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Jean-Pierre Raffarin, le 15 mai 2017.

Jean-Pierre Raffarin et Jean-Pierre Chevènement, ces deux révolutionnaires inattendus

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Leurs propositions de changement institutionnel, timides mais réelles, sont la preuve que plus personne ne se risque à plaider le statut quo. Que le tremblement de terre des gilets jaunes provoque quelques fissures à l’intérieur des palais républicains. Et ébrèche les certitudes.

Jean-Pierre Raffarin, le 15 mai 2017.
Jean-Pierre Raffarin, le 15 mai 2017. Crédits : Damir Sagolj - AFP

Parmi les effets inattendus de la crise politique que nous traversons, il en est un qui semble particulièrement irréel. Ces derniers jours, deux révolutionnaires impromptus ont fait leur apparition, deux personnalités qu'on n'aurait pas cru prédisposées à monter sur la barricade. Il ne s'agit pas d'Eric Drouet et de "Fly Rider", les leaders gilets jaunes, mais de Jean-Pierre Chevènement et Jean-Pierre Raffarin. 

Précisons tout de suite que les deux hommes ne manifestent pas en chasuble fluorescente, ne jettent pas de pavés sur les CRS, et ne bloquent aucun rond-point de Belfort ou du Poitou. Quand on parle de barricade, c'est la barricade institutionnelle. 

Cette semaine, Jean-Pierre Raffarin et Jean-Pierre Chevènement ont tous les deux mis en cause le fonctionnement des institutions tel qu'il va aujourd'hui. Voici l'ancien ministre Chevènement interrogé par Lefigaro.fr :
 

"Je constate que les inconvénients du quinquennat sont plus lourds que ceux auxquels il prétendait remédier. Il a abouti à une rigidification excessive de la démocratie en France : verticalité, élection tous les cinq ans, un parlement de la couleur du président de la République, point final. Par conséquent il n'y a plus de débat. On pourrait revenir au septennat, ça se discute, on pourrait aussi instaurer un sexennat de six ans. L'essentiel, c'est de donner une respiration". 

Êtes-vous pour ou contre le sexennat ? Une proposition voisine est émise par l'ancien premier ministre Raffarin sur LCI-RTL-Le Figaro

"Mettons le mandat des députés à quatre ans et laissons celui du président à cinq ans. Nous aurons des députés qui ne seront pas élus "par" le président, mais qui auront une autre légitimité (...) dans un système qui sera crédible".

Certes, on pourra voir là des changements cosmétiques, des arguties de constitutionnalistes, des nuances du gris dont on fait les technocrates... 

Mais ce que disent ces deux personnages expérimentés de la Vème République va au-delà : ils veulent découpler le pouvoir présidentiel et le pouvoir législatif. 

Des députés dépendants du président

Car aujourd'hui, le calendrier électoral veut que les députés soient toujours élus dans la foulée du chef de l’État. Présidentielle au mois de mai, législatives au mois de juin. Résultat : les deux vagues politiques se suivent et se ressemblent. La seconde confirme et amplifie la première, les électeurs ayant à cœur d'offrir une majorité au président nouvellement élu. Un mécanisme qui entraîne des effets pervers, à en croire nos deux gilets jaunes des institutions. 

Bien sûr, l'on pourra juger cette prise de conscience tardive, presque vingt ans après l'adoption de ce système du quinquennat. 

Certains peut-être seront tentés de comparer messieurs Raffarin et Chevènement aux médecins du Malade imaginaire, penchés sur le corps enfiévré de la Vème république, lui prescrivant un cure de septennat ou une dose de cohabitation ; comme Diafoirus et ses semblables recommandaient des lavements ou des saignées. 

Mais ces réflexions disent quelque chose de plus structurant. Car qui sont Raffarin et Chevènement ? L'un est plutôt girondin, décentralisateur, l'autre davantage jacobin, partisan d'un état fort. Mais tous deux étaient jusqu'ici des soutiens affirmés de la Vème république et de son organisation. 

Leur proposition de changement, timides mais réelles, sont la preuve que plus personne ne se risque à plaider le statut quo. Le tremblement de terre des gilets jaunes provoque quelques fissures à l’intérieur des palais républicains. Et ébrèche les certitudes, à commencer par la logique présidentialiste du quinquennat.

Quel virage ! La Vème République était jusqu'ici présentée comme la garantie inébranlable de notre stabilité politique. Elle est ici décrite, en son cœur, par deux de ses serviteurs incontestables, comme l'une des causes à l'instabilité que nous vivons. 

Frédéric Says

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