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Deux des trois figures de proue ont claqué la porte du mouvement, presque un an après son premier meeting, en novembre 2018.

Règlements de compte en Place Publique

3 min
À retrouver dans l'émission

Bâti il y a un an sur la promesse de nouvelles pratiques, où en est le mouvement Place Publique ?

Deux des trois figures de proue ont claqué la porte du mouvement, presque un an après son premier meeting, en novembre 2018.
Deux des trois figures de proue ont claqué la porte du mouvement, presque un an après son premier meeting, en novembre 2018. Crédits : Joël Saget - AFP

Place publique, vous souvenez-vous de ce mouvement ? Cofondé par Raphaël Glucksmann, il s'était allié avec le Parti socialiste lors des dernières européennes. Cette alliance avait fait un peu plus de 6% et permis d'envoyer six eurodéputés à Strasbourg. 

Or, quatre mois après ce résultat, c'est peu de dire que l'ivresse de la campagne a laissé place à la gueule de bois. 

L'une des cofondatrices, la militante écologiste Claire Nouvian, dénonce même dans le Monde daté d'aujourd'hui « le règne des arrivistes et des intrigants ». Elle a quitté le navire, comme un autre fondateur, l'économiste Thomas Porcher, lui parti depuis bien longtemps. 

Alors il est intéressant de prendre du recul, au-delà des questions de personnes, de s'interroger sur ce mouvement qui a grandi aussi vite qu'il a explosé, passé si rapidement du surgissement au pourrissement. Qu'est-ce que cela dit de notre écosystème politique et médiatique ?

Anti-dépresseur

Place publique s'est d'abord nourri d'une déconfiture, celle de la gauche. Elle est alors en déprime post-présidentielle. Et le projet un peu fou de celui que vous venez d'entendre, Raphaël Glucksmann, faire discuter les différents partis, agit comme un anti-dépresseur. 

Comme un rayon d'optimisme, aussi, pour des médias situés de ce côté-là de l'échiquier ; il faut d'ailleurs relire les articles de l'époque. Libération vante par exemple la « bienveillance » de Place publique et de ses « Power Rangers », le surnom donné aux confondateurs. 

Mais les écologistes, les communistes, les hamonistes restent alors sceptiques, il ne reste plus que le PS... 

La vieille maison socialiste accepte, elle, cette colocation baroque. Le Parti socialiste souffre d'un triple déficit : celui de la jeunesse, des idées, du renouvellement. Un triple déficit que le CV de Raphaël Glucksmann, essayiste, âgé de 38 ans, jamais élu, promettait de combler. 

Le PS fut à Place Publique, ce que le Modem fut à En Marche. Des racines de l'ancien monde, sur lequel le nouveau mouvement a fait souche. Certes, à l'époque, les cadres du PS et les journalistes renâclent à la vue des prestations télévisuelles de Raphaël Glucksmann, de gauche, certes, mais parfois gauche tout court, comme le reconnaît le candidat lui-même : 

"Comme vous le savez, je n'ai pas encore tous les codes de la politique traditionnelle... et je ne suis pas encore dans tous les codes du stand-up... J'hésite encore entre les deux (rires)."

Cette gaucherie enlève en charisme ce qu'elle ajoute en authenticité. Mais ce n'est pas la seule chose qui explique la croissance rapide de ce mouvement-champignon, poussé à l'automne dernier.

Européennes

Le scrutin des européennes est toujours un terreau idéal pour les candidatures commandos. En 1994, Bernard Tapie secoue la campagne et obtient 12% des voix. Il est alors soutenu par le parti radical, et en sous-main, par François Mitterrand, qui voit en lui une arme pour assécher son vieux rival, le candidat de la liste socialiste Michel Rocard. 

Aux Européennes, on vote en un seul tour, vous le savez, ce qui démonétise le fameux « vote utile ». Et ce qui permet donc à des listes créées ex-nihilo de tenter leur chance. 

Alors Place Publique tente maintenant de se projeter vers les municipales. Mais un an après sa création, la bienveillance a donc laissé la place au règlement de compte et le champ des possibles tend vers le champ de ruines, dans une chorégraphie qui rappelle, pour le coup, les plus traditionnels appareils politiques. 

Le mouvement a-t-il accompli son but ? Tout dépend de l'objectif réel : s'il était celui de refonder, de réunir la gauche, c'est raté. S'il était de permettre à son fondateur Raphaël Glucksmann de siéger au parlement européen, c'est réussi.

Frédéric Says

Chroniques
8H19
42 min
L'Invité(e) des Matins
La jeunesse sauvera-t-elle le monde ?
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