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Selon l'IFOP, trois quarts des électeurs RN à la présidentielle ont choisi de s'abstenir au premier tour des élections régionales. Le parti de Marine Le Pen réalise des scores en deçà des prévisions.

Engueuler les électeurs : efficace ?

3 min
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Marine Le Pen n'a pas hésité, au soir du premier tour des élections régionales, à houspiller ses sympathisants abstentionnistes.

Selon l'IFOP, trois quarts des électeurs RN à la présidentielle ont choisi de s'abstenir au premier tour des élections régionales. Le parti de Marine Le Pen réalise des scores en deçà des prévisions.
Selon l'IFOP, trois quarts des électeurs RN à la présidentielle ont choisi de s'abstenir au premier tour des élections régionales. Le parti de Marine Le Pen réalise des scores en deçà des prévisions. Crédits : Sameer Al Doumy - AFP

Ne dites plus "se faire engueuler comme du poisson pourri", mais plutôt se "faire invectiver comme un abstentionniste du Rassemblement national".

Quel dégelée dimanche soir ! Marine Le Pen, déçue des résultats de son parti, n'a pas hésité à agonir ses propres sympathisants :  

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Usage de l'impératif et ton comminatoire. Quasiment une fessée verbale. On ne peut pas dire que le message brille par son ambiguïté. Dans ces régionales, on a souvent décrit les candidats « à portée d'engueulade » ; manifestement au RN, ce sont les non-votants qui le sont.  

Autre figure du parti, le candidat en Provence-Alpes-Côte d'Azur, Thierry Mariani : il donne dans le même registre :  

« Je leur dis [aux abstentionnistes] : si vous ne voulez pas vous déplacer, après venez pas pleurer ».  

Il y a dans ce discours quelque chose de vaguement paternaliste. « Ne venez pas pleurer », c'est ce qu'on dit à des enfants. Comme si les électeurs devaient être éduqués (ou plutôt rééduqués).  

Il y a aussi, on le sent, un amour-propre froissé. Depuis des années, le Rassemblement national se dit le « parti du peuple » ; il observe que celui-ci ne s'est pas déplacé. Qu'il a préféré aller à la pêche, comme l'on dit. Douloureuse leçon.  

En utilisant ce ton véhément, les dirigeants du RN veulent aussi s'éloigner de la fameuse normalisation. Après des mois à faire campagne mezzo voce, pour rassurer l'électeur de droite hésitant, voici ressortie la grosse caisse, avec des phrases qui claquent ; elles ne font pas dans le détail. Tout cela pour passer à nouveau le "mur du son" médiatique.

Mais est-ce une stratégie payante que de tancer son électorat ? A vrai dire, c'est une question difficile, tant il y a peu de jurisprudence en la matière. De mémoire de passionné de soirées électorales, on n'avait jamais entendu de discours aussi agressif contre les abstentionnistes.  

Autant il est courant d'être dur contre ses adversaires, autant il est rarissime de l'être avec les électeurs. 

Seule exception, en 1992 avec Bernard Tapie. Tiens, c'était déjà aux régionales, et déjà en Provence-Alpes-Côte d'Azur ! Candidat, le chef d'entreprise avait déclenché une polémique avec la déclaration suivante : 

« C'est parce qu'on déculpabilise ceux qui se trouvent une bonne raison [de voter FN], qu'on a un Front national si fort. Car si Le Pen est un salaud, alors ceux qui votent pour lui sont des salauds ! »

Une invective qui n'avait pas porté bonheur à son auteur. Bernard Tapie avait été devancé par Jean-Marie Le Pen dans les urnes.

Culpabilisation 

Ces dernières semaines, on a beaucoup parlé du « nudge » - cette technique de persuasion douce, cette méthode de communication subliminale, venue des Etats-Unis, utilisée pour inciter à la vaccination. 

Ici pour Marine Le Pen, pas question de nudge ! Une colère franche et directe, dirigée contre "les siens".

La culpabilisation peut-elle mobiliser les abstentionnistes ?

Ce sera l'une des questions de la semaine. Les électeurs préfèrent-ils aller à la pêche... ou se faire engueuler comme du poisson pourri ?   

Frédéric Says

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