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En 2017, l'écart entre les dépenses et les recettes a diminué (rapporté à la richesse produite).

Un déficit sous les 3%... Et après ?

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La diminution historique du déficit public constitue une victoire, du point de vue d'Emmanuel Macron. Mais une victoire bien difficile à traduire politiquement.

En 2017, l'écart entre les dépenses et les recettes a diminué (rapporté à la richesse produite).
En 2017, l'écart entre les dépenses et les recettes a diminué (rapporté à la richesse produite). Crédits : Manuel Cohen - AFP

2,6%. Ce n’est pas le score du parti socialiste aux dernières législatives partielles ; ce n’est pas non plus l’audience de l’émission télé avec Gérald Darmanin... Il s'agit du déficit public finalement enregistré pour l’année 2017 (on l'appris hier). Jusqu'ici, les prévisions tablaient plutôt sur 2,8%. Pour la première fois depuis une décennie, la France passe sous les fameux "3%", selon la règle édictée à Bruxelles. 

Alors la vie est belle ? N’allons pas trop vite. Politiquement, c’est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle pour le gouvernement. Une bonne nouvelle car la promesse de campagne énoncée par Emmanuel Macron est tenue. Mais aussi une mauvaise nouvelle car la baisse d’un déficit n’a jamais suscité l’enthousiasme populaire. Il est assez rare que la foule en liesse se rassemble dans la rue pour fêter la baisse du déficit… 

D’ailleurs, quelle en sera la perception par l'opinion publique ? Quand le gouvernement parle de baisse du déficit, est-ce que l’opinion publique entend "assainissement des finances" ou bien ponction sur les APL, réduction du budget militaire, gel du point d’indice des fonctionnaires ? Voilà pourquoi la diminution du déficit public est un argument politique à manier avec précaution.

Ces dernières années, les fameux « 3% » furent tour à tour sacralisés ou diabolisés. 

Diabolisés, pas simplement dans les franges eurosceptiques. Arnaud Montebourg avait en la matière une certaine véhémence : 

"Tous les partis aujourd'hui sont dans le consensus pro-bruxellois... Cette situation, où on applique des traités des règles européennes, conduira tôt ou tard à la prise du pouvoir du Front National en France." (sur RMC)

Les 3% sacralisés aussi. Bien souvent par ceux-là même qui les bafouaient. Nicolas Sarkozy, après avoir insisté sur l'importance de la bonne gestion, a laissé un déficit à 5,2 % - il est vrai après la crise financière. François Hollande, dont le programme promettait de revenir aux 3% en 2013, n'y est pas parvenu durant son mandat - malgré une décrue significative. Bref, ceux qui voulaient revenir dans les clous des 3% sont aussi ceux qui leur ont allégrement marché dessus. 

Emmanuel Macron, lui, en parle peu. Hier soir, il a préféré célébrer des dirigeants d’industries et de PME : l’économie qu’on peut toucher du doigt, qui crée des emplois ; et non pas ces 3% irréels car impalpables. 

Le président français est resté discret pour plusieurs raisons. D’une part parce qu’il sait que la commission de Bruxelles est allergique aux cocoricos auto-satisfaits de Paris.    Ensuite parce qu’une vertu ne s’affiche pas, elle se donne à voir. Enfin parce que revendiquer ce chiffre, ce serait pour Emmanuel Macron donner des munitions aux reproches les plus durs qui lui sont adressés par l'opposition : "Europhile", "eurobéat", "soumis au diktat de Bruxelles", à "l’argent roi". On comprend, du coup, cette relative discrétion... 

Plastronner sur ce bon chiffre, c’eut été ouvrir le débat : qui en est responsable ?

Comme l’on sait, une victoire a toujours de nombreux géniteurs, tandis que la défaite est souvent orpheline. Qui est responsable de la baisse du déficit ? Est-ce la politique de soutien aux entreprises, décidée par François Hollande ? Ou bien les premières mesures d’Emmanuel Macron ? Ou alors, la conjoncture mondiale, qui dope le PIB français ? Aucune de ces explications n’est inopérante. Mais après tout, est-ce le plus important ?

Plutôt que la paternité des bonnes nouvelles, il faut s’intéresser à leur descendance. A quoi va servir le déficit public ? Est-il destiné à muscler l’investissement pour l’avenir ? Ou à éponger les prodigalités passées ? En matière de déficit public, ce n’est pas la taille qui compte, c’est la manière dont on s’en sert.

Frédéric Says

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