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#Pasdevagues : le ministre et le hashtag

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Sous le mot-clé #Pasdevagues, des centaines d'enseignants dénoncent les violences dont ils sont victimes. Et la passivité de leur hiérarchie.

"Pas de vagues" : c'est le mot-clé qu'ils utilisent depuis 24 heures sur Twitter. Un hashtag qui rassemble des témoignages sur les violences... et sur le manque de réaction de la hiérarchie. Dont la réponse se résume souvent à : "pas de vagues". Je vous lis quelques uns de ces tweets :

Bien sûr, cette éruption numérique décrit seulement la face la plus sombre, la plus injuste, la plus désespérante du système éducatif français. Elle laisse de côté les mille exemples de réussites, les mille petits combats remportés chaque jour dans les murs discrets de l'éducation nationale. 

(>>> Vos réactions à ce sujet sont d'ailleurs les bienvenues pour notre rubrique "Hashtag" cette semaine)  

"Agitation médiatique"

Ce qui est intéressant et peut-être nouveau dans ce cri d'alarme, c'est qu'il vient de la base, si l'on peut dire. Il se joue des hiérarchies, des corps intermédiaires que sont les syndicats. Il se fait sans eux, et même parfois contre eux. Contournés voire critiqués, des syndicalistes sont d'ailleurs réticents face à ce mouvement qu'ils n'ont pas vu venir : « On a tous connu un jour une situation compliquée avec un élève », explique la secrétaire générale adjointe du SNES, avant de mettre en garde contre l'"agitation médiatique".  Comme si la contestation syndicale était uberisée, bousculée par le numérique.

Et par ces témoignages bruts, loin de l'obligation de réserve ou de discrétion pour les fonctionnaires... 

C'est à la fois la force et la faille. La force, des anecdotes au plus près du terrain, sans autre filtre que le ressenti de celui qui raconte. La faille, parce que l'anonymat, comme pour tout témoignage, peut mêler le bon grain et l'ivraie. 

Il n'empêche, ces cris de colères rassemblés sous le mot-clé #pasdevagues renvoie à une mécanique que l'on a connu avec les hashtags #MeToo ou #Blacklivesmatter - qui concernaient d'autres sujets bien sûr, en l'occurrence le harcèlement sexuel et les discriminations contre les afro-américains. Mais ces mots-clés, partagés des milliers de fois disent une même chose : ce qui peut-être vu comme une succession de faits isolés est en fait constitutif d'un système. 

En d'autres termes, le hashtag dit que c'est grave, mais aussi que c'est courant. Il a la puissance évocatrice du fait divers, et la force statistique du nombre. Il devient dès lors impossible à ignorer pour le politique. Un ministre peut recevoir des représentants syndicaux, il peut réunir des parents d'élèves, faire descendre la température... Mais que peut-il contre un mot-clé sur twitter, dont le succès amène encore chaque minute de nouveaux témoignages ?

On a d'ailleurs vu Jean-Michel Blanquer décontenancé... 

Oui, presque mal à l'aise face à ce phénomène, lui pourtant considéré d'habitude comme l’imperturbable bon élève du gouvernement. Il est vrai que le gouvernement affronte ici un phénomène hors des radars... Un objet politique non identifié. Ce n'est pas une pétition, ce n'est pas une manifestation. On peut encadrer sévèrement un défilé dans la rue ; on peut difficilement faire disparaître un hashtag, en tout cas dans nos contrées. 

En France, ce n'est pas le premier du genre. L'an dernier, les policiers ont dénoncé la vétusté de leur matériel sur les réseaux sociaux. Des photos de voitures de police dégradées, de mobilier décharné, de gilets pare-balle usés ont émané de dizaines de commissariats. 

Jadis, un bon ministre ne pouvait se passer d'un bon conseiller en communication, désormais il ne peut se passer d'un bon community manager : celui qui diffuse les messages politiques sur les réseaux sociaux, et qui observe ce qui s'y passe. 

Si les mécontents prennent la plume, c'est désormais celle de l'oiseau bleu (l'emblème de Twitter). Avec une dextérité indéniable à transformer la colère collective en un mouvement numérique. Ce n'est sans doute pas à cela qu'Emmanuel Macron pensait quand il voulait faire de la France une "start-up nation". 

Frédéric Says

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