tout prévu ? Pour le citoyen, il est plus rassurant de se dire qu'il est gouverné par des cyniques manipulateurs que par des naïfs maladroits.

L’affaire Wauquiez ne serait qu’un banal dérapage mal maîtrisé si elle ne révélait quelque chose de plus large. Immédiatement après la diffusion de ces enregistrements - où le président de LR apparaît revanchard, piteux, arrogant - des voix se sont élevées pour suggérer qu’il avait en réalité tout manigancé. 

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Laurent Wauquiez aurait donc imaginé par avance que ses propos tenus à huis-clos devant des étudiants seraient enregistré in extenso puis diffusés à la télévision. Sachant cela, il aurait exprimé les pires onomatopées sur une bonne partie de la classe politique, y compris sur son propre camp et ses alliés. 

Cette thèse, évoquée par des journaux aussi sérieux que Marianne ou Libération, relayée par le sénateur PS David Assouline, est extrêmement populaire sur les réseaux sociaux.    Elle fut d’ailleurs la réaction majoritaire au billet politique d’hier, où l'on évoquait la question. 

Cette théorie peut s’argumenter, bien sûr, mais elle révèle surtout un climat ambiant de la société vis-à-vis de la politique. Ce qu’on pourrait appeler le syndrome « Baron noir », du nom de cette série télé française qui explore le microcosme politique, y compris dans ses aspects les moins nobles. 

Dans cette vision des choses, tout ne serait donc que machiavélisme, cynisme et manœuvre...

Bien sûr, le CV politique de Laurent Wauquiez y est pour beaucoup. Il recèle à la fois les meilleurs diplômes et un art répété de la trahison. Une ascension fulgurante (il fut le président de région LR le mieux élu en 2015) et une brutalité assumée que lui reconnaissent ses adversaires comme ses partisans. Dès lors, lesté de ce CV, il serait forcément un génie du calcul, un spécialiste du coup de billard à dix bandes. En quelque sorte, l’agrégé d’Histoire qui préfère désormais agréger les histoires, les mises en cause et les saillies verbales devant ses étudiants. 

Quand Laurent Wauquiez s’adonne à la thèse d'un complot contre François Fillon, il le ferait donc forcément avec le but que cela sorte. Mais penser cela, est-ce que cela ne revient pas à plaquer du complotisme sur le complotisme, c'est à dire à faire du complotisme au carré ? 

La politique de bric et de broc

En réalité, ce soupçon exclut une donnée systématiquement sous-estimée en politique : l’amateurisme, ou l’erreur, ou la bêtise. « Rien ne se passe comme prévu » s’intitulait le livre de Laurent Binet, qui a suivi la campagne de François Hollande en 2012. Une autre livre, celui de Patrick Buisson sur Nicolas Sarkozy, montre des scènes relativement cyniques, mais aussi beaucoup d’autres où l'improvisation règne, où la faute de jugement domine, où la maladresse l'emporte. Non pas par par bonté d’âme, mais par manque de temps ou de jugeote. La politique est certes le théâtre des manœuvres les plus sophistiquées, mais elle est aussi un vaste cirque fait de bric et de broc, dans lequel les numéros ne sont pas toujours au point. 

Au fond, voir une manœuvre derrière chaque événement irrationnel, n'est-ce pas une manière de se rassurer ? Il y a presque une sécurité psychologique à croire qu'il s'agit de machiavélisme. Cela nous donne l'impression que ceux qui nous gouvernent sont en maîtrise. Cela revient à prêter de l'intelligence au politique, à lui accorder une sorte de fulgurance qui nous échapperait. C’est donc un moyen de se protéger du vaste sentiment de folie et de non-sens qui se dégage de tout cela. C'est vouloir mettre du sens là où il n'y en en a pas.

Frédéric Says

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