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Emmanuel Macron annonce les détails du plan gouvernemental de soutien au monde de la culture, le 6 mai dernier.

La délicate équation du plan de soutien à l'économie

3 min
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Le gouvernement multiplie les aides aux secteurs (tourisme, culture, automobile). Mais avec quelle cohérence d'ensemble ?

Emmanuel Macron annonce les détails du plan gouvernemental de soutien au monde de la culture, le 6 mai dernier.
Emmanuel Macron annonce les détails du plan gouvernemental de soutien au monde de la culture, le 6 mai dernier. Crédits : Ludovic Marin - AFP

C'est le président lui-même qui dévoilera aujourd'hui les mesures retenues pour aider le secteur automobile, plongé dans un marasme qu'on comprend assez bien.  

Depuis deux semaines, les annonces sectorielles se multiplient au sommet de l’État. Il y a eu celles pour le monde de la culture. Pour le tourisme. Hier, le Premier ministre a également promis des "hausses significatives" de salaire pour le personnel de santé.  

C'est évidemment le rôle de l’État d'être là pour colmater les brèches. Même si ces différents secteurs ne sont pas touchés par les mêmes affres. Pour certains, les difficultés économiques sont conjoncturelles ; c'est le cas du tourisme. Pour d'autres, elles sont structurelles, c'est le cas de l'hôpital. 

Mais politiquement, la partie est plus complexe qu'on ne pourrait l'imaginer...  

De prime abord, on pourrait penser que l'exercice qui consiste à distribuer de l'argent est plus simple que celui d'en économiser - comme naguère où il fallait contenir le déficit sous les 3% du PIB. En somme, il serait plus facile d'être prodigue, plutôt qu'avare.

Mais cette vision est inexacte. Car pour ces plans de soutien, le gouvernement est non seulement soumis à une critique absolue (en fait-il assez pour tel ou tel secteur ?) ; mais il est aussi soumis à une critique relative (pourquoi autant d'argent dans ce secteur et si peu dans celui d'à côté ?)  

Exemples au hasard :  

Pourquoi autant pour l'automobile et si peu pour le train ?  

Pourquoi autant pour la culture et si peu pour l'agriculture ?  

Pourquoi le Puy du fou et pas le festival d'Avignon ?  

Car depuis que les vannes budgétaires sont ouvertes, il n'y a pas un corps de métier, une corporation ou un groupe d'intérêt qui n'ait tendu l'obole, qui n'ait demandé un traitement particulier.  

Jusqu'à hier, où c'est l'Union des aéroports français qui a demandé de l'argent public, pour faire face à la crise. 

On peut parler d'une "compétition des réclamations"...

L'on a même vu circuler sur les réseaux sociaux, ce trait d'humour : « Je ne comprends pas pourquoi l’État veut offrir une aide de 4 milliards d'euros à Renault alors qu'il suffirait d'applaudir tous les soirs à 20h. Ça a pourtant super bien marché pour les soignants ».  

Le trait d'esprit est bien sûr habile - il n'est pas tout à fait exact puisqu'il confond des prêts remboursables et des salaires -, mais la phrase est efficace, elle a d'ailleurs été partagée des dizaines de milliers de fois.  

Elle montre bien le moment politique que nous allons vivre. Et la difficulté que le gouvernement va avoir à expliciter ses choix.  

Car selon quels critères l'argent public doit-il aider une filière ?  

Et c'est là le problème : plusieurs critères sont légitimes. Et parfois contradictoires entre eux.  

Est-ce selon le mérite, la résilience face à la crise sanitaire ?  

Est-ce selon le nombre d'emplois en jeu ?  

Oui mais faut-il y ajouter un critère écologique ?  

Ou bien faut-il centrer les aides sur l'économie de demain, l'industrie du futur ? Les nouvelles technologies, par exemple ?  

Ou alors le critère est-il celui de l'utilité pour la société ? Dans ce cas, le football professionnel peut attendre, se dit-on... oui sauf qu'il fait vivre aussi les stadiers, les chauffeurs, les préparateurs physiques, etc. Ce qu'on appelle les "emplois induits".  

On distingue là le casse-tête. Face à ce tableau, le gouvernement doit faire du pointillisme, plonger dans le détail, sans jamais oublier l'apparence de l'ensemble.  

Il y aura forcément pour chaque secteur d'activité, la tentation d'aller regarder dans l'assiette du voisin, pour voir s'il est mieux servi.  

Pour paraphraser Desproges, « il ne suffit pas d'être heureux... Encore faut-il que les autres le soient moins ».  

Dans une nation qui a pour devise l'égalité, on mesure la difficulté d'appliquer cette notion à des plans de relance si hétérogènes.  

Finalement, de ce point de vue, la période du "chacun chez soi" était plus simple : une seule règle pour tous.  

Voilà pourquoi le déconfinement est, en un sens, un exercice politique plus complexe que le confinement.

Frédéric Says

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