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Des violences ont été éclaté, en marge du défilé du 1er mai, à Paris.

Jean-Luc Mélenchon, les "black blocs" et l'extrême-droite

4 min
À retrouver dans l'émission

Du danger des expressions galvaudées.

Des violences ont été éclaté, en marge du défilé du 1er mai, à Paris.
Des violences ont été éclaté, en marge du défilé du 1er mai, à Paris. Crédits : David Speier - AFP

Comment caractériser les 1200 manifestants cagoulés d'hier, qu’on appelle faute de mieux les "black blocs" ? Sont-ils des "idiots utiles" du capital et du pouvoir, comme le pense Patrick Le Hyaric, eurodéputé communiste ? Ou sont-ils les vecteurs d’une "violence légitime qui répond à celle de l’État", comme l’affirme Philippe Poutou du NPA ? 

Il y a une troisième interprétation, plus surprenante, livrée hier par Jean-Luc Mélenchon. Pour le dirigeant de la France insoumise, ces manifestants cagoulés et violents sont « sans doute des bandes d’extrême-droite ». Lapsus ? Non, c’est écrit noir sur blanc dans un tweet posté hier en fin d’après-midi.

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Premier réflexe : on se frotte les yeux, on s’assure d’avoir bien lu. Vérification faite, c'est bien cela : ces groupes qui défilent derrière des portraits de Marx, des banderoles en défense des prolétaires, des slogans en référence au rappeur Booba seraient donc... "des bandes d’extrême-droite". 

Comment comprendre cette expression de la part de Jean-Luc Mélenchon, dialecticien talentueux, responsable politique cultivé, dont les discours riches et précis montrent qu'aucun mot n’est choisi à la légère ? 

Les mots « extrême-droite » sont ici une manière de clore le débat. Si ces gens sont d’extrême-droite, alors ils appartiennent à une autre sphère, à une autre société, à autre monde. Cela permet d'esquiver la réflexion. D'éviter de se prononcer sur les relations entre le mouvement social et ces groupes autonomes anti-capitalistes. Des relations ambiguës qu’illustrent bien les points de vue divergents de Philippe Poutou et de Patrick Le Hyaric. Si vous ne voulez pas parler d’un sujet, dégainez le joker "extrême-droite". Au risque du déni, au risque de la risée. 

Ce n’est d'ailleurs pas la première fois que Jean-Luc Mélenchon use de cet artifice rhétorique... En 2012, lors du défilé du 1er mai, un reporter du Petit Journal tente de s’approcher. Le Petit journal, c’est l’émission satirique de Yann Barthès à l’époque sur Canal .  Voici le dialogue qui suit :  

- Monsieur Mélenchon, qu'est-ce que ça représente pour vous le 1er mai ?                  
- Ça vous regarde pas, c'est pas pour vous. C'est la classe ouvrière, c'est la gauche. Au revoir. Vous vous êtes la vermine Front national... laissez pas la vermine Front national approcher... Ça va les fachos ? Allez, allez vous-en !"

Voilà donc Yann Barthès dépeint en "facho", lui dont les détracteurs dénoncent en général au contraire le côté "bobo-détendu-bien pensant".  Quelques jours plus tard, Mélenchon assumera ce terme, et l’expliquera par le côté provocateur et caricatural du Petit journal. 

Des journalistes présentés comme des opposants politiques extrémistes ? Jean-Luc Mélenchon n’a pas l’apanage de cette méthode, destinée à faire taire. En 2013, Marine Le Pen, agacée par les questions de France Inter, avait expliqué ceci au micro de la station publique :

"Au Front national, il y a des sensibilités différentes. A la différence de France Inter, où visiblement il y a une sensibilité unique : un vieux relent de bolchévisme... Radio Bolcho, on vous appelle en dehors des studios !" 

Des fachos, des bolchos… Le réflexe pavlovien du responsable politique sur la défensive. Réflexe qui a hélas tendance à se propager. Il s’agit de rejeter son interlocuteur dans le camp des opposants politiques les plus extrêmes, de choisir la confrontation plutôt que la contradiction. Cette méthode n’est pas seulement inquiétante pour la relation à la presse ; elle l’est tout autant pour la qualité du débat public. Car dégainer des mots aussi graves, c’est aussi les banaliser.

Si les journalistes du Petit Journal sont d’extrême-droite, alors que dire des identitaires de Defend Europe, dans les Alpes ? Que dire des milices cagoulées, qui ont fait le coup de poing dans les universités occupées ? Pour le dire rapidement, si tout le monde est d'extrême-droite, alors plus personne n'est d'extrême-droite. 

En réponse à cette banalisation des mots, de nouveaux termes ont fait leur apparition : on voit fleurir les notions d'"ultra-droite" et d'"ultra-gauche", comme si les mots "extrême-droite" et "extrême-gauche" étaient devenus un peu trop modérés, gentils, en tout cas galvaudés. Sur cette lancée, faudra-t-il créer la catégorie d’"ultra-ultra-droite", et d’"ultra-ultra-gauche" ? Ou bien la "méga-droite", ou l'"over-gauche" ? 

N'est-il pas temps de freiner cette inflation lexicale, qui dévalue les mots ?

Frédéric Says

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