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Emmanuel Macron, le 10 avril 2019.

Dans l'attente

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En attendant les annonces d'Emmanuel Macron ce jeudi, le mandat est comme congelé.

Emmanuel Macron, le 10 avril 2019.
Emmanuel Macron, le 10 avril 2019. Crédits : Kenzo Tribouillard - AFP

Les ministres se planquent. Ils évitent les questions par peur de contredire par avance la parole du chef. Les ministères tournent au ralenti en attendant les arbitrages définitifs du président. Même la campagne européenne des candidats En Marche subit ce rythme. Nathalie Loiseau devait présenter son programme le 25 avril, ce sera finalement le 9 mai : il ne faudrait pas parasiter les annonces d'Emmanuel Macron.

Depuis plusieurs semaines, l'entourage du chef de l’État promet un acte 2 du quinquennat. "Plus rien ne sera comme avant", ose même la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye. 

Le faux-départ de cet acte 2 - l'annulation du discours à cause de l'incendie de Notre-Dame - a montré la fragilité de ce dispositif. Où tout procède de la bouche d'un seul homme. Où quelques syllabes télévisées sont censées inaugurer une ère nouvelle. 

Que le président soit empêché ce jour-là, et c'est toute l'impulsion politique qui est bridée. Les principales annonces éventées dans la presse ne percuteront pas l'opinion avec la vigueur prévue. Et les ajouts opérés entre-temps ne sauraient redynamiser l'ensemble. L'"opération reconquête" était conçue comme une baffe, elle risque de n'être qu'un soufflet un peu dégonflé, un peu refroidi. 

Certes, cette période de latence aura au moins servi à tester quelques idées, selon la bonne vieille technique du ballon d'essai qui, lui, est toujours gonflé : faut-il supprimer l'ENA ? Faut-il abandonner un jour férié ? L'exécutif aura au moins pu prendre note des réactions avant de dévoiler ses cartes. 

Verticalité

Exercice paradoxal que ce grand débat. Il fut présenté comme une révolution de la délibération collective. L'horizontalité entre les citoyens. Mais la verticalité a repris le dessus. Des synthèses et des restitutions ont été produites par les ministres. Avant que le président décide seul, au sommet de la pyramide. 

Cela ressemble à s'y méprendre à la campagne du candidat Macron, qui a commencé par la Grande marche, opération de porte-à-porte par ses partisans, et qui s'est fini près de la pyramide du Louvre. 

La Vème république offre des avantages sans doute : en particulier, une stabilité qui évite les coalitions défaillantes, qui prévient les retournements d'alliances permanents, qui limite ces gouvernements dont la durée de vie approche au mieux celle d'une libellule - à savoir une poignée de mois. 

Mais ce régime, ou plutôt la pratique qui en est faite, trouve ses limites quand tout repose sur la parole d'un seul homme. 

Figure du sauveur

La concentration du pouvoir par une personne se voulait un gage d'efficacité. Elle est ici un instrument d'obstruction. Sans doute l'actuel chef d’État n'en est-il pas l'unique responsable. 

Les présidents successifs ont tous veillé à élargir le costume présidentiel, déjà très ample, taillé par le Général de Gaulle. Ils ont pris soin de cumuler des prérogatives toujours plus nombreuses. D'où l'usage récurrent de la première personne du singulier ("J'ai décidé", "je souhaite", et bien sûr "je décide, il exécute"). 

Les électeurs français chérissent plus qu'ils ne le reconnaissent cette figure mythique du sauveur. Qu'il se passe un attentat, un ouragan, une crise économique, ou une marée noire, les regards se tournent vers l'Elysée. Nous sommes des citoyens contradictoires. Du président, l'omniprésence agace, mais l'absence angoisse.

Frédéric Says

Chroniques

8H19
47 min

L'Invité(e) des Matins

Après le grand débat : petites ou grandes réformes ?
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