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Emmanuel Macron veut mettre en place un "pacte social" pour mieux accompagner la transition énergétique.

Emmanuel Macron, les deux pieds sur le frein

3 min
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Après un début de quinquennat mené tambour battant, le chef de l’État est contraint de ralentir... voire de reculer.

Emmanuel Macron veut mettre en place un "pacte social" pour mieux accompagner la transition énergétique.
Emmanuel Macron veut mettre en place un "pacte social" pour mieux accompagner la transition énergétique. Crédits : Ludovic Marin - AFP

Souvent en politique, les postures les plus martiales annoncent les reculs les plus précipités. Posture martiale ? L'exécutif ne s'en est pas privé sur le dossier des carburants : "j'assume cette hausse", ont martelé les deux têtes de l’Exécutif. Il n'y a pas eu, comme de coutume, le good cop et le bad cop. En la matière, Emmanuel Macron et Édouard Philippe ont tous les deux joué le "mauvais flic". 

Mais derrière la rigidité apparente, le gouvernement est en réalité en train de plier - sur les sujets qui touchent, de près ou de loin, à la voiture. C'est ainsi qu'il a décidé d'annuler les péages urbains à l'entrée des villes. Cette possibilité devait figurer dans la loi mobilité présenté hier par la ministre des transports : effacé. Pourtant, il y a un mois, l'autorisation de ces péages urbains était bien confirmée par François de Rugy, le ministre de la transition écologique, sur BFM TV. 

Même processus concernant les camions, les poids-lourds... Tenez, entendez-vous ce bruit ? [extrait sonore] C'est le bruit du recul. Le recul du gouvernement sur la vignette qui devait être imposée aux poids lourds pour financer l'entretien des routes. Cette vignette est finalement repoussée sine die. Il ne faudrait pas que les routiers enfilent à leur tour un gilet jaune. 

Ce matin, c'est un moment très compliqué, peut-être décisif pour le quinquennat qui va se jouer. 

Si Emmanuel Macron ne fait pas de concessions, il risque d'être accusé de surdité, d'autoritarisme, et de décupler la colère des manifestants. S'il lâche trop, alors les contestataires crieront victoire, et par l'odeur de la conquête alléchés, ne lâcheront plus jusqu'à mettre à bas toutes les hausses de taxes sur le carburant. Ce qui est bien sûr la ligne rouge du gouvernement.

Dès lors, la fougue et le pont d'Arcole ne sont plus à l'ordre du jour pour Emmanuel Macron. C'est maintenant la politique des petits pas pour éviter la Grande retraite.  

D'autant que ses principaux aides de camps commencent à fléchir. Ainsi le fidèle François Bayrou réclame « un nouvel acte du quinquennat », rien que cela, « un nouvel acte civique, social et populaire », dit-il. Soulignant par-là cruellement ce qui a manqué jusqu'ici. Ce cri du cœur est bien sûr affectueux par rapport aux hurlements de l'opposition : Marine Le Pen demande au chef de l’État d'enfin "répondre" à la colère. Ségolène Royal plaide pour une annulation de la prochaine hausse des taxes. 

Et comme si ça ne suffisait pas, des dirigeants étrangers s'en mêlent. Donald Trump a mentionné les gilets jaunes dimanche dans un tweet à propos des accords de commerce déloyaux, selon lui, avec l'Union européenne. Matteo Salvini, en Italie, a lui aussi tweeté sur les gilets jaunes, affirmant qu'il comptait des soutiens dans leurs rangs. A la télévision italienne, la Raï, on a vu deux gilets jaunes sur les Champs-Élysées en train de scander le nom du dirigeant italien. 

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Bref, sur la scène intérieure, comme sur la scène internationale, les adversaires d'Emmanuel Macron ne perdent rien du spectacle. La crise actuelle n'est donc plus un obscure affaire de taxe, elle se déroule en mondovision. 

Il y a donc urgence à se donner de l'oxygène et du temps. L’Élysée promet un changement de méthode. L'exécutif a décidé de créer ce Haut conseil pour le climat, présenté ce matin. Un peu plus d'une dizaine de spécialistes. Ils seront 13 exactement, 13 à table. Cela porte malheur, mais qu'importe. La taxe carbone, éminemment impopulaire, n'en est plus à cela près. Il n'est pas trop tôt pour se poser, pour soupeser ce qui est acceptable ou pas pour la population. En un mot pour ralentir. A l'origine, le mot de « transition », quand on y pense, suppose cette progressivité, cette forme de consensus, qui fait aujourd'hui défaut. Emmanuel Macron a commencé son quinquennat pied au plancher, se jouant des chicanes du pouvoir. Il a désormais les deux pieds sur le frein, tout près de la sortie de route.

Frédéric Says 

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