LE DIRECT
Vue du palais de l'Elysée depuis la cour d'honneur - 12 mars 2019

Ce lien si distendu des Français avec la politique

3 min
À retrouver dans l'émission

Le baromètre de la confiance politique du CEVIPOF confirme, une fois de plus, la forte défiance que nourrit la population française vis-à-vis de la politique. Les dirigeants français sont perçus comme lointains, déconnectés des réalités et peu sensibles au sort de leurs concitoyens.

Vue du palais de l'Elysée depuis la cour d'honneur - 12 mars 2019
Vue du palais de l'Elysée depuis la cour d'honneur - 12 mars 2019 Crédits : Eric FEFERBERG - AFP

Le baromètre annuel de la confiance politique publié hier par le CEVIPOF, le centre de recherches de Sciences PO, confirme une nouvelle fois cette spécificité très française qu’est la forte défiance qu’expriment les citoyens envers leur personnel politique. Les politiques sont-ils globalement corrompus ? Oui, répondent les personnes interrogées, à 65%. Se préoccupent-ils de ce pensent le reste de la population ? Réponse, non, à 80%. Plus globalement, sur ce que leur inspire la politique, trois Français interrogés sur quatre expriment des sentiments négatifs avec, tout en haut du classement, de la méfiance et juste en dessous, du dégoût. Jusqu’ici, il n'y a rien de véritablement nouveau par rapport aux baromètres précédents.

La nouveauté tient au fait que cette enquête est réalisée pratiquement un an après le début de l’épidémie de Covid-19 et que les sentiments exprimés sur la gestion de la crise apportent quelques éclairages sur cette défiance qu’entretiennent les Français vis-à-vis de la politique. 

Déjà, quand on leur demande dans quel état d’esprit ils se trouvent face à cette crise, beaucoup font état de leur lassitude et de leur morosité. Les responsables du CEVIPOF ont expliqué, hier, que c’était vraisemblablement dû au sentiment qu’ils se sentent impuissants, qu’ils n’ont pas prise sur ce qui leur arrive. C'est notamment dû au fait que les décisions sont prises de façon très verticale, de tout en haut, depuis l’Elysée et qu’il n’y a pas à discuter. Et du coup, les Français ne maîtrisent absolument rien de ce qui se déroule, ni la pandémie qu’ils subissent, ni les décisions pour y faire face. Et c’est ce qui nourrit ces sentiments de lassitude et de morosité. On a donc, avec la crise sanitaire, la démonstration que la verticalité du processus de décision en France nourrissent un sentiment négatif de dépossession chez nos concitoyens.

De nombreux Français pensent que le pouvoir exécutif ne leur fait pas confiance

C’est un des autres enseignements de cette enquête. Les Français interrogés ont le sentiment, à près de 50%, que le gouvernement ne leur fait pas confiance pour combattre cette crise sanitaire. La confiance, nécessairement, ça va dans les deux sens. Pour s’installer, elle doit être réciproque. Et dans la gestion de cette pandémie, de nombreuses personnes ont eu le sentiment d’avoir été infantilisées. Le mensonge originel sur les masques qui soi-disant ne servaient à rien y a sans doute grandement contribué. On peut donc résumer la problématique en ces termes : comment faire confiance à un exécutif qui ne vous fait pas confiance ? On ne le peut pas, d’où la défiance qui s’accroit.

Ce constat, on peut le mettre en lien avec deux autres indicateurs de ce baromètre du CEVIPOF.  D’abord avec celui qui mesure la confiance dans les institutions politiques. On peut voir que les personnes interrogées accordent beaucoup plus de confiance aux institutions dont elles sont proches géographiquement. Par exemple, le Conseil municipal obtient 64% de confiance, tandis que l’Assemblée Nationale 38% et le gouvernement 35% seulement. C’est la même chose pour les personnes qui incarnent ces institutions : on fait beaucoup plus confiance au maire qu’au président.

Le deuxième indicateur figure dans la réponse à la question : quel serait le profil d’un bon leader politique ? Résultat : c'est, à 51%, quelqu’un qui serait proche de la préoccupation des citoyens. On voit bien, là, où se situe une partie du problème. Les dirigeants, les responsables publics, sont perçus comme étant lointains, déconnectés de la réalité, sans sollicitude pour de ce que vivent leurs concitoyens. On voit donc à quel point, à travers ce baromètre, l'éloignement, la centralité et la verticalité de l’exercice du pouvoir en France a tendance à distendre le lien entre les Français et ceux qui les dirigent.

Et cette distance nourrit aussi les fantasmes et le complotisme. Par exemple, nous dit encore l’enquête du CEVIPOF, 36% des personnes interrogées (plus d’une sur trois) estiment probable que le ministère de la santé soit de mèche avec les laboratoires pharmaceutiques pour cacher au grand public la nocivité des vaccins. Le complotisme, c'est en quelque sorte une autre pandémie contre laquelle, à ce stade, on n'a trouvé ni vaccin, ni remède.

Chroniques

8H19
46 min

L'Invité(e) des Matins

Islamo-gauchisme : entre opportunisme politique et débat scientifique. Avec Alain Policar et Sylvain Bourmeau.
L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......