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Faut-il augmenter les salaires ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Baisse des dépenses publiques, des impôts, du coût du travail : un triptyque ringardisé ?

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- Crédits : Philippe Huguen - AFP

Ce n'est pas encore une guérison, ni même une rémission, mais cela va mieux à gauche. Et en particulier au sein de la social-démocratie. Souvenez-vous, elle était comparée à un "grand cadavre à la renverse", il y a quelques années. Et voici le cadavre qui marche, qui triomphe en Espagne, voici le cadavre qui dirige le Portugal. 

Certes, ce ne sont que quelques taches de rose sur une carte politique européenne qui a tendance à s'assombrir... Mais au-delà de ces résultats électoraux, encore fragiles et timides, c'est surtout une idée simple qui revient à la mode. Cette idée, c'est que la baisse perpétuelle des impôts, des dépenses et du coût du travail, est absurde. 

Absurde, non seulement d'un point de vue moral, mais aussi d'un point de vue économique et social. 

Le Portugal affiche une forte croissance et un chômage en baisse. La coalition au pouvoir, socialiste et gauche radicale, a largement augmenté le salaire minimum : 20% en 3 ans. 

En Espagne, Pedro Sanchez vient de gagner les élections après avoir donné un coup de pouce de 22% à l'équivalent du SMIC. 

Ce qui semblait hier une hérésie économique absolue, une hétérodoxie coupable et vaguement suspecte... fait aujourd'hui partie du panel des choix politiques dits "raisonnables". 

Peut-on parler d'une gauche décomplexée, comme on parlait hier d'une droite décomplexée ? 

En tout cas, le meilleur symbole de cette évolution, c'est peut-être ce récent clip du Parti travailliste britannique. Dans cette vidéo, le "Labour" étrille la théorie du ruissellement :

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Bien sûr, la vision est caricaturale - on n'en demande pas moins à un clip de campagne. La vidéo fait l'impasse sur le fait que ces hausses de revenus favorisent aussi les importations (smartphones, tablettes), ce qui déséquilibre la balance commerciale. 

Mais le simple fait que ce clip, avec cette tonalité, ait pu être écrit, produit et diffusé par l'ancien parti de Tony Blair montre une évolution des mentalités politiques. 

Une ringardisation accélérée de la théorie du ruissellement, et au delà des croyances économiques des dernières décennies. 

Comme si les thèses de Milton Friedman et de l'école de Chicago, relayées et appliquées dans les années 80 par le couple Reagan et Thatcher, se trouvaient peu à peu oubliées. 

Comme si une partie de la gauche, qui avait accepté sans l'avouer cette grille de lecture, était en train d'en revenir. 

Alors est-ce le retour de Keynes, cet économiste qui avait mis en lumière les bénéfices de l'investissement public et de la redistribution ? 

En France, ce n'est pas exactement la philosophie première du gouvernement. Emmanuel Macron, dans ses discours sur l'innovation et les start-ups, se rapproche plus volontiers de Schumpeter et du principe de "destruction créatrice". 

Mais enfin, les spécialistes ont noté le rebond de croissance engendré par les mesures Macron pour apaiser la crise des gilets jaunes : 10 milliards d'euros annoncés en décembre dernier. Dont une augmentation des bas salaires, via la prime d'activité : n'était-ce pas un mini-plan de relance keynésien ? 

Alors peut-être Emmanuel Macron fait du keynésianisme sans le savoir, sans l'avouer publiquement ? Ou quand John Maynard Keynes et Monsieur Jourdain font bon ménage...

Frédéric Says

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