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Laurent Wauquiez le 31 janvier 2018 dans une exploitation agricole de Sagy dans le Val d'Oise

Faut-il se méfier de Laurent Wauquiez ?

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À retrouver dans l'émission

Dans son dernier numéro, l'hebdomadaire Marianne qualifie à sa Une Laurent Wauquiez "d'affreux, menteur, cynique, complotiste, haineux". Le nouveau patron de la droite fait surtout affreusement peur à ses adversaires politiques. Un Billet politique de Ludovic Piedtenu

Laurent Wauquiez le 31 janvier 2018 dans une exploitation agricole de Sagy dans le Val d'Oise
Laurent Wauquiez le 31 janvier 2018 dans une exploitation agricole de Sagy dans le Val d'Oise Crédits : Thomas Padilla/MAXPPP - Maxppp

Depuis son élection à la tête des républicains le 10 décembre, on ne pouvait pas dire que Laurent Wauquiez occupait le devant de la scène. Il y avait bien eu deux tentatives coup sur coup à la fin du mois de janvier, le jeudi 25 puis le samedi 27 précisément, avec d'abord L'Emission Politique sur France 2 en prime time où il réalise une assez bonne prestation mais où il signe la pire audience de l'histoire du programme. Suivi d'un discours supposé fondateur deux jours plus tard à La Mutualité, devant ses troupes dont on a davantage retenu les divisions plutôt que le contenu du propos du nouveau chef.  Un démarrage en côte, le vent de face. Emmanuel Macron s'occupe si bien de l'électorat de droite que le leader officiellement désigné par les militants LR n'apparaît pas nettement comme le chef.  Mais c'était un peu vite l'enterrer.  Un secrétaire d'Etat, Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement avait lui, peut-être plus que les autres, cela bien en tête. Car c'est lui qui avait porté le fer lors de cette émission politique fin janvier. Et on ne peut pas dire qu'il s'en était furieusement bien tiré. Avant-hier dans le Journal du Dimanche, Benjamin Griveaux se confie : "Il ne faut pas se raconter la messe : François Fillon a fait 20% à la présidentielle, et Laurent Wauquiez représente une bonne partie de cette droite. Cela en fait un gars sérieux, susceptible de jouer un deuxième tour dans 4 ans." Ce membre du gouvernement reste méfiant quant à de réels dommages pour Laurent Wauquiez après la publication de ses propos devant des étudiants de l'EM Business School de Lyon, c'était il y a 10 jours.

Benjamin Griveaux n'est pas le seul à s'inquiéter

Encore hier soir, je croise un socialiste, jeune quadra, même génération que Benjamin Griveaux et Laurent Wauquiez, inquiet de l'effet de cette libération de la parole, de la parole "cash" dans l'électorat de droite. "Cela l'a renforcé" me dit-il d'un air sérieux.  Et cela se vérifie dans différentes enquêtes d'opinion (ici, celle de l'IFOP) chez les électeurs de Marine Le Pen, Nicolas Dupont Aignan et François Fillon. Laurent Wauquiez fait le plein. C'est parmi eux qu'ils sont le plus nombreux à approuver le ton de parole et les propos dans cet enregistrement. Certainement pas chez ceux sensibles à la parole d'Alain Juppé qui hier après-midi a tenté de le réduire en pièces.

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Alain Juppé parle de Laurent Wauquiez le 26 février 2018

Dans le même temps, dans une autre enquête d'opinion toujours menée par l'IFOP, auprès d'un échantillon, cette fois, deux fois plus grand, la côte de popularité d'Emmanuel Macron décroche entre le mois de décembre et le mois de février, 8 points de moins. 2 points en début d'année, puis 6 points ce mois-ci.  Et sa politique a beau cibler depuis le début de son mandat l'électorat de droite, c'est chez ce dernier que l'opinion change le plus fortement. 8 points de mécontents chez Les Républicains en un mois.  Hier soir, une autre enquête vient confirmer cette tendance. Un sondage Odoxa. Ici, ce n'est pas 8 points mais 11 points de perdus depuis décembre pour le chef de l'état. - 6 points ce mois-ci.  Certes, les Français interrogés jugent ici la politique du gouvernement. Plus qu'un supposé retour de la droite maintenant qu'elle est flanquée d'un chef. Mais cela conduit visiblement plusieurs responsables politiques à tout à coup s'inquiéter du "maul" (comme on dit au rugby) formé autour de Laurent Wauquiez.  

"On sent que cette équipe Wauquiez n'est pas encore rodée", analyse hier soir un autre responsable politique majeure de l'opposition. Vous allez comprendre de qui il s'agit. Et voici ce qu'il écrit sur son blog

Cette équipe a eu du mal à trouver la réplique aux seaux de boue, cette lourde attaque globale du parti médiatique. Mais elle a fini par trouver son registre. Et les rangs se sont reformés. La salve est de mauvaise qualité. Elle fonctionne donc comme un vaccin pour la nouvelle direction de la droite.

Jean-Luc Mélenchon, car c'est de lui qu'il s'agit, poursuit : "Wauquiez a appris l'essentiel : ne pas reculer." 

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3 sec
Laurent Wauquiez sur BFM TV "J'assume"

Laurent Wauquiez, poursuit Jean-Luc Mélenchon, qualifiant sympathiquement au passage la journaliste de "pauvre cloche", "a fortifié son autorité et s'est débarrassé d'une nouvelle poignée de traîtres. De son point de vue, il s'est renforcé" estime le leader de la France Insoumise. Et de conclure, "Autant de tireurs dans le dos de moins pour le prochain épisode".  

En cela, certes Wauquiez se replie mais avec des gens de confiance. Depuis son élection, au moins 26 membres de Les Républicains (un décompte sans doute encore partiel) ont quitté le parti dont 9, depuis la fuite de ses propos en l'espace de 10 jours. En politique, c'est bien une recomposition et une clarification idéologique qui, lentement mais sûrement, est à l'oeuvre.

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