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Le Premier ministre Jean Castex a dû intervenir pour faire taire les divergences entre ses deux ministres à propos de l'insécurité. Sur ce thème, les trois hommes avaient effectué un déplacement commun à Nice, le 25 juillet dernier.

Au gouvernement, l'"ensauvagement" divise

3 min
À retrouver dans l'émission

Comment caractériser l'insécurité ? Eric Dupond-Moretti et Gérald Darmanin ont étalé des différences de mots et de fond. Renouant avec un grand classique de la Vème république.

Le Premier ministre Jean Castex a dû intervenir pour faire taire les divergences entre ses deux ministres à propos de l'insécurité. Sur ce thème, les trois hommes avaient effectué un déplacement commun à Nice, le 25 juillet dernier.
Le Premier ministre Jean Castex a dû intervenir pour faire taire les divergences entre ses deux ministres à propos de l'insécurité. Sur ce thème, les trois hommes avaient effectué un déplacement commun à Nice, le 25 juillet dernier. Crédits : Yann Coatsaliou - AFP

Ce sont deux hommes forts en gueule, surdoués en rhétorique et à l'aise dans les médias. Leur confrontation était-elle inéluctable ? 

En tout cas, c'est plus qu'une nuance, c'est une dissonance qui a résonné hier, entre Gérald Darmanin et Eric Dupond-Moretti. 

Le garde des Sceaux, ancien avocat, fugacement comédien au théâtre, n'a pas seulement pris une position personnelle. 

Il a pris le contre-pied méthodique du ministre de l'Intérieur, qui s'est montré sur tous les fronts, en cet été marqué par les faits divers les plus tragiques.

Eric Dupond-Moretti, lui, parle d'un "sentiment d'insécurité", et réfute le mot "ensauvagement" employé par son collègue :

"Chacun utilise les mots qu'il veut utiliser. (...) Le ministre de l'Intérieur, c'est le ministre de l'Intérieur ! L'ensauvagement c'est un mot qui développe, me semble-t-il madame, le sentiment d'insécurité. (...) Par quoi est-il nourri, le sentiment d'insécurité ? D'abord par les difficultés économiques que traverse notre pays. Les gens ont peur. Par le covid aussi. Ça fout la trouille. Je veux m'adresser à l'intelligence des Français et pas à leurs bas instincts. Parce que le sentiment d'insécurité, c'est de l'ordre du fantasme." (interview sur Europe 1)

Lui c'est lui et moi c'est moi, en somme. Voici donc deux voix discordantes, au sein du même gouvernement. Et cette discorde n'est pas passée inaperçue. 

Pour preuve, le placide Premier ministre Jean Castex a été obligé d'intervenir. Et d'essayer d'enterrer la querelle sémantique :

"La question n'est pas les mots qu'on emploie pour qualifier le phénomène, mais les actions que l'on va mettre en place pour y faire face. Donc fermez le ban, il n'y a aucune polémique."

Classique

Il y a deux manières de considérer cet incident. 

Soit on estime que chacun est dans son rôle. A droite pour Darmanin, à gauche pour Dupond-Moretti. Le premier flic de France parle aux policiers. Le garde des Sceaux parle aux magistrats. Tous les deux tentent de se concilier des corps de métier méfiants à leur endroit. 

Finalement, tout cela constituerait une chorégraphie bien huilée, qui s'inscrit dans le « En même temps » cher à Emmanuel Macron. Les deux facettes d'un gouvernement qui permettent de parler à deux électorats, et finalement d'agréger plusieurs sensibilités. 

Ou bien on peut y voir les prémisses d'une machine qui s'enraye. Jusqu'ici tout s'était plutôt bien passé entre le garde des Sceaux et le ministre de l'Intérieur. 

Notamment parce que tous deux étaient sous le feu de plusieurs associations féministes, pour des raisons différentes. 

Ils avaient opposé un front uni, relativement soudé, dans leurs premières interviews. 

Et puis voici qu'ils s'affrontent à distance. Non pas sur un mot, on le sent bien, mais sur une réalité. 

Pour l'un, la violence explose et il faut serrer la vis ; pour l'autre, la violence est stable et comporte une part de fatalité, qui ne doit pas inviter à la surréaction. 

Ce faisant, le couple Darmanin & Dupond-Moretti s'inscrit dans un classique de la Vème république : l'affrontement entre la place Beauvau et la place Vendôme. 

Il y aurait des bibliothèques entières à écrire sur ces conflits.. 

Ecoutez par exemple cet extrait du journal télévisé de 1982, sous François Mitterrand. Le 19 avril, précisément, sur TF1. [extrait sonore sur la divergence entre Gaston Defferre et Robert Badinter]. 

Et plus récemment, d'autres duos se sont mués en duels. On peut citer Jean-Pierre Chevènement et Elisabeth Guigou, Nicolas Sarkozy et Dominique Perben, ou encore Manuel Valls et Christiane Taubira. 

Des passes d'armes régulières. Causées, bien sûr, par les tempéraments. Mais surtout par les rôles. L'un est chargé de faire régner l'ordre, l'autre la justice. Ce qui n'est pas toujours la même chose. 

L'actuel exécutif a beau s'être présenté en garant de la "bienveillance" et du "nouveau monde", il reste des phénomènes impérissables en politique. 

Frédéric Says

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