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Au Brésil, le nouveau président Bolsonaro a juré "devant Dieu" de redresser le pays.

Le crépuscule des modérés ?

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Partout, les élus qui professent la nuance sont terrassés dans les urnes.

Au Brésil, le nouveau président Bolsonaro a juré "devant Dieu" de redresser le pays.
Au Brésil, le nouveau président Bolsonaro a juré "devant Dieu" de redresser le pays. Crédits : Apu Gomes - AFP

Il est triomphal - quoiqu'encore un peu blême. Entouré de ses partisans radieux, le nouveau président brésilien Bolsonaro promet de redresser son pays, et le jure bruyamment devant Dieu.

Elle est affaiblie et discrète. Empêtrée dans une coalition bancale, Angela Merkel a annoncé hier son futur retrait de la vie politique allemande. Elle va d'ailleurs quitter sous peu la tête de son parti. 

Comment ne pas mettre en parallèle ces deux images, venues en même temps du Brésil et d'Allemagne ? Comme un passage de témoin entre deux époques. D'un côté, le souffle populiste qui emporte tout sur son passage : y compris la bienséance républicaine, le débat avec l'adversaire, la nuance et la subtilité. De l'autre côté, le compromis inconfortable, la négociation pointilleuse avec des partenaires de coalition, où la chancelière, sans jamais oublier son intérêt, prend toujours soin de ne pas élever la voix. Une démocratie des équilibres fragiles et provisoires. 

Bien sûr, chacune de ces deux nations est soumise à ses règles propres, à ses institutions et à ses mœurs. Mais il est difficile de ne pas voir, vote après vote, pays après pays, une marginalisation rampante des forces modérées. Comme si la scène politique mondiale ne devait désormais se peupler que d'extravertis menaçants et de trublions brutaux. 

Contre-exemples

Est-ce le crépuscule des modérés ? N'allons pas jusque là. Des contre-exemples existent. Précisément en Allemagne d'ailleurs, où le déclin symétrique des partis historiques fait les affaires de l'extrême-droite, certes, mais aussi des écologistes. Les Verts (les Grünen), sont en forte progression aux élections régionales de ce dimanche dans la Hesse. 

Cela dit, cet essor des Verts (que l'on a aussi constaté en Belgique récemment) est également un coup de colère. C'est le message d'électeurs qui ne satisfont plus de demi-mesures vaguement repeintes en vert, au moment où toutes les données climatiques virent au rouge. 

Écologique ou identitaire, ces deux forces en dynamique ne partagent évidemment pas grand-chose. Peut-être une seule : la conviction que l'apocalypse est pour demain. 

A l'extrême-droite, on craint l'apocalypse des vagues d'immigration, qui submergeraient la vie quotidienne. Et plus globalement, le désordre général contre lequel il faudrait bâtir des murs et des digues. Rien de cela dans la poussée écolo, l'apocalypse se nomme ici « réchauffement climatique ». Et plus largement l'agression de la planète par l'homme, avec les conséquences irréversibles de celle-ci sur celle-là. 

Ce sont deux votes (dont chacun jugera, selon ses convictions, la pertinence) de crainte, de peur des lendemains difficiles. Deux votes qui, de plus en plus, s'opposent l'un à l'autre. Souvenez-vous d'ailleurs des résultats en Autriche. Au deuxième tour de la présidentielle : 50% pour l'extrême-droite, 50% pour les écologistes. 

Question de priorité, il faut choisir son apocalypse. Ces deux forces politiques charrient un message commun aux dirigeants actuels : arrêtez vos chamailleries, cessez d'ergoter sur des détails, de réparer les serrures du château. Occupez-vous des grandes menaces qui planent sur nous. 

Comme un état d'urgence électoral. Une alerte aux élus trop mous, trop peu empressés ou trop consensuels, qui vivent à la petite semaine. « Secouez-vous », semblent dire partout les urnes furieuses. Secouez-vous, comme une annonce sismographique des tremblements de terre électoraux encore à venir.

Frédéric Says

Chroniques
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