LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Conseils de défense à huis-clos, décrets... La prééminence présidentielle s'est accrue avec la crise sanitaire.

En France, le président a-t-il trop de pouvoir ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Les pouvoirs étendus du chef de l’État sous la Vème République sont assez peu questionnés... Et si cela changeait cette année avec la campagne qui s'annonce ?

Conseils de défense à huis-clos, décrets... La prééminence présidentielle s'est accrue avec la crise sanitaire.
Conseils de défense à huis-clos, décrets... La prééminence présidentielle s'est accrue avec la crise sanitaire. Crédits : Sarah Meyssonnier - AFP

C'est une question majeure, passionnante, déterminante pour la vie démocratique, et pourtant elle est quasiment absente des campagnes présidentielles.  

Le sujet des institutions est perçu comme trop technique, pas assez concret, loin de la vie quotidienne... Pas de quoi enflammer un débat télévisé. Bien moins en tout cas qu'avec le nucléaire ou l'identité nationale.

Mais ce désintérêt est aussi sans doute nourri par l'expérience. Jusqu'ici, aucun président n'a remis en question son propre pouvoir. Même François Mitterrand, qui avait pourtant dénoncé les institutions de la Vème République comme « le coup d’État permanent », même lui s'est finalement accommodé de ce costume de monarque républicain.

En somme, ceux qui ont mis toute leur vie à accéder aux manettes ont du mal... à les laisser à d'autres, ces manettes.

On comprend dès lors que les promesses faites sur ce thème nourrissent peu d'illusions.

Et si tout cela changeait cette fois-ci ?  Et si la question du pouvoir présidentiel devenait un débat grand public ?

Le contexte s'y prête. Le quinquennat qui s'achève dans quelques mois a été traversé par ce sujet. Souvenez-vous, les gilets jaunes réclamaient un RIC, un référendum d'initiative citoyenne (et non d'initiative présidentielle).

Plus récemment, la crise sanitaire a illustré le pouvoir présidentiel à la française, avec les conseils de défense sanitaire à huis-clos.

La décision d'un seul homme, qui peut confiner ou déconfiner du jour au lendemain 67 millions de personnes.

Tout cela, c'est concret. Ce n'est pas de la querelle entre passionnés de droit constitutionnel, c'est la vie quotidienne. Et donc un sujet incontournable d'élection présidentielle.

Les partis politiques se sont d'ailleurs saisis de cette question...

Oui, fini de planquer les propositions sur les institutions en page 142 de leur programme, caractère 8 en italique.

Cette fois, les mouvements donnent de la voix sur cette question. Le Parti socialiste par exemple propose une diminution des attributions présidentielles. Dans son programme présenté ce week-end, le PS veut limiter le pouvoir présidentiel de nomination et supprimer les pleins pouvoirs, prévus à l'article 16 en cas de crise.

La France Insoumise propose la VIème république, avec une assemblée constituante.

Les Verts plaident pour un renforcement de l'Assemblée nationale, qui serait élu à la proportionnelle.

Le Rassemblement national souhaite instaurer le référendum d'initiative populaire.

Au sein du parti Les Républicains, c'est plus timoré. Dans le parti lointain héritier du gaullisme, on n'ose pas trop toucher aux institutions...

Néanmoins, LR réclame volontiers plus de pouvoirs pour les collectivités locales contre Paris... Ce qui revient à effriter tout de même la statue du commandeur.

Cette élection serait donc l'occasion rêvée pour débattre de cette question : le président a-t-il trop de pouvoirs en France ?

Question d'autant plus passionnante qu'elle se nuance à l'épreuve de la crise sanitaire.

N'est-ce pas une démocratie immature, celle qui privilégie l'ordre qui s'abat plutôt que la consigne qui se débat? La concentration du pouvoir au lieu de la concertation des pouvoirs ?

C'est vrai... Mais d'un autre côté, il faut constater que la campagne de vaccination a connu une envolée spectaculaire juste après l'allocution présidentielle du 12 juillet dernier : en six semaines, 15 millions de Français vaccinés en plus (en première dose). Nous sommes passés de 55% à plus de 70% de couverture, devant le Royaume-Uni, les Etats-Unis, ou Israël.

Voici résumée notre ambiguïté. Comme si la société française avait besoin de cette verticalité du pouvoir tout en la dénigrant.

« En France, il suffit parfois d’une démonstration d’autorité présidentielle pour redresser la barre”, remarque le journal Die Welt en Allemagne. L'Allemagne qui mieux résisté aux pénuries, mais qui a pâti des longues négociations et des consignes contradictoires entre les pouvoirs régionaux.

Tenez, un dernier symbole de notre fascination-répulsion pour le présidentialisme : souvenez-vous, l'an dernier, le gouvernement avait mis en place un conseil citoyen sur la vaccination, avec 35 membres tirés au sort.

Depuis ? Aucune nouvelle. Et personne, ni l'opposition, ni la majorité, ne s'en est inquiété. Preuve que la verticalité est bien ancrée dans notre rétine collective.  

Frédéric Says

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......