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Edouard Philippe et Jean-Michel Blanquer à l'Assemblée Nationale le 21 avril 2020

Le gouvernement doit retrouver ses certitudes

4 min
À retrouver dans l'émission

Edouard Philippe avait donné pour consigne à ses ministres d'avouer leur ignorance plutôt que de dire n'importe quoi. Le gouvernement doit aujourd'hui retrouver de l'assurance et réaffirmer son autorité.

Edouard Philippe et Jean-Michel Blanquer à l'Assemblée Nationale le 21 avril 2020
Edouard Philippe et Jean-Michel Blanquer à l'Assemblée Nationale le 21 avril 2020 Crédits : Jacques Witt - AFP

"Quand vous ne savez pas, dîtes que vous ne savez pas."

Ces propos ont été tenus par le premier ministre, Edouard Philippe, en direction de ses ministres rapportait il y a quelques jours le journal L’Opinion. « Il vaut mieux dire ça que d’avoir l’air d’un con » se serait permis d’ajouter, après coup, un membre du gouvernement.

Le résultat s’est traduit, depuis dix jours, par le fait qu’un certain nombre de ministres n’ont pas hésité à faire savoir, devant les médias, qu’ils n’avaient pas la réponse à la question posée.

Franck Riester, au journal Le Monde, le 17 avril : "A quelle date rouvriront les salles de cinéma ?" "On ne sait pas." "Et les musées, les galeries ?" "On ne sait pas."

Même chose avec Marlène Schiappa, jeudi dernier, sur France Info.  Le déconfinement ? Elle ne savait pas. La question des masques, qui, quand, quoi, où, comment ? Ce n’était pas à elle de répondre.

Et le premier ministre lui-même s’est appliqué cette règle lors de la conférence de presse qu’il a donné le dimanche soir 19 avril en compagnie du ministre de la santé, Olivier Véran. "On va vous présenter ce qu’on sait et ce qu’on ne sait pas" a fait savoir en préambule Edouard Philippe. 

Ce nouveau mantra de la communication gouvernementale se voulait être l’exact inverse des prises de parole pleines de certitudes de plusieurs ministres au tout début du confinement.

Jean-Michel Blanquer avait affirmé qu’il n’était pas question de fermer les écoles, Sibeth N’Dyaye, que les masques n’étaient pas très utiles pour ceux qui n’étaient pas soignants et Didier Guillaume avait appelé tous les français confinés chez eux à aller donner un coup de main aux agriculteurs dans les champs.

Ces prises de parole erratiques avaient généré beaucoup de confusion et entamé un peu plus encore la crédibilité du gouvernement. D’où la consigne : soit vous vous taisez, soit vous dîtes que vous ne savez pas.

Mais le gouvernement et le premier ministre doivent désormais retrouver leurs certitudes et réaffirmer une forme d’autorité.

Un changement de paradigme s'opère avec l'amorce du début du déconfinement

Parce qu’un changement de paradigme est en train de s’opérer depuis l’annonce du début du déconfinement par Emmanuel Macron, le 13 avril dernier, et avec la présentation, cet après-midi, à l’Assemblée Nationale, du plan de déconfinement par Edouard Philippe.

Jusque-là, l’épidémie a constitué un événement que la société française a subi. Il a fallu faire face, tant bien que mal, à l’attaque virale. Le corps social s’est recroquevillé. On a stoppé l’économie. On a fait appel aux soignants pour soigner, aux experts pour essayer de comprendre ce qui se passait et aux petites mains pour maintenir un minimum d’activité.

Tout le reste s’est effacé ou s’est rétracté, à commencer par la politique et le débat public. Et en ce cas, quand on est un responsable public, il vaut mieux se taire, ou dire qu’on ne sait pas, plutôt que de proférer une ineptie. Le gouvernement l’a appris à ses dépens.

Le changement qui s’opère avec le début du déconfinement marque le fait que la société que nous constituons prend le dessus sur le virus et commence à se réorganiser (ou, en tous cas, est-elle censée le faire).

Dès lors, les responsables politiques, qui président à l’organisation de la vie de la communauté, doivent retrouver leur propension à décider. Ils doivent reprendre la main sur les scientifiques auxquels ils avaient, un temps, délégué leur pouvoir de décision. Il n’est donc plus question pour eux de ne pas savoir. Il leur faut  retrouver leurs certitudes sur ce qu’il convient de faire.

Tout l’enjeu de la prise de parole, cet après-midi, du premier ministre devant les députés consiste donc à réaffirmer le rôle du décideur public et à regagner en légitimité.

Edouard Philippe va devoir présenter un plan crédible, précis, détaillé.Il va devoir dire qui est autorisé à faire quoi et dans quelles conditions. Il sera également très attendu sur ce qui doit permettre d’amorcer ce déconfinement, à savoir les masques et les tests de dépistage.

Et puis il y aura un débat, de deux heures trente environ, sanctionné par un vote des députés sur le plan qui leur aura été présenté.

En revanche, il n’y aura pas de débat ni de vote sur l’application « StopCovid » pour téléphones mobiles contrairement à ce qui était prévu à l’origine. Le principe du vote avait été validé la semaine dernière par Edouard Philippe mais il a finalement annoncé samedi qu’il y renonçait. 

Il a sans doute voulu s’épargner une discussion passionnée sur les libertés publiques menacées par cette application et a surtout voulu éviter que la majorité apparaisse divisée sur cette question. Plusieurs dizaines de députés, membres de la majorité ou apparentés, s’apprêtaient en effet à voter contre ou à s’abstenir. 

Or le chef du gouvernement, à l’heure où il s’apprête à emmener les français vers le déconfinement, a tout sauf besoin que sa majorité affiche ses désaccords. Il a besoin, au contraire, de retrouver un minimum de crédibilité, de légitimité, et donc d’un vote de confiance de la chambre basse du parlement.

Stéphane Robert

Chroniques

8H20
37 min

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