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Emmanuel Macron et Edouard Philippe dans les jardins de l'Elysée, le 29 juin 2020.

Convention citoyenne pour le climat : et si ça marchait ?

4 min
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Certes, l'initiative n'est pas exempte de calculs politiques. Mais les travaux des 150 citoyens tirés au sort peuvent porter leurs fruits.

Emmanuel Macron et Edouard Philippe dans les jardins de l'Elysée, le 29 juin 2020.
Emmanuel Macron et Edouard Philippe dans les jardins de l'Elysée, le 29 juin 2020. Crédits : Christian Hartmann - AFP

Les 150 citoyens étaient conviés à s'exprimer dans les jardins de l'Elysée. Eux débout au micro, le président assis, à l'écoute. 

Emmanuel Macron a ensuite longuement répondu, non sans s'autoriser quelque satisfecit ("tout dans cette aventure, démocratique et humaine, est une première mondiale".)  

Et bien sûr, devant cette scène, le chroniqueur politique a la tentation d'ironiser. Ou plutôt d'hurler au coup de com', au gadget symbolique, à la manœuvre cousue de fil blanc - ou plutôt de fil vert.  

Et pourtant.  

Et pourtant, hier, en écoutant ces citoyens, quelque chose - que j'aurais du mal à identifier -, quelque chose donc me disait qu'il ne fallait pas balayer tout cela d'un revers de main.  

Bien sûr, nul n'est dupe sur la date choisie. 

Le 29 juin, au lendemain des élections municipales et de la poussée verte, voici Emmanuel Macron qui s'avance triomphant dans les jardins de l'Elysée pour déclamer sa foi écolo et son écoute des simples citoyens.  

Une sorte de « Je vous ai compris » à la De Gaulle, repeint en vert.  

Coïncidence de date, toujours : l'annonce hier soir du débranchage définitif de la centrale nucléaire de Fessenheim.

Même si cela n'a pas grand-chose à voir avec la réduction des gaz à effet de serre, on voit bien le symbole et le message adressé. Le calendrier est décidément bien fait.  

Des idées pas si anodines

C'est évident, il y a du calcul, il y a de la communication, il y a de l'habileté. Mais à ce prétexte, doit-on s'empêcher de s'intéresser au fond du processus ? Doit-on conclure qu'il est mort d'avance ?

Évidemment non.  

Bien sûr, chacun pourra regretter – ou pas – que plusieurs idées soient évacuées, comme les 110 km/h sur autoroutes ou la taxation des investissements.  

Mais parmi les 146 propositions retenues par l'exécutif, il reste des idées pas si anodines. Comme l'obligation d'isolation thermique des bâtiments, l'interdiction à la vente des véhicules polluants, la régulation de la publicité, l'interdiction des vols intérieurs quand il existe l'équivalent rapide en train...  

Autant de propositions qui seront intégrées au plan de relance du gouvernement, ou à un projet de loi spécifique contre le changement climatique. Tous les deux présentés à la fin de l'été, selon le président de la République.  

Les propositions sont audacieuses, l'agenda est concret. Cela n'en fait pas encore des réformes abouties et appliquées... mais ça n'en fait pas non plus des élucubrations naïves cantonnés à l'espace de la rêverie politique.  

La force du projet, c'est que les 150 citoyens tirés au sort pourront ensuite agir comme un lobby, dans le bon sens du terme. Ils pourront vérifier l'avancée des textes, et au besoin se récrier publiquement.

Dès lors, il sera plus difficile pour les cabinets ou les parlementaires de faire disparaître l'une des mesures dans l'opacité d'une réunion ministérielle.  

Cela reviendrait à délégitimer toute la démarche initiée par Emmanuel Macron. Et l'abord de la présidentielle, le coût politique en serait trop important.  

Non, ce qui menace ces initiatives vertes, ce n'est pas qu'elles soient supprimées, effacées, ajournées.  

La manœuvre serait trop grossière.  

C'est davantage que ces mesures soient édulcorées, conditionnées, complexifiées. 

Par exemple : que la rénovation thermique des bâtiments soit certes obligatoire, mais avec des dérogations, des exceptions, des régimes particuliers, des souplesses dans les délais, qui affaibliraient la proposition d'origine.  

On a parlé d'une « vague verte » ; attention maintenant au ressac, qui émousse les idées les plus tranchantes.  

Frédéric Says

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