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Une manifestation de retraités, le 14 juin 2018 à Paris.

Le gouvernement veut-il tondre les retraités ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Hausse de la CSG, désindexation des pensions... les retraités sont mis à contribution par le gouvernement. Une marque de courage politique ?

Une manifestation de retraités, le 14 juin 2018 à Paris.
Une manifestation de retraités, le 14 juin 2018 à Paris. Crédits : Thomas Samson - AFP

Attention à la cagnotte, à la cassette, au bas de laine, quel que soit le nom que vous lui donnez. Le projet de budget présenté ces jours-ci ne va pas le faire grossir. Il y avait déjà, depuis l'an dernier, la hausse de la CSG (pour plus de la moitié des retraités). Il y a désormais ce qu'on appelle la désindexation des pensions par rapport au coût de la vie.  Autrement dit, les retraites n'augmenteront pas aussi vite que les prix. Ce n'est pas un détail. L'an prochain, l'inflation est prévue à 1,5%. Les pensions, elles, seront augmentées de seulement 0,3%. Le différentiel, c'est du pouvoir d'achat en moins. 

Certes, le gouvernement met en avant - à juste titre - la hausse du minimum vieillesse, voire la diminution de la taxe d'habitation ; mais il oublie de citer aussi les nouveaux prélèvements (essence et tabac). Dès lors, si vous êtes retraité, fumeur et automobiliste, vous expiez sans doute un péché commis dans une autre vie... 

Pourquoi cibler les retraités ? 

Officiellement, le raisonnement est de privilégier la "France qui travaille" en baissant les cotisations salariales. Officieusement, les éminences de la majorité donnent une autre explication : selon plusieurs études, le niveau de vie des retraités en France est légèrement supérieur à celui des actifs. Bien sûr, cet argument est impossible à brandir en public. Vous seriez accusé de faire passer les plus âgés pour des nantis. Et d'oublier la diversité des situations : il ne s'agit que d'une moyenne, qui englobe la veuve aux revenus modestes jusqu'au couple multi-propriétaire. 

Une autre raison, plus cynique, tient au faible pouvoir de nuisance des retraités : on les imagine mal organiser un blocage des routes ou monter des barricades à côté de l'Assemblée. Mais bien sûr, le principal pouvoir des aînés est leur bulletin de vote. Et c'est un pouvoir majeur. 

75% des 65 et plus votent à toutes les élections

Ils constituent un électorat nombreux : les "65 ans et plus" représentent 19% de la population française. Mieux, ils se rendent davantage aux urnes que les autres classes d'âge. Une étude du Cevipof, le Centre de recherches sur la vie politique de Sciences Po, le montre bien. Ainsi, 75% d'entre eux votent à toutes les élections : présidentielle, européennes et régionales (dans cette étude réalisée entre 2012 et 2015). Chez les jeunes adultes, ce chiffre tombe à 47%, soit moins d'un sur deux. 

Voilà pourquoi le choix budgétaire du gouvernement n'est pas exempt de courage politique. Il prend un vrai risque électoral. D'ailleurs, jusqu'ici, à de rares exceptions près, les gouvernants ont évité de s'attaquer frontalement aux retraités. Ils les ont même plutôt cajolé. Un exemple avec ce discours du président Giscard d'Estaing en décembre 1980 : 

"Au 1er janvier 1981, le gouvernement relèvera les pensions d'un montant plus élevé que ne l'exige la loi ; afin de maintenir le pouvoir d'achat des retraités". 

Il n'y a pas d'amour, il n'y que des preuves d'amour, me direz-vous ? Oui mais il y aussi des déclarations d'amour. Comme ici le président Sarkozy, en déplacement dans un village de Bourgogne, qui se lance dans une ode aux cheveux blancs : 

"Dans un village, il y a besoin de cheveux blancs, et puis d'enfants. Parce que (...) le jour où il n'y a plus de grand-parents, de cheveux blancs, c'est une partie de la qualité de la vie, de la mémoire, qui disparaît totalement, et personne n'en est heureux". 

Les yeux doux pour les cheveux blancs : voilà l'un des commandements majeurs pour tout candidat à une élection. C'est pour cela qu'Emmanuel Macron a tenu le discours suivant, très précautionneux : 

"Je vous demande cet effort pour les plus jeunes, pour les actifs. J'ai beaucoup de considération pour les aînés ; je leur dis "merci", et je leur dis une chose : "je n'ai jamais pris un retraité pour un portefeuille". 

Une dernière chose explique cette politique budgétaire : Emmanuel Macron a bénéficié d'un début de mandat sans aucune élection. Deux années sans aucun scrutin. Il était donc possible de "plumer l'oie sans qu'elle crie", selon le mot de Colbert. Mais c'est fini. Selon son équipe, le président a récemment poussé un coup de gueule contre ses ministres et leur a demandé « d'arrêter d'emmerder les retraités ». L'approche des élections européennes, en mai prochain, n'est sans doute pas étrangère à ce changement de ton.

Frédéric Says

Chroniques

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