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Défaite à la présidentielle de 2017, Marine Le Pen a déjà annoncé sa candidature pour 2022.

Marine Le Pen recule pour mieux enjamber le premier tour de la présidentielle

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Déjà candidate pour 2022, elle entend abandonner la présidence du Rassemblement national avant l'échéance. Pourquoi ?

Défaite à la présidentielle de 2017, Marine Le Pen a déjà annoncé sa candidature pour 2022.
Défaite à la présidentielle de 2017, Marine Le Pen a déjà annoncé sa candidature pour 2022. Crédits : Philippe Lopez - AFP

La présidente du Rassemblement national a fait une annonce surprenante : elle envisage de céder sa place à la tête de son mouvement. Cela afin de se présenter, dit-elle, en candidate de tous les Français pour l'élection présidentielle de 2022. 

On savait que les étiquettes politiques n'avaient plus la cote - elles sont soigneusement dissimulées par la plupart des candidats aux municipales. Mais que la cheffe d'un parti (qui plus est qualifiée pour le deuxième tour) accomplisse ce même geste d'anonymisation partisane, voilà qui symbolise le changement de nos mœurs politiques. 

D'habitude, à deux ans d'une présidentielle, tous les candidats potentiels rêvent de conquérir un parti pour soutenir leur ambition (pensez à Nicolas Sarkozy avec feu l'UMP). C'est l'inverse qui se produit ici, comme si un parti était désormais une gêne. 

Comment expliquer cette stratégie ? 

Trois raisons peuvent expliquer cette prise de distance programmée par Marine Le Pen. 

D'abord, elle cherche à casser le fameux plafond de verre électoral. Cette limite qui l'empêche d'atteindre 50 % des voix une. 

Elle fait le calcul qu'une partie de la gauche, déçue ou dégoûtée par le quinquennat Macron, refusera de choisir au second tour, si le match est le même qu'en 2017. 

Pour le reste de l'électorat, elle se dit que ceux qui soutiennent le Rassemblement national continueront de voter pour elle... et que ceux qui ne le soutiennent pas auront peut-être moins d'aversion à s'y risquer sans l'étiquette du parti fondé en 1972 par des idéologues notables de l'extrême-droite, dont un ancien waffen SS. 

L'éloignement d'avec le RN lui permet, pense Marine Le Pen, de couper un peu plus le cordon ombilical avec le FN époque de son père, qu'elle appelle "Le Pen" devant les journalistes. Ce dernier, qui n'est pas à une bourrade près, annonce d'ailleurs qu'à Paris il voterait pour Rachida Dati... Et non pour le candidat frontiste, enfin soutenu par le RN, Serge Federbusch. 

Deuxième raison : cette prise de distance est aussi une manière d'ouvrir le parapluie contre le déluge d'affaires qui tombe sur le Rassemblement national : poursuites judiciaires, endettement et difficultés financières. Marine Le Pen, en quittant la direction des opérations, se protège des éclaboussures. 

Quand un parti est criblé par les affaires, il faut changer son nom ou changer son leader. Marine Le Pen a déjà utilisé la première carte - le FN est devenu RN -, il lui reste donc la seconde. 

Troisième raison : La députée du Pas-de-Calais tente de se distinguer de ses futurs rivaux pour le 2022. Dans l'opposition, elle a perdu la bataille des décibels face à la France insoumise ; le RN est transparent dans la lutte contre la réforme des retraites. Et à la rigueur, cela ne la dérange pas. 

Elle laisse les oppositions s'époumoner, les macronistes s'agacer. En espérant pouvoir dénoncer ensuite l'anarchie et la brutalité. Et se présenter comme l'alternative loin de la mêlée. 

Seulement, la posture rassembleuse, de hauteur et de recul ; la geste post-gaulliste se mérite : elle se conjugue mal avec les rodomontades rigo-lardes sur twitter, où la présidente du RN aime s'ébrouer au rythme de la polémique du jour... 

Qui imagine le général de Gaulle ferrailler sous un hashtag ? 

On ne peut à la fois poser le regard loin à l'horizon et clapoter dans la gadoue. 

Disserter de la grandeur d'une nation et commenter les commentaires de seconds couteaux de la vie politique. 

Le prix de la hauteur, c'est la distance. Car oui, être candidat sans étiquette... cela a un prix.

Frédéric Says

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