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Contrairement au G7 de l'an dernier au Canada, Donald Trump ne s'est pas désolidarisé des conclusions du sommet de Biarritz.

Emmanuel Macron, le dresseur d'ours

3 min
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En dépit de l'imprévisibilité de Donald Trump, le G7 de Biarritz s'achève sur plusieurs succès symboliques pour le président français.

Contrairement au G7 de l'an dernier au Canada, Donald Trump ne s'est pas désolidarisé des conclusions du sommet de Biarritz.
Contrairement au G7 de l'an dernier au Canada, Donald Trump ne s'est pas désolidarisé des conclusions du sommet de Biarritz. Crédits : Ludovic Marin - AFP

Ce G7 a-t-il été utile ? Face à cette question que seule l'Histoire pourra trancher, l'analyste, au lendemain de l'événement, est forcément un peu démuni. 

Dans ces sommets, ce qui est visible n'est pas forcément important, ce qui est invisible n'est pas forcément dérisoire. Et le joli coup de communication, qui fait fleurir les louanges dans l'instant, peut très vite fâner dans les semaines suivantes. 

Souvenons-nous de cette rencontre il y a deux ans, près de Paris, entre les deux hommes forts de Libye, sous le patronage d'Emmanuel Macron. La photo était belle, elle n'a pas rendu moins inextricable la situation du côté de Tripoli. 

Néanmoins, ce G7 présidé par la France ce week-end à Biarritz sonne comme une réussite. Pour ce qui s'y est passé, mais surtout... pour ce qui ne s'y est pas passé. 

Pas de coup d'éclat intempestif, pas de rupture des discussions, pas de tweet rageur. Donald Trump, qui vient d'arriver ce matin aux Etats-Unis, célèbre une nouvelle fois un "succès". 

On verra si le sommet a été constructif, il n'a en tout cas pas été destructif, comme ce fut le cas l'an dernier, à Charlevoix au Canada. 

Réussite, aussi, à propos de la taxe française sur le numérique. 

C'était un casus belli pour Washington. A Biarritz, Donald Trump en a finalement accepté le principe. Oubliant ses menaces de représailles sur le Beaujolais ou le Côtes-du-Rhône. 

Vous connaissez peut-être le mot de Talleyrand : en diplomatie, « il n'y a qu'une manière de dire oui, c'est le mot « oui », tous les autres veulent dire « non » ». 

Avec Donald Trump, c'est l'inverse : « il n'y a qu'une manière que de dire « non », c'est « non ». Les autres mots signifient un accord tacite. C'est ce qu'a obtenu Emmanuel Macron. Au moins à court terme. 

De même, l'éruptif président américain n'a pas moufté à l'heure où un avion de l'Iran se posait à Biarritz... 

Bien sûr, tout reste crispé dans ce dossier iranien. Trump, hier, a qualifié une nouvelle de "ridicule" l'accord de 2015 avec Téhéran, malgré l'ouverture manifestée par Macron. Mais cette critique trumpienne s'adressait moins à son hôte qu'à son propre précédesseur Barack Obama.

Reste que la conflictualité est un peu plus faible après le sommet qu'avant. Souvenez-vous, il y a quelques semaines, l'actualité était ponctuée de quasi-déclarations de guerre et des arraisonnements de navires dans les détroits d'Ormuz et de Gibraltar. On parle désormais d'une rencontre entre Washington et Téhéran. 

Pas de mauvaise note non plus sur la forme... 

Effectivement, l'on a évité ces tristes onomatopées : le "couac", le "hic", bref : la bourde. 

Ce fut une mécanique parfaitement huilée à l'intérieur d'un écrin sur-sécurisé. Et au prix de contrôles policiers parfois musclés auprès des journalistes et des observateurs qui ont couvert le contre-sommet du G7, comme en ont témoigné les envoyés d'Amnesty international. Il y a toujours un envers au décor de rêve. 

Mais dans ce décorum, la France n'a pas été reléguée au rang de Gentil organisateur, le GO fournissant la bonne humeur et la vue sur l'océan. 

Emmanuel Macron - et c'est l'impression générale de la presse étrangère - est parvenu à obliger ses partenaires à se positionner sur ses propres propositions. Notamment Donald Trump. 

A la vérité, en regardant la conférence de presse des deux hommes hier après-midi, il y avait quelque chose du dresseur d'ours. Qui, par mille gestes rassurants et précautionneux, essaye de ne pas réveiller le prédateur. Quitte à ne pas lésiner sur la câlinothérapie :   

"Nous avons un point commun avec le président Trump : nous n'aimons pas perdre notre temps et nous aimons avoir des résultats et des accords."

Il est à noter, d'ailleurs, que le président français reprend de plus en plus des expressions trumpiennes, en louant les "grands peuples", (« great people »), en réclamant des "deals", ou en dénonçant « l’État profond », le « deep state », comme l'a relevé mon confrère Jean-Dominique Merchet de l'Opinion. 

Mais après tout, face à une personnalité narcissique, la stratégie du mimétisme n'est-elle pas la plus sûre ? On se bat rarement avec son miroir.

Frédéric Says

Chroniques

8H19
43 min

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