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Emmanuel Macron face au pape François ce mardi matin, au Vatican.

Que va chercher Emmanuel Macron au Vatican ?

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Le chef de l’État veut consacrer la place des religions dans le tissu social.

Emmanuel Macron face au pape François ce mardi matin, au Vatican.
Emmanuel Macron face au pape François ce mardi matin, au Vatican. Crédits : Alessandra Tarantino / POOL - AFP

Si je vous dis « Domine, salvam fac Galliam », Guillaume, qu'est-ce que cela vous inspire ? « Seigneur, sauve la France », c'est le chant qu'entendra Emmanuel Macron cet après-midi en la basilique saint-Jean de Latran. Au cours de cette cérémonie, le président français deviendra donc chanoine d'honneur. 

Ces déplacements au Vatican sont toujours complexes pour les présidents français. D'un côté, ils représentent le pays qu'on appelle parfois « la fille aînée de l’Église » ; de l'autre, ils dirigent la nation qui a inventé la laïcité. Dès lors, comment trouver la bonne mesure ? Comment ne verser ni dans la déférence ni dans l'insolence ? Comment respecter la France qui bouffe du curé, sans choquer celle qui lui embrasse la main ? 

Cette contradiction apparente, chaque chef d’État a tenté d'y répondre à sa façon. De manière décomplexée, pour Nicolas Sarkozy. Il n'hésite pas à se signer en public, à plaider pour une laïcité positive, et même à dire ceci : 

"Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal,  l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé" (discours à Saint-Jean-de-Latran, décembre 2007)

Nicolas Sarkozy se rendra pas moins de trois fois au Vatican au cours de son quinquennat. A peine moins d’exubérance pour Jacques Chirac, reçu avec faste, accompagné de son épouse Bernadette, la tête recouverte d'une mantille. 

Les forces de l'esprit

"Je crois aux forces de l'esprit", a lancé François Mitterrand à la fin de son mandat. Il l'avait démontré quelques années plus tôt, en 1982, en s'entretenant très longuement avec Jean-Paul II lors de son déplacement au Saint-Siège. Georges Pompidou, lui, ne s'était pas rendu au Vatican durant son mandat. Il avait accepté la distinction de Saint-Jean-de-Latran, mais n'avait pas souhaité se déplacer pour la recevoir. Pour François Hollande, ce fut service minimum. Le président socialiste a bien rendu visite au Pape, a bien été nommé chanoine, mais il a décliné la cérémonie. Les relations étaient pour tout dire assez glaciales. En raison du Mariage pour tous, bien sûr. Mais aussi parce que François Hollande avait voulu nommer un ambassadeur homosexuel au Vatican ; c'était assumé, et cela a curieusement... crispé l'ambiance. 

Et Emmanuel Macron dans tout ça ?

L’Élysée minimise l'aspect religieux : « cette visite est d'abord une rencontre entre deux chefs d’État », explique l'entourage du président français au magazine La vie, qui consacre un solide dossier à cette rencontre. Il n'empêche, Emmanuel Macron n'arrive pas vierge de toute prise de position. Le Saint-Siège n'a pas oublié son discours devant la conférence des évêques de France, au mois d'avril dernier. Ni cette phrase : 

"Nous partageons confusément le sentiment que le lien entre l’Église et l’État s'est abîmé, et qu'il nous importe, à vous comme à moi, de le réparer." (Emmanuel Macron, au collège des Bernardins)

Dans la philosophie macronienne, les religions ne sont pas seulement des convictions intimes. Elles sont aussi considérées comme une part du tissu social. "L’État est laïc mais la société ne l'est pas", répètent les macronistes. "Prenez vos responsabilités", répète en substance Emmanuel Macron aux représentants de toutes les religions. Des représentants qu'il prend soin de consulter et même d'inviter à dîner à l’Élysée. 

Mais il y a aussi une dimension plus personnelle chez Emmanuel Macron. Ses biographes ont noté qu'il fut baptisé, à sa demande, à 12 ans. Qu'il a visité la basilique de Saint-Denis, en toute discrétion, le soir de son élection. Candidat, il n'a cessé de parler de "transcendance" pendant sa campagne. Il est celui qui est incité les fidèles à vivre pleinement leur foi (« une foi n'a pas à être pas modérée »), pénétré d'un accent quasi-christique dans la communion de ses meetings. 

Alors que faut-il en comprendre ? Ces interventions successives d'Emmanuel Macron dessinent une conception assez claire. D'abord, l’État ne peut pas tout, et surtout pas le bonheur spirituel. Mais en insistant sur le rôle de la religion, le chef de l’État reconnaît aussi implicitement que la "mobilité économique", la "création de start-up"... bref, que le marché ne remplit pas le cœur des hommes.

Frédéric Says

Chroniques

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