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Avant un nouveau conseil de défense sanitaire, ce matin, Emmanuel Macron a présidé hier soir une réunion avec les industriels du vaccin.

La crise sanitaire favorise-t-elle le présidentialisme ?

4 min
À retrouver dans l'émission

"Agilité", "rapidité" : pour lutter contre la pandémie, l'exécutif concentre davantage de pouvoirs. Provisoirement ?

Avant un nouveau conseil de défense sanitaire, ce matin, Emmanuel Macron a présidé hier soir une réunion avec les industriels du vaccin.
Avant un nouveau conseil de défense sanitaire, ce matin, Emmanuel Macron a présidé hier soir une réunion avec les industriels du vaccin. Crédits : Ian Langsdon - AFP

Ce mercredi encore, il s’immisce dans l’agenda des plus hauts responsables de la République : le conseil restreint de défense sanitaire. 

Il rassemble une poignée de personnes : le président, le chef du gouvernement, quelques ministres, des hauts-fonctionnaires et c’est tout. 

Ce conseil est devenu le principal lieu de la décision politique. Ses avantages sont connus : discrétion totale, pas de fuites - la réunion est d’ailleurs soumise au secret-défense. 

Et bien sûr une décision rapide. 

Les présidents raffolent de ce format, façon état-major. François Hollande avait systématisé les conseils de défense, chaque semaine, après les vagues d’attentats de 2015-2016. Emmanuel Macron a décliné le concept, avec un conseil de défense écologique, et maintenant un conseil de défense sanitaire. 

Pendant ce temps, où est le parlement, où sont les autres rouages de la République ? Dépourvus de pouvoir, comme s’ils n’avaient pas leur mot à dire. 

Pour résumer : d’un côté, le président. De l’autre, camembert !

Transparence

Bien sûr, les opposants sont ulcérés : “Macron décide tout seul avec quelques conseillers” dénonce le vert Yannick Jadot. Cela au sein d’”un comité secret”, renchérit Jean-Luc Mélenchon. 

Mais l’opposition n’est pas la seule à en faire tout un fromage. Le malaise gagne aussi la majorité.

Hier, même la présidente de la commission des lois, la très macroniste Yaëlle Braun-Pivet, a proposé la création d’une nouvelle instance, “plus transparente”. Une nouvelle instance qui aurait l’obligation de publier un ordre du jour, un compte-rendu et des documents d’analyse : 

"Plus on sera transparent, plus on concertera, plus on informera, et plus on permettra au parlement de jouer à plein son rôle de contrôle, mieux la démocratie se portera et mieux les citoyens nous comprendront”. (Yaëlle Braun-Pivet sur Sud Radio.)

Cela dit, on se focalise sur le conseil de défense sanitaire, mais il n’est qu’un symptôme. 

L’exécutif profite de la crise pour retrouver une puissance dont il avait fait le deuil. 

On disait la politique essoufflée, inerte, impuissante. 

La voici qui peut à nouveau ouvrir ou fermer les frontières, déverser l’argent par centaines de milliards et même - c’est fou quand on y pense - décider de confiner ou non une nation toute entière. 

C’est l’un des effets des crises que de permettre la concentration du pouvoir. De Gaulle a forgé la Vème République sur la crise algérienne. Plus près de nous, en Italie, la pandémie a été l’occasion de re-centraliser la gestion sanitaire. Dans l’urgence, Rome a délesté les régions de cette compétence. 

Ce retour de la puissance politique n’est pas sans danger s’il se transforme en sentiment de toute-puissance...

Oui, dans son nouveau livre, L’ange et la bête, Bruno Le Maire ne cache pas son enthousiasme. Voici ce qu’écrit le ministre des Finances à propos des mesures prises face à la crise : 

“Pourquoi avons-nous réussi ? Parce que nous étions peu nombreux, parce que nous avons stoppé la machine infernale des réunions interministérielles (...). Le gouvernement fonctionne mieux avec moins de ministres, et moins de lieux de décision”. 

Et dans le paragraphe suivant, Bruno Le Maire enchaîne sur un éloge de Louis XIV, qui supprima la fonction de Premier ministre.

On le voit, la crise donne des idées à ceux qui voudraient raffermir encore la Vème République dans les mains de l’exécutif.

En politique, la décision personnelle et sans contre-pouvoirs est une drogue dure à accoutumance rapide. 

Bien sûr, si la crise que nous vivons est exceptionnelle, alors elle peut justifier une concentration exceptionnelle de la décision. 

Mais à condition de prévoir le retour à la normale. A une répartition plus équilibrée des prérogatives. 

Faute de quoi, le risque est grand de confondre l’autorité et l’autoritaire, la discrétion et le discrétionnaire, l'arbitrage et l’arbitraire.

Frédéric Says

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