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Désormais, les Questions au gouvernement auront lieu uniquement le mardi, pendant deux heures (contre une heure les mardis et mercredis jusqu'ici). Les députés disposeront d'un "droit de répliques", après la réponse des ministres.

A quoi servent les Questions au gouvernement ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Les "QAG" (pour les intimes) permettent aux députés d'interpeller le gouvernement sur les sujets d'actualité. Les règles du jeu viennent de changer ; cela nous donne l'occasion de disséquer ce rituel républicain.

Désormais, les Questions au gouvernement auront lieu uniquement le mardi, pendant deux heures (contre une heure les mardis et mercredis jusqu'ici). Les députés disposeront d'un "droit de répliques", après la réponse des ministres.
Désormais, les Questions au gouvernement auront lieu uniquement le mardi, pendant deux heures (contre une heure les mardis et mercredis jusqu'ici). Les députés disposeront d'un "droit de répliques", après la réponse des ministres. Crédits : Alain Jocard - AFP

Mettons-nous en situation : imaginez que vous êtes Premier ministre. Vous siégez au premier rang dans l'hémicycle. Vous voici interrogé assez durement par un membre de l'opposition. Votre rythme cardiaque s'accroît, c'est maintenant à vous de répondre. Il faut vous lever et empoigner le micro. Face à vous, plusieurs centaines de visages, dans cet amphithéâtre, forment une mêlée vociférante. Il y a quelque chose qui tient du baptême du feu - ou de la fosse aux lions. 

Au moment où vous prenez votre respiration pour répondre, vous sentez confusément qu'une partie de cette assemblée souhaite votre échec. Les députés de l'opposition, bien sûr, pour affaiblir le gouvernement. Mais aussi ceux, dans la majorité, qui se seraient bien vus à votre place. 

Pression intense, à laquelle il faut ajouter la fatigue des dossiers avalés au ministère, la tension nerveuse du conseil des ministres du matin, les rumeurs de remaniement. Vous craignez le lapsus, qui peut ruiner l'ensemble de votre démonstration. C'est arrivé à d'autres, comme à Bruno Le Maire, le ministre de l'Economie : 

"Nous sommes en train de recueillir toutes les demandes avec le ministre de l'Intérieur Christophe Collomb... Gérard Collomb !"

Se sentait-il à ce moment l'âme d'un aventurier en territoire hostile ?

Les QAG, vitrine de l'activité parlementaire... pas toujours flatteuse

Les contempteurs de cet exercice déplorent le cirque permanent et ils n'ont pas toujours tort. Il s'agit de la séquence la plus scrutée par les journalistes et par les téléspectateurs. Alors les députés les plus rusés ont compris les ficelles pour s'assurer une visibilité. 

Ils choisissent une veste de couleur, pour détonner dans la marée grise des costumes. Ils se rapprochent l'air de rien des orateurs, histoire d'entrer dans le champ des caméras. Sans oublier cette position "assise sur une demi-fesse", sur le dossier du fauteuil, afin de paraître un peu plus grand que ses collègues. 

Mais les Questions au gouvernement, ce sont aussi de grands moments. Moments de mensonges purs : 

"Je n'ai pas, monsieur le député, je n'ai jamais eu de compte à l'étranger, ni maintenant, ni avant". (Jérôme Cahuzac)

Ou des moments de vérités embarrassantes. Ainsi parlait Michèle Alliot-Marie au début de la révolution tunisienne : 

"Nous proposons que le savoir-faire de nos forces de sécurité, qui est reconnu dans le monde entier, permette de régler des situations sécuritaires de ce type." 

Chorégraphie

Les habitués le savent : l'atmosphère à couper au couteau se dissipe bien vite une fois les caméras éteintes. Et les duellistes les plus durs retrouveront leur souplesse à la buvette de l'Assemblée. 

C'est d'ailleurs pour en finir avec ces chorégraphies souvent artificielles que le gouvernement a décidé de réformer les Questions au gouvernement. Depuis 2017, elles ne sont plus retransmises sur France 3, et donc moins exposées (même si les aficionados se branchent sur la Chaîne parlementaire). Et depuis hier, les séances n'ont lieu qu'une fois par semaine au lieu de deux (mais avec davantage de temps pour l'opposition). 

Certes, la démocratie ne sort pas toujours grandie de ces affrontements caricaturaux. Mais après tout, la passion, la colère et parfois l'excès ne font-ils pas partie du jeu démocratique ? 

Aujourd'hui, reprocherait-on à Jaurès d'être trop théâtral, à Clemenceau d'être trop méchant ? 

Prenons garde à une forme de débat aseptisé. Si l'on exclut la passion politique de l'Assemblée nationale - représentative du peuple -, alors elle risque, cette passion, de s'exprimer en dehors. Sous la forme de colère.

Frédéric Says

Chroniques
8H19
42 min
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